1 INTRODUCT lON De 1906 a 1928 Monsieur W.F.van Lier, Surinamien de naissanoe, a eu beau coup de rapporte aveo les Noirs Réfugiés de I'intérieur du Surinam, en par tioulier avec ceux de la tribu Djuka (les Auca), auprès desquels il a demeure de 1919 a 1925 en qualité de chef de poste, en face du village Pauwi, situé vn peu au sud des sauts Granhollo, sur le Tapanahoni. Mamtenant encore, ha bitant Paramaribo, il est chaque fois en oontact avec les Djuka qui y viennent. Lors de ma visite au Surinam en 1937, je trouvai M.van Lier pret a pu blier ses informations, des fragments seulement ayant vu le jour jusqu'alors. Nous avons ensemble rédigé la matière qui forme eet essai. En Hollande je I'ai arrangée de nouveau, en y ajoutant les publications antérieures de M.Van Lier, ainsi que des extraita des relations de mes voyages de 1903, 1904 et 1937» par endroits j'ai fait allusion a des oeuvres d'autres auteurs, ou cité les ouvrages en question. Tant que le oontraire nest pas spéoifié, tout se rapporte aux Djuka; de temps en temps il est traite aussi des Bonni, des Paramacca, ou d'autres tribus de Noirs Réfugiés, et des Noirs de Ville, par quoi j'entends ioi les Noirs du Surinam qui n'appartiennent pas a une tribu de Noirs Réfugiés( parmi ces Noirs de Ville il y ade nombreux métis). Car, du point de vue ethnologi que, tous oes groupes ont beaucoup en oommun. Celui qui fait une étude sur I'un de oes groupes a intérêt a ne pas ignorer les autres. C'est pourquoi il ma paru pratique de joindre a eet essai les informations que j'ai regues en 1937 dun Saramacca ohrétien et celles de quelques Noirs de Ville (notées respeotivement SAR et VILLE) et au profit des lecteurs j'ai fait appel régu lièrement aux informations plus détaillées d'autres auteurs. Quelques réserves sont a faire au sujet des eouroes, mentionnées dans la liste bibliographique; tous ceux qui ont rapporte quelque chose sur oette matière ne dieposaient pas toujours d'assez de temps ou dun disoernement particulier; peu étaient sans préjugés; il est airrivé assez souvent qu'on ait copié négligemment vn prédéoesseur sans en faire mention. Les oeuvres que j'estime le plus sont celles de Coster, des frères Pénard, de van Lier et des Herskovits• Bien que eet essai n'ait pour but que de fournir des données, il était inévitable qu'une opinion sur les différents problèmes se format en moi pen dant I'élaboration. Peut-être sera-t-il utile de produire ici oette opinion sous une forme tres abrégée- • Je prends ensemble tous les Noirs du Surinam dans vn seul groupe et je me aers des données de différents explorateurs sans ohaque fois le mentionner. I •- Lorsqu'on est en contact avec les Noirs on peut remarquer qu'il va de 60i pour eux que notre monde est dirigé par des puissances métaphysiques et que l'homme, au moins le H ir, aura besoin pour son propre salut d'en tenir compte tres soigneusement. Presque tous les Noirs de Ville sont membres d'une communauté chrétienne, et tres souvent ils ont joui d'une éduoation européenne; mais la plupart n'ont pas enoore renonce aux anoiennes pratiques magiques. De petits groupes seulement de Noirs Réfugiés ont été baptisés; le6 autres vi vent entièrement dans leur religion de magie. Ces idée6 peuvent provenir de deux souroes: I'observation ou I'interpré tation des observations, et la supposition ou I'imagination. Chez les Noirs 10 159 160 La langue quotidienne des Djuka est le Nègre-Anglais, aveo quelques mots qui différent du Nègre-Anglais de Paramaribo. Dans I'état d'extase ils parlent comme on dit Kromanti, langue qui dériverait des langues africaines; voir § 36, 37 et IL 10, Ene 160, Sp 39, 1H 312, 2H 66, 531 et la suite. L'écriture Djuka pour le Nègre-Anglais, dont Bonne et 1 KG 205-207 don nent des specimens est, paralt-il, tres ancienne et nullement d'usage général. § 3 Traits caractéristiques Le Noir Réfugié en général, mais le Djuka en particulier, est orgueil leux. Il ne mendiera jamais aux membres de sa propre tribu et il ne mendie ra en aucun cas aux membres d'une autre tribu de Noirs Réfugiés. On ne se fait pas scrupule, par contre, de mendier aux Blancs et aux Noirs de Ville, c'est même une habitude. Ils considèrent les Indiens comme une raoe infé rieure. Les Noirs de Ville et les métis s' adres6eront, le cas échéan*, a I'homme médecine Indien (Nègre-Anglais piaiman); le Noir Réfugié ne fera ja mais cela. (En j'étais a Oréala, sur la rive britannique du Corentijn, ou vi vent des Indiens Chrétiens . Un Noir de Ville qui y venait en compagnie dun arpenteur s'adressa a I'un de ces Indiens pour lui demander de lui préparor vn sortilège qui lui assurerait du sucoès auprès des femmes. L'lndien prit f 1.12,50 pour cela, et vn dimanche il apporta vn paquet au Noir, en le pri ant de I'ouvrir en présence de tous; cela lui ferait de la reclame a lui, homme médecine. Lorsque le Noir ouvrit le paquet il y trouva une Bible. D'après I'lndien le paquet contenait tout ce dont le Noir pourrait jamais avoir besoin). Les Noirs Réfugiés sont tres avares, et cela même envers leurs propres femmes et enfants. Les femmes sont généralement moins avares que les hommes; beaucoup d'entre elles sont même généreuses. Tous, hommes et femmes, sont tres avides et impudents, mendiant s'ils voient sur vn étranger quelque cho se qui les charme ou dont ils ont besoin. Généralement les Noirs Réfugiés ne connaissent pas de gratitude; la re connaissance est une exception. S'ils rendent service eux-mêmes a quelqu'un d'autre par contre, ils exagèrent cela outre mesure. Ils trouvent qu'ils doi vent tirer des bakra (Blancs) le plus possible, et en ce qui ooncerne "Lanti" (le Gouvernement),ils sont d•avis que celui-ci, tant qu'ils demeurent a Para maribo, est obligé de les soutenir, et surtout de leur livrer des médioaments, oe dont ils raffolent, en grandes quantités. Cependant ils sont aussi dévoués aux Blancs, spécialement au drapeau néerlandais et en particulier a la Reine. Ils comprennent tout a fait le symbole du drapeau. Celui qui visite vn village de Noirs Réfugiés y est toujours bien héber gé, dans une cabane bien nettoyée, et parfois on offre même a boire au visi teur. Néanmoins on espère que le visiteur donnera des vivres, ou surtout du tabao, comme échange de bons procédés. Les Noirs Réfugiés sont de bonne compagnie, généralement gais, et ils ont vn sens de I'humour tres développé. Un Noir Réfugié ne connait pas de ran cune. Le fiofio est impossible (§ 15) parce qu'on na pas de rancune, qu'on oublie le dissentiment ou qu'on na pas omis d'exécuter les cérémonies pour I'annuler. 100 282 désignés, un pour les Noirs opo et un pour les Noirs Bilo. Journal de G. Ie Ik aoüt 1903 è Manlobbi sur Ie Tapanahoni. Nous entend£ mes qu'on pleurait a haute voix danc une cabane, pour Ie capitaine qui était mort il y 13 joure! Ce soir il y aurait un soi-disant broko-déi pour lui: danser au rythme du tambour jusqu'a 1'aube; ceci doit avoir lieu 8 ou Ik jours après la mort. Idem Ie 15 aoüt. Nous vxmes aussi des objets apparte nant au capitaine mort attachés sur une planche , portee par deux hommes sur leurs épaules. On posa différentes questions auxquelles les porteurs suppo sés être les instrunents de 1'esprit du capitaine répondirent par une légere inclinaison de têtes. On fait la mêae chose avec Ie cadavre lui-même, qui désigne ainsi entre autres son successeur. Le corps reste hors de terre pen dant 1 a 3 semaines et on 1'enfume un peu sur un boucan pour prévenir la décomposition. On recueille les sucs qui en coulent et, miles a des simples, on en enduit le corps des hommes, "pour devenir fort". L'enterrement est effectué tres proprement dans un beau cercueil qui doit entrer juste dans la fosse; la puanteur est alors insupportable. Sur la fosse dans laquelle va le cercueil on pose des bétons sur lesquels on met des feuilles puis une cou che de terre. Idem le k septembre. Il y a la (dans le deuxième village) un mort qui, conformément a 1'usage ce trouve déja depuis quelques jours hors de terre, et qui n'est pas pres d'être enterré. Dans la cabane oü sur quel ques planches se trouve le corps couvert de pièces d'étoffe, des femmes pleu rent (c'ect-a-dire se laxaentent en chantant) et la senteur de tafia dans 1'air prouve que 1'on essaie d'échapper aux odeurs du décédé (voir aussi 1F 51i 59-60). Puis on joue du tambour et le soir et le matin on tire quelques coups de fusil a blanc. § 83 Potti na blakka et Puru blakka Le troisième jour après I'enterrement on doit faire uns acrifice de nourriture, trowéi njanyan, de préférence une grande quantité de nourriture car le yorka du décédé a qui le sacrifice est destiné se trouve en compagnie de beaucoup d'autres yorka, dont il sera I'hSte, lorsqu'ils regoivent a leur tour tour vn sacrifice de nourriture de leur postérité. On répète tout le temps le sacrifice, avec de longs ou de courts intervalles. J'ai même assisté a des trowéi njanyan pour des hommes qui étaient déja morts depuis plus d'une génération. Voir ensuite 84. Ceux qui sont restés prés du corps dans le kréihoso y restent encore, vn ou deux jours après le trowéi njanyan, mais s'ils veulent ils peuvent rester plus longtemps. La veuve (ou le veuf) est obligée d'être endeuil pendant au moins 12 mois de lune. La familie du mort "met I'époux qui reste au deuil", ce qu'on appelle potti na blakka (mettre au noir). Le jour de I'enterrement il (elle) est sorti (e) du kréihoso (Ko 394 et lavé (e) a la rive de la rivière); les membres ainés de la familie se placent autour et lui indiquent les devoirs qu'entraine ledeuil; les relations sexuelles sur tout portent malheur pendant ce temps, a la familie et même a tout le 10. On lui coupe les cheveux; la banderole blanche qui était mise autour de la tête. immédiatement après le décès est remplaoée par une nouvelle; le porteur de deuil regoit vn pandji comme une coiffe de religieuse sur la tête et vn bfiton dans la mam; il ne peut pas sortir sans coiffe et baton, et il doit regarder le sol et têtonner avec le bfiton comme vn aveugle. La 101 cabane ne doit être quittée que pour prendre vn bain et pour les besoins na turels, et seulement aooompagné dun. parent du mort venu vivre avec lui pour le garder et lui rendre service. Lorsque lon donne la coiffe et la houlette on sacrifie a l'esprit du mort et on lui demande de soutenir le porteur de deuil pendant le temps du deuil. Pendant toute 1'année Ie porteur de deuil doit pleurer de temps a autre, pendant Ie dipi braka (deuil profond) qui dure trois mois, a raison de deux fois par jour. On suppose que 1'esprit du nort reste incessanunent chez Ie porteur du deuil; celui-ci doit è chaque repas cettre une partie des mets sur Ie sol a cSté de lui, en disant "frère (soeur) , voici notre repas, mangeons" et verser également un peu de toutes les boissons. Seul un parent du décédé peut raser et oouper les cheveux du porteur de deuil. Le veuf doit rester dans Ie village de sa femme. Le porteur de deuil ne doit pas travailler et il est nourri aux frais do la familie du mort. Après trois mois les parents, après s'être réunis pour cette décision, allègent ledeuil, la coiffe est enlevée et la houlette est solennellement coupée en deux. Mais la familie peut aussi étendre la période de trois mois en retardant sa venue sous vn prétexte quelconque. Dans cette question, il y a des families conservatrices et libérales. Quitter ledeuil est puru blakka (enlever le noir). On le fait habituel lement pour plusieurs personnes a la fois, de sorte que ceux qui étaient en deuil les premiers doivent attendre plus longtemps. La cérémonie a le carac tère d'une fête. Ceux qui vont svbir le puru blakka s'assemblent dans le village oü se tiendra la fête; les femmes sont accompagnées de vieilles femmes, les hommes de vieillards. Ils se baignent dans la rivière a des endroits séparés, tandis que ceux qui s'en oocupent prononcent des priores et des aotions de grfices. Leurs vêtements de deuil sont repris et la familie du mort leur offre de nou veaux vêtements, dans lesquels ils retournent a leurs villages. Dans des ca banes désignées a eet effet ils 6ont habillés en habits de fête, oü dominent les couleurs criardes. Puis on donne une réception, on danse et on s'amuse. Si l'homme avait maltraité sa femme décédée, ou lui avait été infidèle (et réciproquement la femme), la familie de la décédée peut refuser ledeuil. On dit tres courtoisemenf'fais comme si tv avait divorcé juste avant sa mort". La personne en question et sa familie ne se résignent jamais a cela, car ainsi elles seraient exposées a la vengeance de l'esprit du mort. Elles es saient de faire changer d'avis la familie qui refuse, et en cas d'insucoès, se pourvoient en cassation auprès du conseil du village et éventuellement auprès de celui du lc_ ou même auprès du Granman. Il nest jamais encore arrive que ledeuil ait été refusé en dernier ressort. Le Granman lui-même nest jamais obligé de prendre ledeuil; c ela I'em pêcherait d'exercer ses fonctions. $ 84 Broko déi. Broko déi veut dire "fête pour) le commencement du jour" et on désigne par ce nom la fête qui doit donner le repos a 1'esprit du mort. Ches les Djuka 102 285 elle a lieu vn nn après le décès lorsqu'on quitte le seuil complètement, parfois plus têt, chez les Bonni trois jours après la mort. La fête est plus o~ moins importante selon la prospérité de la familie, mais même pour les plus pauvres on doit tenir vn broko déi; quelques amis ou connaissances s'occupent alors par charité des friandises, et ils dansent. Le broko-déi commence le soir a 6 heures par le sacrifice de I'eau prés du fragatiki, pendant qu'on allurae vn feu. Des jeunes hommes ont recueilli a I'avance de grandes quantités de bois; undes ainés allume le feu; on s'adresse aux yorka, qui selon les Djuka sont venus regarder en foule, et on leur dit que la fête est en leur honneur et que la lumière du feu nest pas destinée uniquement a éclairer les hommes, mais eux aussi. On oroit que la danse, les boissons et la nourriture sont vn cadeau du yorka nouveau venu aux yorka déja presents. Au broko-déi on raconte aussi des anansitori et des laitori. Les Anan sitori sont des récits oü Anansi, I'araignée rusée, joue le premier rSle. Anansi est considérée par les Djuka comme une divinité et raconter ces ré cits est une forme d'adorer Anansi, car sans elle ils ne pourraient vivre (£ 29). Un laitori est une devinette (voir Penard, Negro riddles et 2H 433 et la suite). Cette première soiree on offre aux hstes de petites friandises, telles que: vn bout de cassave avec vn morceau de poisson et on commence les anan sitori et les laitori, auxquels s'intéresse surtout la jeunesse. Vers 9 ou 10 heures la danse commence (§ 53» photos 2K 213) pendant qu'on continue les anansitori; celui qui veut se reposer de la danse se joint a ce groupe. Celui qui est tres fatigué et qui veut dormir se sauve a la dérobée, car il nest pas honorable d'avoir si peu d'endurance. Lorsque, le deuxième jour, le soleil est raonté tout a fait, les tam bours se taisent; les hommes sont las et généralement ivres et on passé la journée a se reposer et a dormir. Peut-être raconte-ton encore vn anansi tori le soir, mais cela nest pas oblijatoire. La troisième après-uiidi vers 5 heures a lieu la cérémonie du trowél watra (§ 60), non pas pres du fragatlki, mais pres du Kréihoso, la maison de deuil, qui se trouve non loin du fragatlki ♦ Par ce sacrifice on voue Ie yorka du mort & la bienveillance de« autres yorka qui 1'ont préeédés. Le soir on raconte quelques anansitcri, mais sane beaucoup d'importanoe. Le quatrième jour vers 5 heures, o'est le trowéi njeyam. Les femmes apportent des plats de nourriture au fragatiki; chaque femme se fait gloire de pouvoir offrir vn ou autre plat aussi. On a mis des feuilles de bananier sur le sol tout le long du kréihoso, le nombre de feuilles dépendant de la prospérité de la familie. Les Djuka s'imaginent que les yorka ont été invi tes a la fête et au sacrifice de nourriture par I'eau qui a été versée, ce qui a servi de convooation. Ils sont venus en grand nombre. Le prêtre le plus vieux préside la cérémonie. On remeroie ceux qui ont apporté la nourriture; on attire I'attention des Granyorka a qui les mets sont destinés, sur le dévouement avec lequel on sacrifie; on prie pour que le décédé soit accepté par eux et qu'ils considèrent le repas oomme offert par lui; on verse de I'eau et de I'alcool. Parmi les mets offerts, la viande de tortue ne doit jamais manquer (§6O) J'ai appris comment, vn jour, on devait tenir vn broko déi a Drietabbetje, mais on ne put trouver de tortue. On décida de tenir la fête tout de même 103 286 287 Vers le matin les danseurs commencèrent a se retirer, jusqu'a ce qu'il n'en restatqu'un. Soudain on remarqua que c'était le yorka du mort qui dansait la; et tout en dansant il monta au ciel. On I'expliqua ainsi: La circonstance qu'il n'y avait pas de viande de tortue confondit le yorka et il se manifesta pour I'exprimer. Le récit me fut raconte par Aganga, vn des Djuka en vue. A ma question: comment cela pourrait-il être possible, il me répcndit:" je le crois parce que mes ancêtres le croyaient et qu'ils m'ont élevé dans cette croyance. Vous ne le croyez pas, parce que vos ancêtresne le croyaient pas et qu*alors vous n'êtes pas élevé dans cette croyance." La moitié de tous les mets est ensuite étendue sur les feuilles de bana nier. Il règne vn silence solennel. Les esprits invisibles mangent le kraka, la composante invisible et spirituelle de ces mets (Introduotion VI). La jeunesse devient impatiente et tout a coup résonne 1'ordre "garbu" (saisissez) et tous attaquent. Chacun pcse sa bofte sur une partie et emporte ce qu'il a dessous. Un a quatre jours après on tient encore la fête de seti tafra, arranger la table, c'est la fête pour les hötes. A 3 ° u heures de I'après midi, on rassemble de petites tables et chaque femme du village apporte vn plat de nourriture, peu ou beaucoup selon son pouvoir, et le pose sur I'une des peti tes tables. Il y a aussi la cérémonie oü Ion invoque les Granyorka prés du fragatiki et la encore on attend quelque temps jusqu'a ce que les esprits aient mangé la partie invisible de la nourriture. Puis les maitres de cérémo nies, nommés basia (il) distribuent les tables, en prêtant attention aux positions sociales. La partie destinée a vn héte lui est apportée dans la ca bane oü il demeure et c'est la qu'il le mange (Voir aussi 2F 82-83 et Ve 322, 325, aveo photo des petites tables). Le soir on danse uniquement si les jeunes le veulent. Le soir suivant on danse encore une fois et le matin après il y a kisi hoso (confisquer la maison). Ce sont généralement les jeunes qui, en dansant, battent sur des tam bours et sur des bidons, et qui parcourent le village en oriant de joie. Ils s'arrêtent devant chaque maison et ils y dansent, chantent et exécutent plu sieurs figures de danse; I'habitant de la maison est obligé d'offrir quelque chose, le plus souvent de I'alcool. On crie de joie et on se taquine; on fo lêtre et on saute jusqu'a I'après-midi a 6 heures. Le jour aprèe Ie kisi hoso c'eet 1'heure "fu wakaman prati" , 1'heure de partir pour les voyageurs, qui est précédé d f une cérémonie. Il est indispen sable qu'on tienne un krutu (réunion) pres du fragatiki, e t tous oeux qui ont participé a la fête doivent y être présents. Après avoir sacrifié aux {fran je orka et demandé leur assistance pour que les alnéa qui président ce krutu soient sincères, ainsi que les autres assistantSg le plus vieux s'adresse a la foule. Il dit qu'une grande fête est terminée, une fête qui avait pour but d'assurer le repos de 1'Ê.me d'une ou plusieure personnes aimées (un broko déi est paxfois tenu pour 6 a 7 morts a la fois). Ce serait donc tres dommage si quelque désagrément, né pendant la fête, prenait des dimensions plus grandes. C'est pourquoi tous les assistants sont invites a avouer franoheraent s'ils ont quelque chose qui leur pèse sur le coeur. On peut avoir péohé d'une ou de plu eieurs fagons envers les hStes; des families sont venues de plusieurs villages, un jeune homme a peut-être regarde la femme de quelqu'un d'un oeil plein de i désir,etc. Autant de causes de querelles et de différends! L'honneur de la familie qui a offert ce broko déi étant en jeu, le compte doit Itre réglé immé diatement a 1'amiable. 104 288 Ace reglement on se dit souvent ses quatre vérités, et Ion se récon cilie avec une plaisanterie. Ce ne serait pas vn honneur pour les hötes si,, après qu'ils aient quitte I'endroit, des affaires désagréables étaient encore discutées. Si oe krutu est terminé, on va au fragatiki, on y verse enoore vn sacri fice de reconnaissance, et la fête est terminée. Il arrive parfois qu'on in vite les hStes a rester une autre nuit, mais pour ce broko déi on ne vient plus au fragatiki. 'Ko 395-396. Chez les Saramacca une veuve est menée au frère ou au cousin de son mari mort, et c'est seulement lorsque celui-ci a couché avec elle qu'elle est libre; celui qui viole cette règle devra mourir. D'après 3J 93, après cette action le yorka nest plus vn danger pour la société* Un veuf doit coucher avec une femme qui n'appartient pas a sa propre tribu. 1 H 213 fait mention aussi de ces coutumes, mais van Lier en doute.) Journal de G. le 6 septerabre 1903 a Gransanti sur le Lawa. Hier, lamentations d'une femme qui perdit son mari il y a quelque temps. Voir ensuite 1G 56-57» Idem le 22 juin 1937, au petit village de la veuve d'Apinti au pied des chu tes Apoma, Maroni: Vers 5 heures de I'après-midi tous nos Djuka vont au bord de la rivière derrière notre maison, munis de petits bancs; ils s'asseoient et commencent une lamentation; a cSté, le dos tourné aux hommes, la femme principale sanglote aussi: il est venu vn message qu'un jeune parent a Drie tabbet je est mort. Idem Ie ZJ> juillet a Sajé sur Ie Tapanahoni. On nous raconte immédiatement que oe soir une fête de danse aura lieu a Sajé. Il y a 18 mois un homme mou rut. On célèbre une fête pendant trois jours et la familie du mort invite tous les assistants a boire et a manger. On tire du fusil aussi. La fête terminée, la veuve est lavée dans la rivière par une autre (vieille) femme> Ie kra (esprit)du mort est alors rassuré, et la veuve peut prendre quelqu'un d'autre. Si ces cérémonies n'avaient pae lieu, la femme et son nouvel époux devraient mourir. Siméon m'apprend ensuite: on porte différente objets sur une planohe, dansle but de communiquer avec un esprit; celui-oi répond par des signes. Si 1'on veut savoir si quelqu'un est mort a cause de sorcelle ries, 1'esprit indique de cette facon Ie meurtrier; autrefois eet homme é tait alors tué, aujourd'hui on lui donne une boisson a boire; s'il meurt, il est coupable, s'il ne meurt pas, il est innocent. Noue allons au lieu de fête a 8 heures et demia: on est en train de manger dans les maisons. Après être restés assis la quelque temps, nous allons regarder; on est assis dans une cabane ouverte, partiellement en dehors, on raconte des anansitori et on chante des chansons. Comme il semble bien que les danses commenceront tres tard, je me couche; dix heures et demie. Lorsque j'entends les tambours dans la nuit, je me leve tout de même pour aller regarder. Il y a assez de monde qui danses quelque6 hommes exécutent les plus formidables sauts dans une position acoroupie; les femmes se trouvent a cöté, pressées les unes sur les autres et elles tournent Ie corps et les mains; de temps en temps elles s'avanoent. 105 2 < § 85 Enfant mort jeune. Si vn enfant meurt avant vn an, on croit que dans eet enfant il y avait vn takru yorka (mauvais esprit), car aucun homme ne nait pour mourir tout de suite après. Ou bien l'enfant avait vn bon esprit, mais oelui-oi a été enle vé de la terre par les mauvaises puissances. C'est pourquoi on enterre le pe tit cadavre sans cérémonies a vn endroit peu frequente dans le village et non pas au cimetière. Autrefois eet enfant était enterré une heure après le déoès sous vn limettier :"den beri hem na ondro limlkibon" (ils I'ont enterré sous vn limettier). Lorsque la fosse était creusée, on mettait dans la tombe et a coté des branches de limettier (Citrus Limetta), qui ont des épines. Le plus vieil homme présent remplissait les fonctions du prêtre qui exécute les cérémonies. Une femme apportait Ie petit cadavre nu, enveloppe dans un lange; un homme était envoyé a sa rencontre, Ie lui prenait des mains et Ie remettait au prêtre. Celui-ci Ie jetait dans la fosse d'un choc, en disant:" A peine es-tu venu dans Ie aonde que tu Ie quittes a la hate; ceci n'arrive pas sans raiaon" (Datl a no soso). "Aussi, vois ce qui t'arrive, tu es repoussé"(dejn toto yu baka"). Il se peut que ce ne soit pas toi Ie coupable; que celui qui voulait t'utiliser vienne alors maintenant manger ton corps (yu dugudugu)"» Chacun des assistants jetait alors avec des insultes et non sans prononcer Ie "mi gi heru" (§ 32), une branche de limettier dans la fosse, qui était ensuite remplie de terre. Les branches de limettier empêchent le mauvais esprit de s'échapper (c0mp.1P.165 "Pour neutraliser vn wisi, on emploie surtout I'acide des li mettes" et voir S 37i prendre de I'acide de limette après une piqüre de raie). Cette coutume a presque disparu aujourd'hui, mais lorsqu'on termine vn diffé rend, ou lorsque des ennemis se réconcilient, les Djuka disent parfois:"Na taki koti, tidéi aberi na ondro limmiki, (le parier est coupé, aujourd'hui il a été enterré sous les limettiers). SAR 1H 222. S 66 Albinos. SAR. Lorsqu'un tone meurt (£ 22), il est enterré prés du bord de la rivière. Stn I/ 87-88: jeté dans I'eau profonde; pour pouvoir aller sans enoombre è I'endroit d'oü il est venu. § 87 Noyé Si quelqu'un se noie, le Djuka croit qu'un kunu,- destin ou malédiction a agi. On empêche le yorka du noyé de venir sur la rive, en y dressant vn appareil de défense: par exemple vn vieux canon de fusil, vn sabre cassé, le cerole dun tonneau, des os d'animaux, une jatte cassée, des pièces de salpours (salempore, une espèce d'étoffe),etc. C'est dressé par vn ancien 106 290 291 du village et celui-oi dit par exemple: "Ceux qui sont noyés appartiennent a I'eau et ne doivent pas revenir sur la terre." De temps en temps il re nouvelle cette prononciation. Aux occasions oü lon donne a manger aux yorka la nourriture pour les yorka des noyés est mise sur la rive. Personne ne touche plus a cette nourriture, mais les chiens peuvent en manger. § 88 Suicide. Le suioide n'est pas rare chez les Djuka et autres Noirs Réfugiés. La cause du suicide est généralement la peur du scandale ou Ie dépit: une jeune fille qui est enceinte boit du neku (poison de liane pour les pois sons) ou du suc de maniocj un oncle qui a rendu sa nièce enceinte ae tue; u:i homine innocent qui a été condamné met fin a sa vie; un jeune homme qui a été refusé, ou une jeune fille qui ne peut pas avoir 1'homme de eon choix a cause du mettent fin a leurs journ. Voir aussi § 66, Ie créancier me naoe Ie debiteur de se tuer (SAR 1H mentionne la menace de coamettre un suioide dont Ie yorka pourra se venger; chose semblable 3J 1351 52, 58) Le corps d'un suicidé est jeté sans plus. Il est possible qu'en cas de suioide le Granman impose une amende qui doit $tre payée par la familie du suicidé. Son héritage revient en tout cas a Grantata, c'est-a-dire au prêtre supérieur de Grantata. § 89 Cheveux et ongles Si vn Djuka meurt lom de son village, le corps est enterré a I'en droit même après que Ion ait coupé vn peu des cheveux du front et du der rière de la tête, et les ongles du médius droit et du moyen orteil du pied gauche pour vn homme, et le contraire pour une femme. On considère que les cheveux et les ongles représentent le mort parce qu'ils continuent a crof tre après la mort. La familie les enlève pour les enterrer ala fagon ha bituelle au cimetière du lc De même chez les Saramacca, 3J 92, 4j 54, Van dercook 158-159»(Les questions qu'on pose norraalement au corps sont mamt enant posées aux cheveux et ongles-figure, chez les Bonni Cr 61). De quel qu'un qui nest pas mort a I'étranger on conserve aussi les cheveux et les ongles, si Ion a encore des questions a poser; et parfois des années s'é coulent avant que les cheveux et les ongles ne soient enterrés officielle ment . On conserve en particulier les cheveux et le6 ongles de décédés qui étaient tenus en haute estime; on va les chercher a des cérémonies religi euses pour représenter celui dont ils proviennent; aller chercher ces ob jets est appelé "go teki bonyo" (aller chercher les os) (IL 64). § 90 Répugnance pour la crémation (deG.) Lee Djuka ainsi que les Bonni a'exprimèrent leur répugnanc© è 1'égard de la coutume des Oayana de brüler le corps d'un homrae mort} iis ont essayé de détourner les Oayana de eet usage mais n'ont eu qu'un succèjs temporaire. 107 § 91 Mort et coutumes de deuil chez d'autres Noirs Réfugiés et chez les Noirs de Ville Les ceremonies ressemblent a celles des Djuka. BONNI Voir Cr 59-61 avec figure, Ve 322-323, 1F 143-144. SAR Voir IH3 et la suite, 5J et }J , Sta 566-567; Stn 1/2/276 et la suite raconte comment on demanda instamment au yorka de ne pas revenir; IJ 452 -453 raconte comment le cadavre de quelqu'un qui est mort dun accident est enterré a I'endroit même et comment on I'enduit de certains produits pour lier le yorka vindicatif a eet endroit. VILLE Voir 2H 109-110, 157 et la suite, Bex VII, MX. Les fêtes pour le mort ont aussi ici le but de satisfaire le yorka; on les désigne par dedde hoso (maison des morts) et pulu na pikin na paasi (enlever l'enfant); la dernière cérémonie s'appelle fissa ou fesa (fête); voir aussi § 8. 108 292 293 SUPPLEMENT Du Surinam m'arrivent encore des informations de M.van Lier et de MM. M.A.L.helcherts et '.V.Rogali. Elles suivent ioi, dans I'ordre des paragraphes d'oü elles sortent. § 52. ~ En cas de grandes catastrophes comme épidéciies (grippe 1918, 1922), sécheresse anoriaale (1926), etc., on ordonne des jours de prière généraux pour toute la tribu a Drietabbetje.(W.L.Loth 88 fut témoin d'une chose sem blable). Les services de prière sont inaugurés par Ie Granman et continués par les prêtres supérieurs; ils durent des jours et parfois des semaines. On sacrifie aux Granyorka et on leur demande "fu krutu go dem na Gado-kondre n de plaider pour la tribu dans Ie domaine des dieux. On consulte régulière ment Grantata et on Ie supplie d'indiquer des fagons dont on peut attendrit Ie coeur des dieux, pour que la situation tourne favorablement. S'il s'agit de récoltes ou de ponsu (§ 80) déficitaires répétés, ou si les pingo (san gliers) se font de plus en plus rares; ces services de prière sont tenus a Kriorokondre, Ie lieu sacrificiatoire de Gedeosu, dieu de 1'agriculture, de la pêche et de la chasse. Le Granman s'y rend pour procéder a 1'ouverture des cérémonies; il y reste pendant quelques jours et retourne ensuite a Drietabbetje, laissant les pretres supérieurs qui Ie renplacent et qui, avec les prêtres Bilo et les pretres de Gedeosu poursuivent les services. —Au sujet d'Akrekuna on peut mentionner encore :oe gado se révéla pour la première fois dans vn homme du lo_ Pinassi sur la crique Sara; au début en rêve puis en état de possession. Oseisi ordonna de transporter le gado au Tapanahoni , il était alors établi la chez les Noirs opo du village Akrekuna (Gonohoro supérieur), vn établissement des Noirs Pinassi du village Kisai; après I'abandon de Akrekuna le gado fut transporté è. Kisai. §54.- L'Afraku doit être approuvé et béni par le prêtre supérieur de Qran tata. —Asigu (2K) serait, d'après vn Saramacca, la divinité qui demeure dans vn arbre Ceyba que Ion a plante spécialement pour I'adoration. —Aflamu (de Leeuw 74, 124) nest pas une divinité réelle. Un Djuka du Cotti oa, nommé Wensi (Melcherts le conna£t personnellement) eut (soit spontané ment, soit parce que les doctrines chrétiennes I'avaient impressionné, comp. les rêves de Johannes King, Burkhardt 47-48, de G.) I'apparition dun ado lescent habillé de blanc, dont le visage brillait comme le soleil et qui était préoédé dun pigeon;e ette apparition, qui revint encore une fois plus tard, se nommait Amafu ou Aflemu etlui ordonna d'aller au Tapanahoni et d'y exterminer I'idolfitrie. — Le kokoti est vn attribut des Kromanti-gado ou d'autres d'après I'obia-hoso oü se trouve ce bfiton. Il est porté comme bfiton (soeptre)par les possedés, e t alors le gado appelle ce bfiton "kokoti bai bati fu santi akfa'[. § 55»- D'après Melcherts on appelle fragatiki principal fa-aka (drapeau) tout court . A Drietabbetje et a Puketi il y a un krutuhoso ou granmanhoso oü ont lieu les grands krutu sous la présidence du Granman ou du Prêtre Supérieur. Aux autrea villages on tient un krutu dans la maison des hötes 109 du Capitaine, ou, par beau temps, sous vn grand arbre. Le kréihoso est des tiné uniquement a y placer des oadavres. § 57.- Composantes d'obia : cerf, car le cerf est tres rapide et a beaucoup d'endurance; I'agouti car celui-ci est rusé, prudent et décidé. Les cheveux rouges du postérieur de I'agouti sont employés dansles obia de chasse ainsi que dans les obia sexuels mannlngre-obia. Les Djuka pretendent que I'agoutl "sabi luku obia"(sait voir I'obia) o'est-a-dire qu'il lui est possible de consulter son propre oracle. L'agouti a I'habitude de s'asseoir sur les pat tes de derrière comme le font les chiens. Dans cette position il joint les pattes de devant contre se 6 lèvres et il semble au speotateur a quelque dis tance qu'il soufflé sur ces pattes de devant, ou qu'il crache dessus, et les met ensuite contre son nez. Il ne faut jamais tuer vn agouti qui est assis dans cette position. § 59.- L'anneau de fer pour le bras supérieur (manfeti-obia) est appelé njanku buy; on peut suspendre l'anneau, avant de le mettre autour du bras, a une ficelle; I'asperger d'aloool et lui demander si on remportera la vic toire dans le prochain combat. ij 75»- Comme parure on porte parfois autour du cou vn anyisa (mouchoir de tête). § 13.- Les obiaman ont vn ou plusieurs kma a cause de leur obia. En présence de quelqu'un qui a des rapports avec vn gado (& 36) il ne faut jamais pronon cer le nom de ce gado, surtout pas lorsque la personne en question est en train de manger. Si cela arrive on la voit sursauter comme électrisée, era eher pour vider sa bouche, jeter ce qu'il restait sur son assiette, et s'en aller vite. J'ai vu plusieurs fois cette personne commencer a vomir et tom ber malade. § 26.- Pour les Noirs Njafai il est kma de manger du singe kwatta. Un jour dans vn village les hommes étaient absents et vn groupe de Noirs Bonni vou lait en profiter pour voler les femmes et jeunes filles. Mais juste au moment oü ils approchaient arriva vn groupe de singes kwatta, qui firent vn tel va oarme que les voleurs crurent que les hommes Njafai revenaient, et prirent la fuite rapidement. § k6 .- Il y a quelques années un Noir Djuka fut blessé par accident par un soldat d'un coup de fusil, et des fonctionnaires vinrent pour examiner 1'af faire. Ce serait une infraction au klna de la guérison que de les admettre chez Ie blessé; la g uérison pourrait être arrêtée et Ie blessé pourrait mime en mourir♦ On imagina alors de pkacer un obiaman aveo une calebasse oontenant un mélange de simples et de pimba a 1'entree de la cabane oü se trouvait 1'hom me blessé. Les blancs devaient se mettre 1'un aprèe 1'autre sur un petit pail lasson pendant que 1'obiaman leur aspergeait les pieds avec Ie mélange en mur murant des prières. Cette action neutralisait ce qui pourrait porter atteinte au kina. 29^ 11 Tous les Noirs Réfugiés , hommes et femmes, désirent avoir des enfants; le plus grand chagrin pour une femme est d'être stérile. La stérilité est une cause de divorcé. De faueses couches arrivent souvent, ainsi que des morts-nés; il y a une grande mortalité infantile. Le Noir Réfugié nest pas serviable. Si par exemple vn homme est grave ment malade, et doit être transporté sans que sa familie soit la pour I'aider, personne ne pensera a I'aider même si beaucoup d'hommes flanent, oisifs. En cas de décès seulement, de I'enterrement jusqu'a bloko déi, chacun coopé rera, mais au6si est-oe vn devoir religieux. Le Djuka est tres poli, presque obséquieux, envers le Granman et aussi envers les capitaines; en général envers les personnes agées.(C 10; c'est spécialement a la vieillesse qu'ils portent vn grand respect»d.G.l937: Un Djuka, en s'adressant a moi, trainait ses pieds sur le sol (kosi). VILLE srobosrobo ou srepi futu trainer les pieds, kosi inclinaison du genou pour femmes). On est tres préois en matière de salutation et de réponse (comp.lG 58). Quand vn lanti-bakra (blano-du-pays, c.a.d. fonctionnaire ou officier) doit arriver au village d'une autorité des Noirs Réfugiés, il est nécessai re qu'il se fasse annonoer d'abord, et qu'il attende la réponse. Pour le Granman a Drietabbetje, en amont des chutes Granhollo, le lieu d'attente est le village Puketi situé au pied de ces chutes (en 186 l 2K 316 et Vidal 29j en 1904 2F 25\ en 1907 1G 26). Leur gout du cérémonial, leur verbosité ressortent spéoialement dans le krutu (réunion du conseil, réunir) . Pour chaque déoision de quelque importance on doit tenir vn krutu, oü Ion parle sans fin, voir 3L, IL 40 et la suite, Ve 320, 1G 55 et la suite. Celui qui demande et celui a qui la demande est adressée ne 6e parlent pas directement, mais il y a vn interme diaire, "na suma dl sidon yere", "l'homme-qui est assis et qui écoute", et souvent quelques-uns guittent pour vn moment la réunion pour méditer sur ce qu'ils diront. IL 90-93 et *°L déorivent de fagon détaillée comment cela se passé. 16l La méfianoe générale envers les Blancs a persisté longtemps; journal de G. le 23 N0v.1904, départ de Tapanahoni: Je parle beaucoup aux Djuka. Mamten ant ils sont tres aimables et nullement réserves .—"Pourquoi cette crainte et pourquoi ces mensonges?" (N.B.pendant que la mission remontait le Tapana honi vers le pays des Indiens)—"Oui, nous avions peurj masra doit savoir, nous sommes de 6 lowe suma (hommes enfuis) et nous ne voyons pas dun bon oeil qu'on connaisse si bien le pays en amont de notre demeure".Voir aussi(SAß 1926) Sta 575. La vie religieuse et les symboles La religion domme toute la vie du Djuka; je I'ai exprimé souvent ainsi: "toute la vie du Djuka, depuis le berceau jusqu'a la tombe, est vn offioe entier". Ces hommes professent leur foi avec une conviction honnête et une dévotion sinoère.(Je cite ioi encore Stn 11/2/185, Noirs de Plantation: Les chants pour Gado ou chants divins sont entonnés habituellement pendant tous les voyages sur I'eau...Les prières spéciales qu'ils envoient généralement a 111 NOT E S (l) Si - On croit parfois que lo_ dérive du mot anglais row (ligne) mais il est possible que le mot soit africain, voir Lindblom 99, 1H 351. Les lo_ ont les noms des anciennes plantations ou des propriétaires de plantations, voir Wong. (2) §4 - C'est de I'interpretation du mot fétiche (voir pour cela I'Encyclo pédie de religion et d'éthique (Encyclopaedia of religion and ethics) Edinburgh-New-York 1912, sous fétichisme que dépend I*affirmation de fétichisme chez les Noirs Réfugiés, voir aussi § 54, 59.-- de G. (3) §5 -Le nom kasuiu 1P 159 (et Penard, De mensenetende aanbidders der zon neslang (Les adorateurs anthropophages du serpent-soleil) Paramaribo 1907, page 228), est une erreur, "voir "de Periskoop" du 24 mars 1928. (4) §19- Van Lier communiqué que dans IL 71 ligne 20 et 72 ligne lil faut remplaoer le nom Gwangwella par Gedeosu et vioe versa. (5) §19- 2K 232 est moins précis car on y mentionne la boisson mais non le serment. (6) §24- Van Lier croit que le Dagowe ou serpent idole est identique au serpent tapis, Epicrates Cenchris; vn Noir de Ville me dit la même chose. (7) 926- L'emploi du mot totem dans ce sens-ci reste sous la de M.van Lier. —-de G. (8) §36- 1" Le mot winti, possession, des Noirs de Ville (§ 37) est connu aussi chez les Djuka. 2° Dans des Communications anciennes sur les Noirs du Surinam on emploie souvent le mot gadoman pour designer vn prêtre; il est généralement inpossible de décider si on entend par cela vn prêtre d'une divinité ou vn obiaman. Dans la ville on entend par gadoman quelqu'un qui fait des danses winti♦ (9) §46- Peut-etre est-ce une oroyance adoptée d'après les Indiens. (10) §54- Cette question est traitée en détail dans R.Karutz Das Ratsel des Janus (L'énigme de Janus) Basel 1927. (il) §57- Connu en Surinam sous le nom turalla (mot Kalina). (12) §57- Pour cela les Indiens connaissent vn produit dont vn certain tuberoule tayer est vn des ingrédients. (13) §59- lei, ainsi que tout ce qu'on peut considérer comme fétiche, il ne 6'a git pas d'adoration de I'objet en soi, mais de I'esprit qui demeure naturellement, ou a cause de moyens artificiële, dans eet objet. De la vient que le Djuka et aussi le Saramacoa emploie le mot obia pour I'esprit qui peut posséder vn homme et aussi pour vn medicament, bain de simples ou amulette. Explication claire dans 1H 320-321. 112 (14) 572- Hfirtter, Angloer (Afriqu?) fille 36, fils 12 jours. Comp.aussi Lcvi ticus 12. (15) ï*72- Comp. encore Herskovits, Dahomey, II 234 : Les Dahoméens croient que les hommes ont 4 fimes, les femmes et les enfants 3« 12 162 163 leur dieu avant de partir en voyage sont parfois si concises et 6i direetes qu'on se sent ému, et qu'on s'étonne qu'elles puissent s'accorder avec leurs conceptions éoervelées de divinité) (Note du traducteur: oertifié exact, "ihren hirnlosen Begriffen", "leurs conceptions éoervelées"). On adore le gado (dieu) dont on veut apaiser le oourroux ou dont on veut implorer I'aide, ou bien on sacrifie a ce gado, qui prend la partie métaphysique de cette offrande. Dans ce monde d'esprits et son influenoe sur le monde matériel, nos notions d'espace, de nombre et de temps n'ont pas de valeur. Il nest pas vrai que les Djuka pratiquent le fétichisme(2)• Selon eux, rien ne coneiste en matière seulement; on n'adore pas I'objet matériel, mais l'esprit qu'on y assume présent. Tous les gado sont des Stres invisi bles, trop élevés pour l'homme pour que jamais vn oeil humain puisse les voir.(voir encore IL 28-39) (En oe qui ooncerne les poteaux dont la par tie supérieure est taillée en forme de visage humain, 2K210 dit: Les Noirs Réfugiés font de merveilleusses sculptures sur bois, mais ils ne se donnent pas la peine d'embellir ainsi leurs idoles. A des missions antérieures je regus deux réponsee a mes questions sur ce sujet. Le créateur d'une idole dit qu'il n'avait aucune idéé de ce dont le dieu avait I'air en réalité, et que o'était pour cela qu'il ne pouvait reproduire ce visage en détail. En outre, le bois sculpté n'était qu'un lieu de repos pour le dieu, il n'é tait pas le dieu lui-même. Un autre dit emphatiquement que si le dieu était vn bon esprit, il lui serait égal que Ion se füt donné la peine de rendre son emblème tres beau ou non, tandis que s'il était vn esprit mauvais, il resterait mauvais, de n'importe quelle fagon Ion agit. A toutes sortes de cérémonies servent des symboles, ainsi que dans les affaires profanes. En soulpture chaque figure a une certaine significa tion. Un animal indiqué généralement l'animal-totem(§ 26) de la personne qui a fait la sculpture ou de celle a qui la sculpture est destinée. Les nombreux motifs serpent en sculpture sur bois, qu'on trouve presque toujours sur les portes et sur les fagades des cabanes, représentent le papa-sneki (père-serpent, § 24) eu papa-gado; c'est entendu comme vn moyend*adoration et on compte sur protection en éohange, ou au moins que ce dieu n'enverra pas de maladies, récoltes manquées ou eatastrophes. Le jeune homme axprime sa déclaration d'amour en sculpture sur bois; la jeune fille qui tresse les cheveux du jeune homme donne sa réponse dans les figures qu'elle y tresse (§ 78). Un homme vers la fin du temps de deuil donne a la mère de sa femme morte vn battoir (kodja) dont on se sert pour le linge; les motifs qu'on y trouve lnterprètent ledeuil profond et la tristesse qui I'aooablent. Dans vn autre battoir, ou vn autre objet de mé nage que l'homme offre a sa future a I'occasion du mariage, on peut lire I'espoir et la confianoe aveo lesquels il I'épouse. De même les motifs du kotkoti (tatouage en relief) ont certaines significations (Voir pour les or nements lPa et IK). Le nom d'une personne ou dun objet est souvent réellement lié aveo cette personne ou avec l'esprit de eet objet; il faut être prudent en pro nongant des noms (§ 13). Les Noirs Réfugiés connaissent et citent beaucoup d'anansitori (fables d'araignée, § 29) et aussi beaucoup d'odo (proverbes, voir C 23) . 13 11.- L * H O M M E § 5 L' akra. Chaque homme possède vn akra, c'est-a-dire une sorte de moi plus élevé, ou esprit gardien. N'na, I'Etre Suprème, donne l'akra a l'homme. A la nais sance l'akra est déja présent; a la mort il disparalt pour le domaine des esprits et ne se manifeste jamais plus. Pendant le sommeil l'akra est hors du oorps, o'est pourquoi le corps peut jouir dun repos absolu. Les rêves sont inspirés par d'autres esprits. Sans akra vn homme ne peut pas penser d'une fagon normale. Il ne faut jamais ef frayer quelqu'un, ou par exemple rudoyer vn enfant, oar par suite de oela l'akra peut s'en aller. Si quelqu'un est réveille brusquement, ola peut em pêcher l'akra de revenir, I'affaiblir, le rendre malade ou fou. L'homme a le devoir de servir son akra, de I'adorer, de lui rendre la vie aussi agréable que possible et de lui saorifier régulièrement, en éohange de quoi l'homme a son tour regoit la protection infinie de son akra. Un Djuka qui construit une maison, I'offre a son akra aveo une allocution, en présence de ses amis et de sa familie. L'akra se met en colère si son porteur ne le met pas suffißamment a I'honneur, ou s'il nianque sa parole, trompe, abandonne une jeune fille, s'il négligé ses vêtements ou son ménage, ne sait pas garder son prestige, ou silomet de saorifier régulièrement a l'akra: tout oela est "misi akra, fau te envers l'akra. Un akra ffiohé peut envoyer des malheurs a son porteur et même il peut le rendre dement; si vn homme essuie des revers, la oause est neuf fois sur dix la oolère de son akra."On pourrait comparer cette personne avec vn bateau sans gouvernail dans une tempête" ma expliqué vn Djuka figé. Pour réconoilier son akra le Djuka coupable lui offre vn riche repas. Il s'installe pour au moins trois jours dans le kréihoso (§ 55)5 le prêtre qui vient prier prés du fragatiki (§ 55) pour lui, les amis et parents qui assistent a la cérémonie, tous restent prés de lui. Sur la table dans le kréihoso, la première soiree, se trouve du rhum et quelques friandises sé- ohées. Le jour suivant est le jour du sacrifice de nourriture. Les parents et la femme du penitent préparent les repas et apportent les mets sur des petites tables dans le kréihoso. De nouveau on prie prés du fragatiki. Le coupable mange; en faoe de lui se trouve une portion pour son akra qui est supposé être assis a table avec lui. L'akra prend la partie astrale de sa portion et après cela la familie et les amis dégustent le support matériel de oette portion. 164 Si, après oette cérémonie, tout va bien de nouveau pour la personne en question, cela prouve que son akra Ia pardonnée. Si I'adversité continue, oela veut dire que la colère de l'akra est de la même force, et on sacrifie encore et enoore. Il arrive que ccci n'amène pas la guérison et que tout fi nisse par la mort ou par la démenoe. La oolère de l'akra ne peut jamais avoir été causée par une autre per sonne, mais uniquement par les défauts du porteur. Le Djuka oroit que le wisiman (sorcier mauvais) a le pouvoir d'attirer tous les maux sur quelqu'un, 14 165 mais qu'il ne lui est pas possible d'indisposer l'akra contre son porteur (Note du traduoteur: il semble qua plusieurs endroits on dit le contraire, cependant le sens de ce passage-ci est sans équivoque). d.G.1937» Un homme porte autour de son cou une corde avec vn papa moni (coquille Cauri); c'est vn obia qui fait que votre "akra no kan wai"(ne peut s'en aller). W.E.Loth 84 décrit comment vn homme fabrique une amulette pour sa femme malade afin de rappeler l'akra de celle-ci; comp. 1H 321 I'ak'a tetei des Saramacca. BONNI (van L.) .Une fois j'apportai a Bayo, le capitaine des Boivni (photo Ve 3l8) de la rive hollandaise du Lawa, vn fusil de chasse comme cadeau. Le fu sil lui plut et après I'avoir examiné a fond, il le mit transversalement sur ses genoux et pria les assistants de venir plus prè6. Puis il dit: "a dia, mi akra, yu gon dia, teki ing" (le voici, mon akra,ton fusil est ioi, aooep te-le; comp.2H 51) et il pria les assistants de lover son akra par des ap plaudissements» Ensuite il versa vn peu d'alcool sur le sol pour son akra et il en donna après vn peu a tous ceux qui étaient presents. SAR L'akala de l'enfant nalt apparerament spontanément, comme le corps, et cesse d'exister au moment de la mort, ne passé pas a une autre personne (voir cependant §9). L'akala siège dans tout le oorps, est votr e esprit de oorps. Pendant que vous dormez l'akala est hors du oorps et peut vous révéler quelque chose dans vn rêve. Un obiaman puissant peut appeler de lom l'akala d'une personne endor mie et, s'il est mauvais, il peut tuer eet akala dun ooup de fusil; vn bon obiaman peut appeler l'akala pour de bonnes fins. Si vous avez peur, si quelque ohose vous fait tressaillir, I'akala s'en va et vous tombez malade, vous avez I'air pfile, vous avez vn fort mal de tête et pour oela on met vn mouchoir autour de la tête. L'akala doit être ramene par vn bain de simples. Les Saramaooa n'ont pas de fête pour l'akala oomme les Noirs de Ville; mais ils en ont une pour le yorka. Lorsqu'un enfant est né, les parents distribuent de la bière aux gens qui viennent pour s'amuser et oela eet vn cadeau de l'enfant a son akala (nemseki voir § 9), pour que l'enfant soit toujours heureux sur la terre. L'akala aime par exemple une couleur blanche ou rosé, et vous en portez une autre: vous tomberez alors malade. Ou bien l'akala n'aime pas quelque chose, ou il aime I'or, I'argent, le cuivre : il vous faut satisfaire son désir; ce que désire votre akala vous est révélé dans le rêve. L'akala in diqué aussi s'il faut faire ou omettre quelque chose, il est votre consci ence. Si j'agis contre la volonté de mon akala il me fait tomber malade; il peut me rendre gravement malade, mais il ne me tue pas, comme fait le yorka. VILLE L'akra ou kra est yu yeye, oe que vous portez (Fo 50, Wu 100 fime, es prit, yeyej au lieu de "mon akra" on dit parfois "mi yeye", "ml sei" (Sohu 101, SAR fime, esprit,= she) . L'akra est l'esprit guide de l'homme, son gui de quotidien; les Noirs catholiques assument que l'akra est I'Ange-Gardien. Chaque homme possède deux akra, vn masculin et vn féminin, qui sont la au moment de la naissanoe. Ces akra sont des esprits du jour de naissance. Si par exemple vn enfant est né le Dimanche, il a Kwassi pour esprit-gardien masculin, et Kwassiba pour esprit-gardien féminin. D'après vn autre infor mateur, B.: chaque homme possède vn man-akra du père et une uman-kra ou slsa de la mère (sisa, mentionne aussi au § 1P 159; Ellis Ewe 15 Yoruba 133 15 appelle slsa vn kra qui revient et qui erre après la mort). Avant la nais sance et après la mort eet akra n'existe pas.(3). Informateur B.porte I'akra dans les mams, tandis que d'autres le portent dans la tête (comp 2H 4?, I'akra nest pas dans le coeur. Lorsqu'on s'endort I'akra va se promener; I'akra sort en haut par la tête et revient par la même route. Tout oe qu'on rêve est ce que voit I'akra dans I'obscu rité, ce qu'il vous transmet. L'insomnie est lorsque I'akra ne veut pas quitter le corps. L'akra peut s'en aller pour vn moment si vous eursautez. Mais aussi quelqu'un de malveillant peut emmener I'akra a I'aide de son propre winti mauvais (§ 12) j cette pratique s'appelle wisi (§ kS) (MX IX), Le kra quitte I'homme par la bouohe pendant le sommeil. C'est pourquoi il est si nuisible de dormir la bouche ouverte. A la fin du sommeil il revient mais tout a fait volontairement. C'est pour cela qu'il ne faut jamais éveil ler quelqu'un soudainement, mais tres oalmement• 166 2H 103 dit: on croit que les fimes des hommes, comme les winti peuvent appar tenir a la terre, a I'eau, a I'air.— Est-ce qu'on entend ici proprement le djodjo, § 10, qui est si souvent confondu avec I'akra, voir 2H 44?). Quand on est faible on consulte vn lukuman (§ 37). On prend une petite jatte avec vn oeuf de poule dedans, et on met cela sur I'endroit oü se trou ve l'akra (mam ou tête); si I'oeuf remue, oela indiqué que l'akra est venu. On demande oe que l'akra désire, par exemple vn collier ou une poule, et si l'akra dit"oui"il indiqué cela par la personne en cause qui fait signe que oui (plus détaillé dans 1P 159, 2H 46 et la suite). L'akra aime que son porteur se lave avec de I'eau de lavande ou de I'eau de Cologne; on fait cela dans vn grand papri indien (jatte); on peut joindre vn peu de genièvre (eau de vie hollandaise), d'eau de vie et de bière; au tour de la jatte on met des fleurs. L'eau ne peut servir qu'une seule fois, on la jette après. Si Ion ne donne pas a l'akra le sacrifice qu'il désire (par exemple poule, canard, chaine, bague) 11 peut vous rendre fou, de sorte que vous commencez a vous comporter comme vn sot, que vous commenoez a voler,etc De temps a autre on fait une fête en I'honneur de son propre akra et on procédé ainsi en partioulier si l'akra est en oolère et doit être apaisé. Les Noirs qui appartiennent a une église le font également. Parfois ils le font d'une fagon détournée, par exemple quelqu'un a une fête pour son anni versaire; en vérité cestune fête pour l'akra. Si la personne qui offre la fête a son akra est née par exemple vn öimanche, il faut que cette fête ait lieu vn dimanohe et tous les partioipants doivent être des homonymes qui sont née également vn dimanche. Ce qui suit a été vécu par quelqu'un chez une familie créole aisée (la grand'mère des enfants était une Noire) a Paramaribo. La familie démé nagea. Avant de quitter la maison vide .la grand'mère s'adresse a tous les enfants (même a ceux qui étaient partis en avant) en mentionnant leurs noms •t en leur disant de partir:"«st~ce que vous venez, car nous déménageons; personne ne doit rester ici", et a sa fille, la mère des enfants:"Arme, al lons-nous en". Arme répondit: "Oui, ma mère, allons-nous en, mais tv ne dois pas rester non plus, Mamanl" Evidemment oeoi était I'ancien usage ayant pour but que le kra ne reste pas.(Chose semblable 2H 49-50* 2P 18-19). 167 16 168 § 6 Le doublé VILLE II arrive, bien que rarement, que quelqu'un se voit maroher a cêté de soi-même; van L. connait des personnes a Paramaribo qui ont oela; une dame, Mademoiselle K., en est morte d'effroi. Probablement ce qui se trouve dans 1P 16l s'applique a cela: le kra se montre parfois a son propriétaire comme une image vivante et s'appelle alors dobru. Souvent ce doublé se comporte tres méchamment et cause ainsi de I'embarras a son propriétaire. Et Bex V: Il vient vn moment ou Kra vous annonce que la mort vous menace. A ce moment-la vous voyez flotter quelque chose autour de vous, votre dffblu, le doublé, votre'image. § 7 Le kraka Une image visible de l'akra est I'ombre, que le Djuka appelle kraka. L'akra dun certain homme est plus puissant que l'akra dun autre. Lorsque I'ombre dun homme avec vn akra puissant passé sur vn homme aveo vn akra plus faible, ou même sur vn membre de cette personne, il est en danger de tomber malade, de s'affaiblir et dans le oas le plu 6 grave il est possi ble que l'akra du plus faible prenne la fuite. Également des objets, comme vn fusil de chasse, vn couperet, une haohe, peuvent perdre leurs bonnes qua lités si le kraka de quelqu'un passé par-dessus. Il ne fait aucun mal si I'ombre repose sur quelque chose, mais il en fait si I'ombre passé par dessus.(Une fois j'enjambai le fusil dun Djuka, qui (le fusil) se trouvait sur le sol; l'homme me dit que les Djuka n'aiment pas cela. de G.). Supposons qu'un wisiman fort envoie a vn ennemi vn kinoto (serpent oru kuku, Laohesis atrox) ou yakruka (Lachesis mutus), et que la personne en question sache éviter oe serpent, il est alors toujours possible que I'akraka du serpent morde I'akraka de eet homme, et que celui-ci demeure avec des symptómes de morsures de serpent. Ceux qui veulent faire du mal a quelqu'un tachent d'attraper son akra; ils font cela en le suivant apparemment nonchalants, et lorsqu'ils se trou vent dans son kraka ils attrapent l'akra dans une serviette qui a été imbibée d'infusions de simples (§ 57) et qu'ils avaient sur eux. Le malfaiteur opère sur I'akra capturé chez lui, a la maison; oh ne sait pas comment il fait ce la; le wisiman ne lfiche pas oe secret. Il dresse eet akra a rendre voleur son porteur, ou a le rendre adonné a I'alcool, ou séducteur des femmes de ses amis; ensuite l'akra est relfiché et entre de nouceau dans son porteur. VILLE L'ombre dun homme nest pas 6on akra. MX I X Le kra est quelque chose totalement différent de somra (WU 194 sombra ,ombre) ou mikra. Nous appelons ce dernier se_. Le kra est vn autre esprit qui, ainsi que le s_é_ reste en nous pour toujours. 17 § 8 Le yorka Chaque homme possède vn yorka; le yorka est déja la a la naissance, mais on emploie le mot yorka seulement dans le eens de transoendence de la person ne qui continue è. exister après la mort.(3J 92 Le yorka d'une personne morte conserve tous les traits caraotéristiques de celle-oi)• On distingue entre takru yorka, yorka ordinaires et Granyorka. Les takru yorka 6ont les esprits des hommes mauvais, qui continuent a faire de mauvai** ses ohoses après leur mort o Les yorka ordinaires sont les yorka des hommes bons, qui cependant n'ont pas de mérite spécial. Les Granyorka sont les es prüts des morts qui ont fait de grandes actions, qui ont véou une vie sainte, ou" qui étaient exceptionnellement vertueux. On distingue (IL k 2.) ceux qui sont Qado bresi (bénit par dieu), oe sont oeux qui ont mené une vie si exoellente qu'il leur est permis de vivre è proximité des dieux; leurs prières aux dieux sont toujours exaucées. Des autres on dit "A de krutu na gado kondre" (il assiste aux conseils des dieux); ce sont ceux qui ont été une bénédiotion pour leur prochain, et qui ont contribué au progrès de la tribu; après leur mort ils étaient admis aux conseils des dieux, pour délibérer avec les dieux sur le destin des habitants de la terre. A la première espèce de Granyorka appartiennent des hommes ainsi que des femmes; a la dernière espèce appartien- nent des hommes seulement. A de nombreuses occasions on prie les Granyorka qui se font alors avooats auprès des dieux. 169 (C 13-14 relate* Ils croient que I'existence de l'homme oesse aveo la mort, mais que l'esprit du mort ne disparalt pas tout a fait, et reste parmi eux pour longtemps encore. Ils oroient aussi a des esprits malheureux, qui doivent errer sans repos a cause d'une vie criminelle, tandis que les esprits tran quiiles ont mené une vie sans orimes sur la terre. Ils ne croient pas qu'il existe une récompensé pour les bonnes actions; les crimes cependant sont punis, selon leur opinion, par le fait d'errer sans repos. Ils disent que ces esprits savent tout ce qui arrive, qu'il leur est possible de venir en contact aveo eux pendant leurs fêtes, qu'ils regoivent de nombreuses indications et éclaircisseraents, et qu'il est possible d'appren dre des médioaments oontre les maladies par des signes seorets, médioaments en lesquels ils ont la plus grande confiance). J*e yorka reste prés du cadavre pendant que celui-ci na pas encore été enterré, ou prés des cheveux et des ongles, et Ion peut alors poeer des questions au yorka, voir § 82, 89. Le mot yorka est probablenent d'origine afrioaine.(Une di v t; ! .nction oomme entre l'g'-ra du vivant et le yorka du mort existe au6si frique, voir Ellis Ew<» 15 «t la suite; aussi je retire ma these que "yo*ia" dérive rait du mot iuu.en Kalina yoroka, esprit (1G 51» Eno 394, 2H 109) de G.). Le yorka peut passer dans vn parent ou dans vn ami sans que celuici s'en apergoive.. L'ami ou le parent parle alors par exemple de lieux oü il na jamais été, mais oü le mort a été. Il arrive que ce yorka se révèle enoore dans cette personne des années après. Ce qui existe chez les Noirs de Ville, a savoir que quelqu'un peut se rendre maitre du yorka dun oadavre, n'exlste pas chez les Djuka. Mais on peut tres bien, et on procédé ainsi tres souvent, implorer I'assistanoe des Granyorka par vn saorifice prés du fragatiki.Voir enoire § 82-89. 18 170 171 SAR Chaque homme a son propre yorka; les animaux n'en ont pas. Le yorka reste sur la terre pour y errer apres la mort, et peut entrer dans le cer veau dun vivant par I'oociput. Le yorka peut alors parier par la bouche du vivant et faire des prophéties ("Ces choses-lè se réalisent parfois; le diable a ses moyens aussi" dit mon informateur qui était Chrétien), par exemple: "dans quelques années je tomberai malade". On dit de oette person ne " a habl gestl". Une personne "habitée par vn esprit" ne doit jamais être grattée a la partie arrière de la tête, oar cela inoite le yorka a parier par la bouohe de la personne dans laquelle il réside, et ceoi nest pas salutaire. Mais peut-être le yorka après que vous I'ayez dérangé se laiasera fléchir si vous le payez. Quand quelqu'un est mort, on prend vn peu de ses poils d'aisselle et de ses poils pubiens et on les enveloppe dans vn mouchoir; le yorka du mort est alors toujours prés du mouchoir et on I'interroge au sujet de la cause du décès.(sJ 92, 4j 55 Aussi longtemps qu'une partie du corps est présente (non enterrée) l'esprit se trouve dedans). Si Ion fait mal a quelqu'un ou si on le tue, le yorka de I'offensé re vient pour le venger, passé dans le coupable, le fait tomber malade (mon in formateur croit que le même pouvoir est attribué par les Noirs de Ville a vn lebbi ou libba, § 24 XIV) . Si quelqu'un tombe malade, ou s'il est faible, sa familie se rend chez une personne habitée par le yorka dun mort; on vèree du Bopi (alcool) sur le sol et on dit :"Yorka, u ko kai méi ko feng kv wi" (esprit, nous venons vous appeler pour vous -faire venir chez nous) et puis :"je veux vous demander la cause de cette maladie.at si le malade mourra ou vivra". Le yorka répond: "s'il a commis une faute, o'est pour cela qu'il est malade". Ensuite on de mande :"Si nous vous payons, est-ce qu'il guérira?" Si la réponse est "Oui, donne-moi des panyi (gfiteaux) ou du dram (tafia)", le malade guérira. Le ma lade paie fi'celui a. qui il a fait du mal. Tar exemple j'ai tué votre frère; ce frère revient comme esprit, et il faut que je vous donne quelque chose, parce que ce frère était le vdtre. Ce yorka pourrait tuer ma familie aussi; nous appelons cela généralement kunu (voir § 14). Si je suis en même temps le malade et une personne habitée par vn esprit, c'est a moi qu'il faut ve nir pour appeler l'esprit qui m'habite et pour lui demander si je mourrai ou non. Si je possède vn yorka qui nest pas le mien, eelui-ci passera sur vn frère ou une nièoe si je meurs; il existe des hommes qui ont trois yorka. Ce que possèdent ceux qui dansent au tambour nest jamais vn yorka: vn yorka ne danse pas, il est seulement une fime qui cause de I'agitation. Voir ensuite Sta 262 VILLE Chaque homme a vn yorka a lui; le tapir et le daim ont vn yorka, les autres animaux n'en ont pas. Le yorka de l'homme n'était pas la avant la nais sance, mais après la mort il reste en relation éternelle avec la familie (voir aussi 2H 113). (D'après Bex Xfll il ne faut pas toucher vn cadavre, surtout pas la tête, ni prononcer le nom du déoédé ni I'indiquer du doigt, car ainsi le yorka pourrait passer en vous.). Si quelqu'un a vécu une mauvaise vie, son yorka ne peut pas trouver le repos, trouble les hommes, entre dans des chau ves-souris ou dans une chouette, ou bien il marche dans la rue et attaque quelqu'un . 19 172 Le yorka dun mort tout seul ne fera de mal a personne, mais vn winti man (§57) peut le prendre, le payer, I'amener a faire mal; ainsi votre pro pre père par exemple peut vous tuer. Le wisiman (wintiman mauvais) se rend a une tombe, exhume le cadavre ou vient avec des boissons pour en appoler le yorka, emporte le yorka et I'envoie chez quelqu'un qu'il veut rendre malade, soit par vengeance personnelle, soit parce que quelqu'un le paie pour cela. Il met par exemple le yorka dans une bouteille, enterré cette bouteille, et celui qui marche dessus regoit le yorka en lui. Le wisiman peut mêler aussi quelque chose a votre nourriture ou a votre boisson et ainsi mettre le yorka en vous. Il y a quelques hommes (spécialement autrefois) qui, si quelqu'un meurt, savent comment mettre quelque chose prés de la tombe pour que personne ne puisse s'emparer du yorka du mort pour faire mal. Le yorka de feue ma mère me protégé; mais si par exemple je 6uis mauvais envers ma soeur, le yorka de ma mère me fait tomber malade. Celui qui tue vn tapir doit tenir une danse susa (§ 53). On cuit alors la tête du tapir, on mange ensemble et on s*amuse vn peu. Si vous ne faites pas cela, jamais plus I'occasion ne se présentera de tuer vn tapir, car le yorka le chasse. Voir aussi Bex I, XVII et 2H 10-12 (manati). Il y a des hommes qui ont des simples comme opo (amulette), mais il nest pas assez puissant; on ajoute alors vn yorka pour donner de la foroe. Ccci se produit entre autres si vn homme veut avoir une femme. Un mort est habillé de vêtements propres; on met les vêtements portés dehors, derrière la maison, et le jour après I'enterrement on lave oes vête ments. Entre temps vn lukuman mauvais (§ 37) peut être venu prés des vête ments pour enlever le yorka et I'employer a importuner quelqu'un. Un bon lu kuman sait apaiser le yorka par vn bain de simples, avec lequel on vous lave. Un ouvrier de la ville, W., qui était avec van Lier en 1911 sur I'embou chure du Gonini, était malade , et avoua: "j'ai vn ampuku (§24 II) qui s'est établi en moi comme son haai (cheval, porteur) par amour, vn bakru (§ 49) qui me protégé contre les attaques des autres, qui a été mis en moi par mon père, et vn yorka qui, pendant que j'étais enoore tres jeune, a été enlevé de la tombe dun mort par mon père (vn obiaman des contrées du Para) et mis en moi; oe yorka travaille pour moi, de sorte que si je travaille je ne I'aper gois pas, je ne me fatigue pas. Ce W. mourut et son corps fut enterré dans le cimetière situt? a I'embouchure de la Gonini. Longtemps après, van L.sur- prit vn Noir de Ville qui, vers midi (oomparez avec § 57 conclusion et 1P I 58), était en train de se rendre maitre du yorka de W. afin de le mettre dans quel qu'un d'autre (le yorka qui avait été mis en W. disparut a la mort de oelui-oi; il ioi du yorka de W. lui-même). f § 9 Ninseki et réincarnation Le ninseki (homonyme) de I'iomme est ce qui se réincarne. Chaque enfant Djuka est né avec l'esprit de son ninseki. Le ninseki peut être I'un des ancêtres de la même familie, mais au6si quelqu'un qui nest pas de la familie; il peut même être quelqu'un d'une autre race, mais oela n'ar rive pas souvent. Mais jamais une femme ne peut revenir oomme ninseki dans vn enfant masculin, ou vn homme dans vn enfant féminin. 2 du Surinam cependant, tout est ajusté dans la doctrine traditionnelle a la quelle ils se tiennent obstinément, et qui peut-être est tres vieille, car la plupart des éléments en ont été trouvés en Afrique. 11.- L'Occidental, dans la mesure de ses possibilités, se fait plus faci lement une idéé de oes matières par le phénomène de la possession, car ici nous nous trouvons en faoe d'une réalité düment constatée, qui en même temps est le fondement des conceptions mystico-magiques de ces hommes. Cet état de possession est vn phénomène usuel chez les Noirs en Afrique(l), dans plusieurs parties de I'Amérique(2), et aussi au Surinam, oü des Européens en ont souvent été témoins, moi inclus. Lorsque la possession commence, le Noir du Surinam a la sensation d'une ardeur qui ondoie et tourné a travers son cerveau, suivie de paralysie de la volonté. Dans tout son oorps frissonne une ardeur bruiante, et selon la oroyance il est possible, dans eet état, de se mutiler de toutes sortes de fagons, sans que le sang coule. Aussi on ne sent pas la douleur, le rapport entre la sensibi lité physique et I'fime étant temporairement rompu. Le possédé a une nature -ou plutót une personnalité-double. Il est tout a fait dans son bon sens, mais vn autre moi est passé en lui, qui domme son propre moi (volonté). Un brouillard semble être enlevé de son cerveau; il se souvient de situations et de circons tances dans lesquelles il ne s'est jamais trouve en ce monde, c'est-a-dire qu'il pense et agit a travers l'esprit de quelqu'un d'autre, qui empêche le fonction nement de sa volonté. Dans eet état il sait indiquer des remèdes qu'il ne con nalt pas dans I'état normal, il sait donner toutes sortes de conseils, bref, son savoir a été doublé, décuplé même, ainsi que sa force physique. Eto.dP 173-179) (3) Une femme Djuka ma dit :" si le gadu (dieu) est en moi, tout tourné devant mes yeux". Ce que le speotateur voit c'est que celui qui va être possédé commence a frémir; son regard devient fixe et si il ou elle parle sa voix sonne différem ment de I'habitude. Revenu a I'état normal il ne se rappelle rien de oe qu'il a fait pendant la possession. L'explication que donnent les Noirs se reduit a ccci: pendant I'état normal c'est l'homme lui-même, assisté de son akra, qui agit et qui parle; pendant la possession c'est I'un des winti de l'homme qui a assumé oes fonctions. L'akra est une puissance métaphysique, qui appartient a la tête ou aux mams et a la vie végétative du corps, et il maintient le fil de la mémoire, la raison; 6i l'akra s'est mis en colère, s'il s'ést échappé ou s'il a été enlevé, son porteur devient abattu ou dement, et souvent il meurt. Si vn winti est enflammé de oolè re, une maladie se manifeste dans le membre ou dans I'organe oü siège oe winti (2H 74,85). Un winti ne peut posséder l'homme que lorsque I'akra y consent, et alors le winti entre dans la tête. Quand on apprend tout ce qu'on a dit au sujet du winti, il devient probable que ce winti e6t vin instinct directeur de l'homme, ou vn autre complexe de for ces qui, présent dans le sub-conscient (avant-conscient, inconscient), aun tel pouvoir qu'il s'empare du moi du sujet de temps a autre. Le Noir identifie les winti avec des forces qui oeuvrent dans la nature, et il suppose qu'un winti peut passer dun objet de la nature a l'homme, et vice versa. Tout oe qui possède de la matière, d'après le Noir du Surinam, en même temps possède de l'esprit. Le sub-oonscient de l'homme est évidemment en contact direot 20 173 Le ninseki continue a exister après la mort et revient encore dans vn autre enfant; cela peut durer tres longtemps ou tres peu de temps. Entre temps le ninseki est dans le domaine des esprits; cependant le ninseki qui est entre dans vn enfant est aussi encore dans le domaine des esprits. Osei si (Granman des Djuka, mort en 1915) par exemple est entre dans vn arrière cousin a Drietabbetje, mais en même temps il subsiste dans le domaine des esprit 6 et est adoré prés du fragatiki (§ 55) et oette adoration na rien a faire avec oet enfant. Il est du devoir des parents de s'assurer immédiatement après la nais sance dun enfant, quel est le ninseki dont le mort a fourni l'esprit qui est passé dans l'enfant. Il faut, pour que l'enfant oroisse en bonne santé, saorifier nommément et a époques fixes au ninseki, et pour cela il est né cessaire de connaitre le nom de celui-ci. Si Ion omettait ce sacrifioe, cela pourrait avoir pour résultat la maladie ou la mort de l'enfant. L'iden tité du ninseki est révélée soit par vn obiaman, soit par l'or&ole (§ 54) et parfois dans le rêve, a vn parent. Voir ensuite § 73» Les qualités du ninseki, les bonnes ainsi que les mauvaises, sont aussi les qualités de l'enfant. A Drietabbetje vn enfant était né, et plus tard il fut révélé aux parents que son ninseki était vn Noir de Ville, vn Balata bleeder(chercheur de Balata) qui avait été aimable envers les parents et qui était enterré a Drietabbetje. Les parents disaient: "oet enfant a des fagons bakra" (bakra= homme blanc, mais aussi métis ou Noir provenant de la ville ou d'autre part en Guyane). SAR Supposons que j'aie fait quelque ohose de bon pour vous; vous mourrez et lorsque j'attends vn enfant votre esprit, votre personnalité, passé dans ma femme (comme le Saint-Esprit dans Marie, dit mon informateur); vous êtes alors le ninseki de eet enfant. Nous reconnaissons que c'est vous par vn cer tain signe; par exemple vous vous étiez coupé autrefois, et on peut voir la même cicatrice sur l'enfant. Celui qui passera ainsi dans l'enfant, se révèle pendant la grossesse au père ou a la mère, qui rêve de cette personne. Par exemple je rêve que vous m'avez donné vn sabre; alors je sais qu'un gargon naitra. Si ma femme rêve que vous lui donnez vn petit pot ou une écuelle, elle sait qu'une fille naitra. Mais il se peut aussi bien que ce soit ma femme qui rêve dun sabre. Et après votre mort votre esprit peut aussi bien passer dans une fille que dans vn gargon. L'homme peut revenir comme homme ou femme; la femme comme femme ou oomme homme. Un Noir Réfugié peut dire:"Si je meurs je ne deviendrai pas vn homme mais une femme", et une femme dit ainsi: "Je ne serai pas une femme mais vn homme". Ce qu'on appelle djodjo et akra dans la ville, est le même esprit; les Saramaooa appellent oela Akala et ne se servent pas du mot djodjo (§ 10). Mon esprit aotuel est mon akala et en même temps le ninseki de quelqu'un qui a vécu autrefois, c'était alors son akala a lui. Si quelqu'un meurt, son esprit reste sur la terre et erre, après 1 ou 2 ans par exemple il passé dans vn enfant et reste en lui toute sa vie. Les Noirs de Ville ont la même cro yanoe (pretend mon informateur). On dit de eet homme d'autrefois: "a kong anasi na mi", o'est-a-dire il est devenu mon nemseki. Son anasi ou nemseki est passé, son yorka est resté a part. 21 Le nemseki peut aussi être l'esprit de quelqu'un qui appartient a une autre raoe ou qui habitait une autre partie du monde. Si quelqu'un a toujours vécu de fagon malheureuse sur la terre, il se oache, ne se révèle pas dans vn rêve, et c'est seulement au signe sur l'en fant que Ion peut voir que c'est lui qui est passé dans l'enfant. Les parents savent toujours qui est le nemseki de leur enfant. Le même nemseki peut demeurer dans 2,3 ou 4 personnes qui ont toutes vn nom diffé- rent; il ne s'agit pas ici d'homonymie. 174 L'esprit dun homme ne passera jamais dans vn animal. Il existe cepen dant une chose analogue chez les animaux. Je tue par exemple vn agouti (Dasy procta Aguti) et je fais une marque aux oreilles. Plus tard je tue vn autre agouti et je vois cette même marque. VILLE L'akra dun mort revient plus tard dans une autre matrioe et nalt de nouveau. Celui qui était pauvre pourra être riohe dans la vie suivante; on peut être réinoarné aussi dans une autre race. Tous les hommes ont déja vécu autrefois, mais jamais comme animal. Tous les Noirs, Noirs de Ville ainsi que Noirs Réfugiés oroient en oette réinoarnation. Un autre informateur dit : Nemseki est celui qui est né le même jour de la semaine (§5) ou qui porte le meme prénom (de baptême); ici on n'entend pas la réinoarnation. Il arrive qu'un enfant naiese et que Ion voit a vn signe qu'il est la réinoarnation de son père, oousin ou tante. Quelques-uns font vn petit trou dans I'oreille dun enfant mort, comme marque. Seul vn membre de la familie est ainsi réinoarné. S'il ne s'agit pas d'une telle réinoarnation, on compte que l'enfant vient de Dieu. Voir encore Stn/111/1/301. Tous les esolaves noirs ont la croyanoe qu'ils reviennent a leur patrie (Guinee) s'ils sont exéoutés oomme esclaves, et qu' ils y auront toute leur liberté.(Labat, Nieuwe reisen naar de Franse eilanden van America)(Nouveaux voyages aux iles frangaises d'Amérique), Amsterdam 1725, I 158-159 J Les Noirs qui viennent de Mina en Afrique se suioident tres fa oilement "se figurant qu'après leur mort ils ressueciteront dans leur pays; oette sotte chimère est si profondément enracinée en eux qu'il est impossible de leur eter oette idéé de la tête Stn 111/1/184 . Les Noirs croient a la metempsychose, soit dans vn enfant nouveau-né, soit dans vn animal. Stn 11/2/ 283. Du reste ces Noirs libres (Saramaooa) oroient que leur fime ne meurt pas, mais persiste dans vn autre oorps; dono une forme de métempsyohose. Teenstra II 172 : Un grand némbre d'entre eux oroit que les fimes des morts reviennent dans les jeunes enfants, et qu'ellee les entourent partout et toujours, tout en ayant connaissance de leur comportement. Ene. ne mentionne rien sur la oroyanoe de réinoarnation; van Lier 1'a redé couverte (5L, 6L). § 10 Le gado (djodjo) 175 Ce qu'appellent les Noirs de Ville djodjo ou et les Noirs Ré fugiés gado (dieu) est I'idée suivante : Chez tous règne la croyance que des esprits demeurent en oertains lieux: dans la forêt, a I*embouchure d'une crique, sous de grands arbres (surtout le 22 176 kankantri, Ceyba), prés de grandes roehes dans la forêt, etc; dans la ville dans vn enclos, prés dun arbre fruitier ou dans vn puits, parfois aussi a la porte de la ville noire; aux plantations, prés de I'écluse, prés des gran des grues, sur les débarcadères,etc Cet esprit peut, par affection pour une familie, passer dans vn enfant a la naissance (ou dans I'embryon); toute sa vie il joue alors le role d'une espèce d'esprit gardien. Avant la naissance de l'enfant on devine oü se trouve le gado en consultant le paquet saint (§54) et on s'y rend pour sacrifier a oe gado. On sacrifie de nouveau après la naissance , et la personne en question fait cela a des époques fixes toute sa vie, et surtout en cas de maladie ou d'autres catastrophes. Il faut être tres prudent avec ces esprits gardiens; ils sont irascibles et se vengent du moindre outrage qui leur est fait• La personne en cause peut tomber malade, essuyer des revers en tout oe qu'elle entreprend et d'autres adversités peuvent encore se produire paroe que son gado (djodjo) s'est mis en colère. Cet esprit peut exiger par exemple que son porteur porte une oer taine couleur, ou il peut être irrité parce que son porteur demeure a vn endroit qui ne lui plait pas. Il est curieux que le gado s'irrite aussi si son porteur est offensé ou maltraité par d'autres. Si par exemple quelqu'un ne me salue pas, me maudit ou ne me rend pas justice dans vn autre sens, la colère de mon gado se mani - festera sur moi sous forme de maladie. Kimboto, une jeune fille du village Pauwi en est morte. On ne I'aimait pas au village, et Ion disait beaucoup de mal d'elle; sa maratre ne faisait pas bon ménage aveo elle,etc. Lorsqu'on porta le cadavre (§ 82) celui-ci fit savoir que Kimboto avait été emmenée par son gado qui ne pouvait plus endurer I'affront et I'outrage, faits si fré quemment. VILLE Chaque homme a deux djodjo, vn homme et une femme: mama et papa. Le djodjo est quelque chose qui demeure a vn certain endroit, pres d vn arbre, vn puits, I'embouchure d'une orique. Le djodjo reste la, mais il a apporté l'enfant a sa mère. Par exemple la mère rêve avant qu'elle soit enceinte qu'elle va a vn puits ou une orique et y attrape vn poisson avec une canne a pêohe, ou qu'elle trouve vn oeuf sous vn arbre. C'est le djodjo qui annonoe l'enfant a la femme. Parfois il n'y a pas de rêve. L'homme djodjo et la femme djodjo nontrien a faire avec les parents charnels de l'enfant; ils peuvent habiter des endroit6 totalement différents, et ils ne sont pas époux. Le djodjo ne oonnait pas mon nom habituel, il s'in téresse seulement a mon nom de jour (§ s)* Le djodjo na rien a faire avec l'akra, du reste. Le djodjo est en vérité vn winti, soit vn Indien (§ 22) soit Kromanti (§ 24 XIII) , etc. Le djodjo donne des qualités a l'enfant, mais ne possède jamais, quand il est devenu adulte, a la fagon dun winti (possession); il est possible que l'esprit djodjo d'une personne possède une autre personne comme vn winti. Quand on danse winti, le djodjo (§37 l'akra) s'il ne le veut pas, peut empêcher vn winti de posséder son porteur. Si c'est nécessaire le djodjo peut garder son protégé. Par exemple vous êtes allé quelque part et quelque chose vous arriverait si en secret votre djodjo n'avait pas arrêté eet esprit mauvais (voir aussi 1H 211-212). Il arrive qu'un enfant tombe malade et que les experts découvrent que le djodjo de l'enfant veut une récompensé; si ce djodjo est vn winti indien 23 177 par exemple: une platine, des bananes, de la cassave, du cognac, des oigares, des vêtements. On rassemble oela et on le met dans vn petit panier qui est porté au lieu oü demeure le djodjo. L'enfant est lavé a eet endroit-la; s'il y a de I'eau, avec cette eau, sinon on en emporte. Par cette action le djo djo est récompensé. Si par exemple la familie habite Paramaribo, et le djo djo tree lom a I'intérieur, sur I'embouchure du Gonini, il faudrait s'y ren dre pour récompenser le djodjo, mais on ne peut pas y aller. On met alors la récompensé dans vn petit bateau joujou avec vn drapeau ou vn petit papier disant:"Destination embouchure du Gonini" et on lance oe bateau a Paramaribo (Bex VI: au moyen des rivières nous sommes en contact avec les mama dans les forêts et jusqu'en outre-mer). De même si le djodjo demeure dans vn arbre qu'on ne peut pas atteindre, on met la récompensé dans la forêt. MX XX Un djodjo-pikin est vn enfant qui a été marque par vn esprit tandis qu'il était encore dans le giron de sa mère, par exemple a I'oreille; si eet enfant regoit winti il sait dire le nom du winti-mama, l'esprit qui le possède a cc moment. Selon vn informateur, le Gronmaraa (§ 22) envoie le djodjo ou le séi 3 (§5)» selon Bex VI le djodjo est appelé aussi mama du kra (mama est, parait il, vn nom général pour I'esprit de la nature dun endroit ou dun groupe d'individus• § 11 Gado des jumeaux Il existe vn gado qui protégé uniquement les jumeaux (§ 33). Si I'un des jumeaux tombe malade, il faut déoouvrir si c'est son dieu personnel ou le dieu des jumeaux qui est ffiché, et on sacrifie en conséquence. Ccci ne s'ap plique pas uniquement a des enfants; j'ai assisté a la soène suivante: Le paquet saint indiquait a vn vieillard la cause de ses nombreuses adversités: son gado des jumeaux était en colère; le vieil homme se dépêchait alors de sacrifier a celui-ci. § 12 Gado (winti) Un homme peut aussi être lié avec I'un des dieux inférieurs ou esprits de la nature déorits en § 10 de fagons différentes de celles qui ont été dé erites la. Notamment, vn tel esprit de temps en temps possède entièrement son porteur (hasi, cheval); celui-ci se trouve alors en état de possession. Voir ensuite § 36, 37» § 13 Kma (treef,=tabou?) (Note du traducteur: treef est vn mot hollandais (?) qui nest employé nulle part ailleurs qu'au Surinam, de même que les mots "korjaal", "dram", "pandje" (voir Index alphabétique);"treef" a été traduit par "tabou", mot qui en couvre a peu prés la signification). 24 178 Kma veut dire approximativement: action interdite par le6 puissances supérieures. Il y a des kma généraux, des kma de groupe et des kma per sonnels . Un kma général, qui s'applique a la tribu entière, est par exemple la prohibition de jurer, ce qui serait vn aote contre Grantata (§ 4l). La dé fense par le gado dun endroit, de prononcer son nom est aussi vn kma s'ap pliquant a tous. De même sur la rivière a proximité d'une chute (§4, 23 et voir aussi Ve 327, 1G 55, 3J 91). Dans une région il est interdit de tra vailler vn certain jour, le kinadéi (§ 25), On appelle boasl-kina vn kma dont I'infraction est punie par la lèpre (boasi). En premier lieu il y a le boasi-kina que Ion hérite en ligne pa ternelle (Lorsqu'on ne connait pas son père, ou au moins son kma, il est impossible d'observer ce kma) . Puis il y a le 10-kina que Ion hérite en ligne maternelle, qui interdit de manger la viande de I'animal-totem du 10. Pour ceux qui sont nés jumeaux, boasi kma est de manger la viande du lé zard saparaka, toute la viande de singe, excepté oelle du baviane (singe hurleur), car celui-ci nest pas considéré comme vn singe paroe qu'il lui manque les caractéristiques spéoifiques du singe: intelligence et vitesse. Les jumeaux ont encore d'autres kma, par exemple I'interdiction de manger les fruits des plantes rampantes (la citrouille, le melon, la marquisa,etc). Chacun ensuite a vn kma du gado que les Noirs de Ville appellent dj[o djo, et celui qui a vn gado par qui il peut être possédé a aussi vn kma de ce gado. L'infraction du kma peut être neutralisée, immédiatement après, en lèchant le dessous de la marmite dans laquelle les mets interdits ont été préparés, ou par des moyens du domaine des plantes entre autres le sangrafu (§ 58). La notion kma est employee aussi dans le sens figure. Un homme a em prunté les outils de quelqu'un et a omis de les remettre a leur place. L'autre exprime son mécontentement en disant "na mi kma" c'est-a-dire une telle nonchalance est pour moi vn tabou, je ne I'accepte pas. A la ville également, et pas uniquement chez les Noirs, on emploie le mot "tabou"dans ce sens métaphorique .(Comp.en allemand "ich verhitte mich" (litt. "je' m'in terdis", cette expression veut dire :"je ne désire pas"). Voir ensuite § 39 mula. SAR Le kma (Schu 107, 1H tchina) est souvent tata (père) kma, provenant de la familie paternelle, mais il y a aussi kma venant de votre nemseki, et puis il y a (1H 310, 318,319) le kma de l'obia (§ 59) que porte la personne en cause. VILLE Tabou vient de votre djodjo masculin et ou féminin. En outre il y a vn tabou fixe, que vous recevez de votre père oharnel, non pas de votre mère. Journal de G.1903 : Cadel se plaint qu'il na rien a manger. Le riz seul est une trop basse nourriture pour lui, et notre hachis de daim est son "tabou" ....Albert tue vn assez grand daim, que Aken ne veut pas mettre dans son korjaal (bateau) paroe que c'est son Tabou.(Fait semblable dans Bakhuis 120). Voir ensuite Lampe, le Tabou de Benjamin, 2H 73; et sur le kma du père 5H 719; en Afrique: Peohuêl Loesche 298 et 465. 25 179 180 § l<f Mekunu (kunu) Mekunu ou kunu est la fatalité ou malédiction qui repose sur une familie ou sur vn l_c Le mekunu porte sur I'aliénation mentale, la mortalité des nour rissons, les querelles et désunions, la rivalité ou le refroidissement entre les membres d'une familie et entre amis, les mariages manqués, les réooltes déficitaires, la malchanoe a la chasse, les canots qui coulent dans les ra pides, ou elle rend voleurs les membres d'une familie, leur fait commettre l'adultère, chercher la discorde avec d'autres lo,et. Un mekunu est surtout causé par le pikadu, I'inceste, mais aussi par rupture de parole dans vn accord important, violation de promesse, fraude, infidélité, déposition fausse , prononciation dun jugement inique,etc. Le mekunu bien que souvent caueé par la faute d'une seule personne, repose sur la familie entière ou son jLo, et Ion dit qu'il dure éternellement, quoique quelques-uns croient qu'il se termine après que la punition ait été infligée. On ne sacrifie pas au kunu, mais il faut qu'il soit adoré d'autant plus. PARAMACCA de G.1937» On dit que sur le village Langa Tabiki repose vn kunu, parce que jadis le Granman Apensa et quelqu'un d'autre auraient tué vn homme dans la forêt . SAR 1H 62-79, 3J 132-137 et 4j 51 et la suite. VILLE 2H 69. Zu 48 prix du sang, mekunu-moni; crime capital, mekunu. § 15 Fiofio Fiofio e6t une situation qui se produit entre des amis ou parents, dont la conséquence peut être la maladie, I'adversité ou même la mort. Exemple: les femmes de deux frères ont une dispute au sujet des enfants. L'un des frères réolame des explications a I'autre, mais on laisse I'affaire a ce point-la et on oublie de I'arranger; alors se produit fiofio entre les deux families. Si dans I'une de ces families quelqu'un est piqué par vn si par i (raie), si une maison est incendiée, ou si vn enfant tombe malade, on considère cela comme la conséquence du fiofio. Pour I'éviter, les parties qui avaient eu la dispute auraient dü saorifier prés du fragatiki et retirer devant les Granyorka ce qu'il a été dit des deux cêtés, en priant que des suites-fiofio n'en soient pas le résultat. Tout le temps que ccci na pas encore été fait, on peut s'attendre a une série de malheurs et généralement les parties en cause se dépêcheront de conclure vn arrangement même après que le premier accident soit arrive. Ceux qui oroient au fiofio jurent leurs grandß dieux que si quelqu'un meurt a oause de fiofio, l'esprit du fiofio sort par le6 conduits laorymaux sous forme de I'insecte fiofio (punaise domestique ou forestière) au moment du dernier soufflé. SAR Si nous nous disputons et si je dis:"je ne veux plus utiliser ce crayon" et si je I'utilise tout de même, mon akala se ffiche et me rend malade: a kisi fiofio. Dans oe oas-la on préparé une infusion de simples (§ 57), on soufflé 26 dessus, et on dit:"je ne dois pas tomber malade". Voir aussi LH 148-150. VILLE (van Lier) La notion de fiofio existe ohez les Noirs de Ville aussi forte sinon plus forte que chez les Djuka. Une bonne d'enfants qui est con gédiée et a qui sa maltresse dit des mots désobligeants, avant de quitter la maison, se ravisera et dira adieu aux enfants, paroe qu'elle oraint que sans oela vn fiofio puisse se produire. Car les enfants, qui la connaissent pourraient la rencontrer dans la rue, venir a elle et la touoher ou jouer avec elle; cela pourrait oauser immédiatement vn fiofio. Aucun fiofio ne menace si les parties en cause restent en différend, seulement si elles rentrent en rapport amical sans que la discorde ait été arrangée. § 16 Muyembu. Muyembu veut dire sensitif, sentant par intuition, aussi: avoir des prémonitions, ohez les Djuka ainsi que chez les Noirs de Ville. Exemple: Lorsque j'avais une prémonition que le reverend Hoekstra était mort, je disai6 a vn Djuka : mi muyembu nakl mi dati wan gran patri fu mi kirki didde (mon sentiment me frappe qu'un grand prêtre de mon église est mort). 111.- LES DIEUX ET LES ESPRITS § 17 Nana ou Masra Gado (Seigneur Dieu) Le Djuka croit en vn Etre Suprème, Nana ou N'na; les Bonni également appellent I'Etre Suprème Nana. (Selon 1H 29, 153, les Saramaooa emploient le mot Nana pour indiquer les ancêtres d'Afrique; en Afrique Nana est vn titre d'honneur signifiant "grand-père" (Ellis Tshi 24); les Saramacca ap pellent I'Etre Suprème Gran Gado , voir 3J 83, 84). Ce Dieu supérieur est élevé si haut au-dessus de I'humanité qu'on ne peut I'atteindre autrement que par deux intermédiaires; on na pas de po teau sacrificiatoire pour Nana. Les autres dieux ne peuvent rien sans la volonté de Nana; ils sont faillibles et Nana souvent modifie leurs déoi sions • C'est Nana qui donne les akra aux hommes. Si Ion demande par exem ple 'a vn Djuka "est-ce que nous arriverons la demain?" et qu'il réponde : "ouié", il ajoutera "si Dieu le veut", c'est-a-dire en langage solennel efi Nana gi, moins formel, efi Gadu wani (Ceoi rappelle déja les notions chretiennes. Chez les Noirs de Ville, pour autant que je saohe, les per sonnages divins chrétiens ont remplacé totalement les dieux africains. de G.). § 18 Kediampon. Si vn Noir Réfugié est possédé par vn Gado (§ 36), le Gado par la bou ohe de son porteur prie la Puissance Suprème Anana Kediampo(Dieu dan 6 le ciel). 27 182 La vieille prière Kromanti du Granman et Grandprêtre Bambi commengait par Kedi-ama, Kedi-ampon, Seigneur des Cieux et de la Terre (IL 10; selon Sp 39 Kobjanpo, I'Etre Suprème). De même une prière Saramaoca commence par Kediamo, Kediampon , oe par quoi on entend le dieu du ciel (1H . Selon les Saramacca le dieu du ciel donne I'obia (force magique) a I'homme pour I'aider (1H 25i 308, 3«J 84). Comparez eneore Ellis Tshi 24, Yoruba 36 : Nyankupon, Tyoduampon les noms du dieu du ciel, Peohuêl Loesche, Bennett Nsambi Mpungu, I'Etre Suprème, et Ene 391,773 Van Compane, nom de I'Etre Suprème). § 19 Gwangwella ou Grantata (Grand-père) Gwangwella, souvent appelé Grantata pour éviter de prononcer le nom réel, est vn dieu masoulin célibataire, ou vn dieu asexué, et I'un des deux gran gado (dieux supérieurs). Seul Nana est plus élevé. La tradition veut que Grantata ait été importé d'Afrique par vn prêtre, initié aux mystères de son servioe. Pour ce service ce prêtre éleva ses des cendants masculins qui y avaient une aptitude spéciale. Quand, a la fin du lonten (ou lontem, période de fuite) I'ordre des Lo fut établi, les prêtres de Grantata vinrent dans l'Otterlo (lo de la Loutre), le lo_ ou sont choisis les Granman, et depuls seulement les membres masculins de la sous-tribu des Otterlo peuvent être prêtres de Grantata, avec 1« Granman comme prêtre supé rieur. On a renonce a cette combinaison des deux fonctions après la mort de Oseisi, par suite des circonstanoes. (§1). Les opo-ningre (§1) se considèrent les serviteurs extraordinaires de Gwangwella. Le temple de Gwangwella se trouve a Drieabbetje: autrefois, quand le Granman, qui était prêtre supérieur, habitait a Poketi, le temple de Gwangwella se trouvait a eet endroit~la. Les Djuka doivent a Grantata la perpétuation de leur tribu, leur grande solidarité; c'est lui qui les con- duisit pendant le "lontem" (voir encore 2J) . La religion pratiquée par les Djuka repose en réalité sur la doctrine de Grantata. Cette doctrine est dirigée en premier lieu vers la guerre a faire aux wisiman (§ 48). Puis il nest pas permis de prononcer des impréca tions, ni contre soi-même, ni oontre d'autres.(§ 41). Rupture de parole ou faux serment sont également des péohés mortels, ainsi que I'inceste (pikadu} Il faut être enclin au pardon, ne pas faire de déposition fausse, ne pas porter envie a quelqu'un, etc. Gwangwella est aussi le dieu de la justioe, qui punit sévèrement le mal, mais qui récompensé aussi le bien. Il n'y a pas de crime, si minime qu'il soit, que Grantata pardonne, pas de bonne action qu'il ne récompensé (4)• Chaque jeune homme ou jeune femme doit prêter sement a Grantata. Par oe serment la personne en cause non seulement donne la preuve qu'il ou elle nest pas vn wisiman, mais aussi elle est immunisée contre les attaqueß dun wisi man . Par oe serment elle est acoeptée dans le système de la tribu. La oérémonie a lieu a Drietabbetje. Prés du fragatiki principal se pla cent le Granman, qui est prêtre supérieur, et quelques pretres distingués. Grantata, o'est-a-dire le paquet sain de ce dieu, est emmené du temple et mis sur deux fourohes tres proohes du fragatiki. Puis le Granman s'adresse a la 28 183 foule, indiquant la portee de cette action, et rappelant a chacun que celui qui a le ooeur impur et qui dringi sweri tout de même (boit le serment), n'éohappera pas aux mauvaises ccnséquences. Un des prêtres saorifie aux Granyorka (§8), demandant leur bénédiotion pour la oérémonie, la foule par ticipe a la prière "tjé Granyorka vn teki na begi" (Ah, grands esprits, éooutez oette prière) par vn applaudissement disoret. Un prêtre tient ala mam une calebasse dans laquelle se trouve vn mélange de simples et d'eau aveo du pimba, préparé par lux a I'avanoe, et puis on attend. Morne silence; personne ne s*avance, personne ne veut être le premier. Après quelque temps le prltre appelle I'un des candidats par son nom. Celui-cisavance et il ou elle trempe les deux premiers doigts de la mam droite dans le mélange et les lèohe, en prononcant cette formule: "ifi ml habi wisi mi mv dede" (si je me sers de soroellerie je dois mourir) c'est-a-dire oette boisson me fera alors mourir. Par wisi on oomprend non seulement la préparation du poi son ou mauvaise morcellerie au moyen duquel on attente è la vie de quelqu'un ou on lui fait du tort, mais aussi la haine ou I'envie que Ion porte a quelqu'un (5)» Parmi les gens en question règne vn heureux air de fête, et ils parais sent en oostume de oérémonie. Après la oérémonie ils sont félicités par amis et connaissances, tandis que les vieillards leur donnent enoore une homélie pour leur vie. Des hommes qui n'appartiennent pas a la tribu des Djuka, Noirs Réfugiés ou autres, peuvent également participer au serment a Gwangwella s'ile le dé sirent. Car I'intention de oe dringi aweri est non seulement d'attester so lennellement qu'on adhère a la doctrine de Grantata, mais surtout qu'on nest pas vn wisiman; par cette action on obtient aussi la protection de Grantata , en premier lieu contre le wisi. Tous les trois ans on doit renouveler le serment • Depuis la mort de Oseisi en 1915, oeoi s'est relfiché. On impute une épidémie ou une récolte défioitaire a la non-observance des -préceptes de Grantata. On rasserable alors toute la tribu et a une telle période o*est vn va-et-vient oontinu a Drietabbetje. Ceux qui sont absents pour le transport des marohandises doivent revenir; parfois il se passé plusieurs semaines avant que tout ne soient arrivés a Drietabbetje. Tous oeux qui viennent ont la possibilité de prononoer leserment puri fioatoirej on aime mieux le faire ensemble en groupes nombreux. Celui qui ne vient pas sans raison valable, est soupgonné d'être vn wisiman. Celui qui na pas pu venir, contre sa volonté, peut, prés du fragatiki a son village, prendre pour témoin les granyorka qu'il na pas de wisi; il est assisté par vn prêtre. Autrefois, ohaque année on donnait I'ordre a tout le peurle de partioi per au dringi aweri, boire le serment, a Drietabbetje. Celui qui jure le serment a Grantata, mais qui est réellement vn wisi man , mourra bientdt a cause du mélange qu'il ou elle a avalé (§4O). Quel qu'un qui a péché oontre la dootrine de Grantata, mais qui nest pas exacte ment vn wisiman t mourra également de la mam de Grantata, spécialement quand il s'agit d'" incest e. La mort ne suit pas néoessairement immédiatement le cri me, parfois oela dure des années ou des dizaines d'années. On dit a oe mo ment-la "na gado bal hem", dieu Ia aeheté, c'est-a-dire dieu Ia confisqué. Pour quelqu'un qui est mort ainsi on ne doit pas donner de fête de deuil, 29 184 185 on ne doit procéder a aucune cérémonie. Il est enterré en silenoe au oime- tière. Ses biens de même que oeux dun wisiman sont remis a Drietabbetje pour Grantata. Les objets qu'il emploie quotidiennement sont également remis a Grantata (ceux dun wisiman sont détruits) . i'iême si vn Djuka habite tres lom de Drietabbet je, tous ses biens y sont envoyés si Ion découvre pendant qu'on porte le oadavre qu'il était vn wisi man ou si le dieu reclame le oorps. J'ai vu de I'argent évalué a 700 florins au moins (autrefois on comptait dans le système ayant pour base huit; ohez les hommes moins instruits il arrivait qu'on ne süt pas compter plus lom que 5; aussi Amakti comptait-il par petits tas de 5) provenant ainsi de la ori que Sara. Il n'y a pas de raison de craindre que la familie retienne quelque chose; cela serait vn vol a Grantata, ce que personne n'oserait (commettre). L'action de maudire ou jurer dans vn village (§ 4l) peut parfois avoir des suites oonsidérables: mortalité infantile, récolte déficitaire, mortalité des adultes aussi, catastrophes répétées sur le village ou les habitants. Seul vn prêtre de Grantata peut supprimer la cause de la catastrophe. A Drie tabbetje on tient vn service pendant lequel on implore le pardon de Grantata; les prêtres célèbrent le service et le coupable, acoompagné par des parents, y est présent. Ensuite, I'un des prêtres les acoompagné au village du ooupa ble, et en murmurant les prières de Grantata il asperge le lieu oü la malé diotion a été prononcée, ainsi que le chemin et la maison, avec une infusion de certains simples. Ensuite le coupable, sous la surveillanoe du prêtre, prend vn bain de purification dans la rivière, ce guitermine I'affaire. Les prêtres se font payer tres cher pour leur service, par exemple 100 florins et 3 dames-jeanne (45 litres) de te-fia dans vn oas sérieux. Celui qui a maudit ou jure nest cependant pas coupable s'il peut dé montrer que quelqu'un d'autre Ia provoqué. Mais si la malédiction a été gra ve, ou si beaucoup de temps s'est écoulé entre la cause de la malédiction et I'énonoiation de celle-ci, il peut être puni comme complioe. Grantata protégé ses adeptes en tout ce qu'ils font pour se défendre et pour guérir,etc. Leurs obia et amulettes sont naturellement sous la proteo tion de Grantata. Celui qui ote leur pouvoir a ces choses-la, commet vn pê che mortel aux yeux de Grantata. Si par exemple une femme ne prévient pas quand elle a ses régies, et permet qu'un homme lui parle, les obia de eet homme perdent leur puissance (§ 45) et la femme a commia vn péché mortel. Le fait de le oacher, même si rien na été gfiohé est déja en soi vn péohé mortel. Si une femme commet ce péché on juge impossible qu'elle I'ait fait par elle-même, mais on croit qu'un wisiman a troublé sa raison. Une rupture de parole qui na pas eu de suites, dont personne dono na été dupe, ne compte pas, et reste d'ailleurs généralement secrète. Mais si une jeune fille meurt et pendant qu'on porte le corps il apparait qu'elle est mor te de mal d'amour, car vn jeune homme a qui elle s'est donnée sur promesse de mariage, na pas été fidele a sa promesse, o'est une affaire grave pour eet homme et sa familie. Pénitence et surtout sacrifioes matériels sont nécessai res pour réconcilier Grantata. Immédiatement après que I'affaire se soit ébruitée, la familie de la jeune fille a entre temps étrillé presque a mort I'homme et sa familie, de sorte qu'ils ont dÜ s'enfuir dans la forêt • 3 avec I'intérieur de la nature. Je cite encore 3J 85 :"C'est par la maniere do vivre de certains animaux que leurs esprits sont supposés avoir acquis do I'ex périence au sujet de médieaments tels que certains simples, éooroes d'arbro, etc. Les hommes possédés par ces esprits-ci savent pour oela pratiquer la mé decine". Et 2H 67 :"Un certain informateur parlait dun medicament qui avait rétabli sa propre santé; ce medicament consistait en simples, cuelllis dano la brousse par sa mère, tandis que les impulsions de celle-ci de oueillir tan têt I'un, tantêt I'autre, étaient dirigées par le winti du divinateur qui, dans sa propre maison en ville, était en état de possession, secouant une ma raka et chantant". Les Noirs oroient que les winti sont des puissances divines; les Djuka les appellent gadu (dieu), les Noirs de Bahia santo (saint). A mon avis il n'y a pas de doute que le possédé est parfois gouverné par des instincts tres pro fonds. Que cela arrive souvent, et que le Noir n'interprète pas tout ce qui jamais est arrive dans son sub-consoient ou inconscient comme des révélations divines, est une autre question. Dans eet ordre d'idees on pourrait comparor la possession avec le rêve. Les esprits qui apparaissent a I'lndien en extase et des foroes desquels l'homme médecine se sert, m. paraissent plus ou moins semblables au« winti des Noirs. A ce point-la on nest plus bien lom des idees de Platon, et de oe quo nous appelons "concepts" lorsque nous pensons. 111.- Il est évident ensuite, que nos notions de lieu, de nombre et de temps n'ont aucune validité pour ces winti, ainsi que pour les puissances on core plus élevées. De même les aspects materiele et moraux se rapproohent beau coup plus que selon nos conoeptions: l'akra ou le winti d°un homne peut faire des demandes conoernant les vêtements de eet homme, mais tout aussi bien son comportement moral. Il y a une Identification du corps avec le monde axtérieur au corps: si l'akra est mise en colère, son porteur tombe malade ou il lui arrive des malheurs (du dehors). On peut voir aussi dans I'emploi do certains mots I'unité de l'esprit ou fime et de la nature, du moral et du matériel: nici signifie aussi bien "poison" que "mal magique", ainsi que I'animosité quo Ion a contre quelqu'un: obia veut dire "force magique assistante" et aussi "medicament"; pori est employé pour indiquer une chose matérielle qui se oor rompt ou devient inutilisable, vn dieu ou une foroe magique qui disparait ou perd sa force, et pour indiquer la dépravation morale. On admet aussi qu'il existe une relation intérieure et naturelle entre les individus; lorsqu'un Noir commet certaines mauvaises actions, vn kunu, una malédijction, peut venir sur sa familie entière et rester sur sa postéritóo C'est peut-être pour cela que la plus grande partie des Noirs du Surinam ac ceptene tout simplement la doctrine traditionnelle, et s'il y a de I'adversité ou vn décès dans la familie, I'attribuent nalvement a Ja malédic-tion; il est bien possible que personne ne pénètre la nature de ces ohoses-la. Mais il en ressort qu'on accepte I'idée d'une relation réelle entre les membres d'une familie (ou d'une sous-tribu ou de la tribu entière) et les puissances divines. IV.- Pour l'akra la relation avec le corps humain est une donnée naturelle; l'akra appartient a I'individu et la seule relation avec la nature eet que 1 akra est attaché au sol natal ou au lieu oü on a vécu longtemps. Mais il n existe que 7 espèces d'akra (a proprement parier 7 masoulins et 7 féminias) chacun ayant vn nom, qui est celui dun jour de la semaine; c'est le jour oü la personne en question est née. Ccci venant d'Afrique, on peut bien peassr ici aux 7 sphères de planètes de I'Antiquité. 30 186 § 20 Gedeosu. Gedeosu (Gedewsu, Agedeosu) est vn dieu masculin célibataire ou asexué, le second des deux Grangado. Gedeosu aussi a été importé d'Afrique par vn prêtre. Celui-ci, dont le nom était Apasu, était laid a faire peur et aucune femme ne le voulait . Enfin, une femme, Asafe, le recueillit. Sa récompensé fut d'être initiée par lui dans le service de Gedeosu, et qu'elle devint prêtresse supérieure après la mort de Apasu. A son tour, Asafe éleva une de ses filles et depuis la dignité de prêtresse supérieure est restée entre des mams féminines. Pendant qu'on constituait les lo_, Apasu échut au lja Pedri et ainsi la prêtrise vint dans cette sous-tribu, et Gedeosu devint la divinité spéciale des bilo-ningre (£ l) de la même fagon que Gwangwella I'est pour les opo ningre. Le lieu d'adoration devint Kriorokondre, mais depuis que Kriorokon dre nest plus habité, le paquet saint qui représente Gedeosu est conservé dans une maison-temple a Drietabbetje, et toutes les fois que la grande fê te a lieu a Kriorokondre, on le transporte a eet endroit. Gedeosu est le dieu de la vie, le dieu des ohoses matérielles, des ré coltes et de I'agriculture, de la pêche, de la naissance, etc. Pendant la période de défrichement des champs on doit d'abord sacrifier a Gedeosu et lui demander son assistance pour que ce qu'on entreprendra réussisseCcou per la forêt, planter, etc). On doit demander I'intervention de Gedeosu pour le ponsu, la pêche a la nivrée (§ 80), et aussi pour la chasse. Il arrive a des intervalles réguliers qu'un troupeau de pingo(sangliers) s'approche du village ou traverse la rivière. Celui qui les découvre ne doit pas tuer plus de deux sangliers pour lui-même; il doit ensuite prévenir le reste du village. Car Gedeosu ne les a pas envoyés pour une seule personne mais pour tous. Alors des hommes et des femmes viennent de tous c£tés pour attraper et partager le butin.(Une fois j'ai vu 150 pingo tués). Lorsqu'on a tué vn tapir, la tête est offerte au Granman, comme offran de a Gedeosu. L'esprit du Granman représente a ce moment Gedeosu. Une récolte déficitaire ou des malheurs avec le ponsu doivent être attribués généralement a la colère de Gedeosu. On le réconcilie en lui of frant des saorifxces. Une fois les pingo tardaient a venir et Ion dansa et sacrifia a Kriorokondre pendant des semaines; enfin les pingo réapparurent. Gedeosu aussi doit être adoré par la tribu entière a des époques fixes; cela na pas lieu a Drietabbetje ou a Puketi mais a Kriorokondre. Les fêtes sacrificiatoires durent des semaines, parfois des mois sans interruption; Gedeosu donne beaucoup, mais il n'en est pas moins exigeant. Chaque année ou tous les deux ans le paquet saint de Gedeosu est trans porte a Drietabbetje oü tous, y inclus le Granmaxi, adorent cette divinité. Le transport du paquet est accompli par le Prêtre ou Prêtresse supérieur(e), assieté par vn certain nombre d'autres prêtres; dans le canot il y a une clochette qu'on sonne sans cesse (§ 63). On ne prête pas serment a Gedeosu. Gedeosu protégé les femmes pendant qu'elles sont enceintes et pendant I'accouchement; il est inroqué en cas de stérilité. Il est aussi le proteo teur des enfants et chaque cérémonie pour Gedeosu commence par des hommages 31 qui lui sont rendus par les enfants. On dit que ce que les prière6 des adul tes ne sont pas capables d'obtenir, est parfois accordé par Gedeosu lorsque les enfants le prient. (Holdridge 210 rapporte qu'il semble que Gedeosu réside dans le grand arbre Ceyba. Chez les Saramacca les Gedeonsu qui ont d'ailleurs beaucoup en commun avec Gedeosu des Djuka, vivent dans les arbres Ceyba. D'après van Lier il est possible de donner vn gado-pré (fête oü Ion danse, mange,etc) pour Gedeosu comme pour les dieux moins élevés; une telle fête nest jamais donnée pour Grantata. Gedeosu est invoqué aussi par les Noirs de Ville (2H Le nom sembleetreune combinaison de Gede (comp.Kedi-ampon, § 18) et d'Osu ou Onsu (comp.avec le grand nombre de noms de dieux d*Afrique commencant par 0 que décrit Ellls, Yoruba, ]>k et la suite). 1H mentionne deux frères di vins au Dahome, dont I'un, Gede se changea en vn rooher et I'autre, Hunsu, alla dans le grand arbre a kapok. La divinité Gedeosu des Noirs Réfugiés mon tre des traits ressemblants a ceux des esprits de la nature traites dans les § 22 et 2i. .-***"**** " 187 § 21 Odun des Bonni Les ancêtres des Bonni en Afrique étaient d'avis que Odun nommé par Nana gouvernait le monde et qu'il n'y avait pas d'autre divinité avec une puissance semblable a c6té de lui. Dans vn village Bonni, oü le lo_ se préparait a dé fricher de nouveaux champs, je vis comment on célébra vn grand office sacrifi ciatoire pour Odun; Ion pria pour que le travail se terminfit bien et que les endroits choisis pour les ohamps, fussent fertiles. Quelques jours plus tard vn jeune homme fut atteint par une branche pendant qu'on coupait vn arbre; une cérémonie fut célébrée afin de demander pardon a Odun pour le jeune homme car I'accident était indubitablement causé paroe que le jeune homme avait commis une infraction contre les lois d'Odun. A Pulu-moffo prés du lieu de débarquement se trouve une grande statue modelée dans du plmba (argile blan che), représentant vn vieillard: il symbolise Odun. (Coudreau 248-250: en descendant la crique Maroni, la rivière oü habitèrent autrefois les Boni, il arriva a I'endroit udugron, oü se trouvait vn arbre Ceyba, dont le suo servait pour la boisson du serment. Les Bonni y allèrent quelquefois en grand nombre pour jurer le serment purificatoire. Cr 60 rapporte que I'arbre qui fournit la boisson du serment est seulement connu du Granman et de ses lieutenants. Comp.aussi Ellis Tshi 199, Ewe 97: le bois dont on préparé la boisson du serment s'appelle odun. La statue mentionnée ci-dessus, qui représenterait Odun, est probablement la même qu'ont vue Crevaux en 1877 et de G. en 1903 et 1937. Cr 43 la décrit comme "une statue primitive en argile, remarquable par ses immenses seins. Cette espèoe de divinité s'appelle maman-gron (mère de la terre) . 1F 96, avec photo, rapporte que la statue s'appelle Granmama Grong. Au sujet d'Odun, il est encore plus vraisemblable de penser' a l'esprit ou dieu qui est appelé Gronmama par les Noirs de Ville, qu'au sujet de Gedeosu. 188 § 22 Busimama, Qronmama, Watraaama (mère de la forêt, mère de la terre, mère de I'eau) 32 189 Les Djuka croient aux esprits de la forêt, de la terre, de I'eau et de I'air (§ 23). Un albinos (bongkoro, gado pikin, enfant de dieu) est I'en fant dun esprit de I'eau; eet esprit est vn gado, mais n'agit pas comme obia ou winti. (Voir ensuite § 23 Witihedde. IbKP rapporte: "A eet arbre (le Ceyba) alors les Noirs Réfugiés Aucaniens rendirent vn divin hommage. Lorsqu'ils venaient de leurs villages, ils sacrifiaient de la viande et du poisson, lorsqu'ils revenaient de Paramaribo, par contre, ils sacrifiaient du vin ou du tafia... En plus de cette idole, qui avait la son temple permanent, parfois une déesse du rang le plus élevé se montrait a Armina, la soi-disant Mère de I'eau. On I'avait vue plusieurs fois assise sur vn roeher, mais même de oeux qui pré tendaient I'avoir vue je ne pus rien apprendre de distinct au sujet de sa configuration ou sa couleur). SAR Les tone ou watramama ont les bras courts, les doigts courts et des queues comme des poissons; elles habitent dans I'eau, parfois s'asseoient au bord et piongent dans I'eau quand elles apergoivent des êtres humain6. Parfois une watramama laisse sur la rive le peigne avec lequel elle était en train de se peigner. On les appelle aussi watra-ingi (Indien de I'eau) parce qu'elles ressemblent a cause de leurs cheveux noirs et longs a des Indiens. La watramama nest pas identique a I'animal nommé vaohe marine (Manatus). Un tel esprit de I'eau peut entrer danß vn enfant et on appelle eet en fant vn Tone. Cet enfant nest pas vn être humain ordinaire; il nest pas adoré mais tres estimé. Il a une puissance extraordinaire; par exemple, de venu grand il sait beaucoup au sujet des médieaments; dans le rêve vn homme lui indique comment préparer les médieaments; mais il ne devient pas vn obia man ou vn wintiman. On reconnalt eet enfant parce qu'il est blanc. Cependant on ne considère pas les Européens comme des Tone. La mère qui est enceinte dun Tone rêve d'une rivière ou dun homme avec des cheveux longs, vn Tone qui s'approche d'elle (comp. § 10 djodjo) . Lorsqu'on visite la ville avec vn enfant Tone, il doit être transporté sous vn pomakari, sinon I'eau deviendrait agitée et la navigation serait dif ficile. L'enfant ne doit pas manger grati fisi (des poissons sans écailles), sinon ses lèvres et sa bouche commenceraient a pourrir. Aussi la citrouille et I'okro lui sont interdits; quelques-uns d'entre eux ne mangent pas de cacaouettes. Si une telle personne meurt elle est enterrée prés de la rive de la rivière (Ö 86). 1H 236 décrit comment une femme possédée par vn Tone produit vn son étouffé.(ll est remarquable que les Indiens Arawak disent, eux aussi, que l'enfant dun homme et dun esprit de I'eau a vn défaut de voix, et qu'autrefois en Europe, une croyanoe semblable était répandue au sujet des enfants des Nixes, les Kielkropfe (enfant de sorcière, monstre, Trad. de G.) 3J 161 parle dun enfant qui tomba dans I'eau et qui demeura alors quelque temps chez vn esprit de I'eau; mêmes histoires dans 2L 13 et la suite (ceoi existe aussi ohez d'autres peuples). VILLE Le Gronmama nest pas vn winti. Chaque endroit a sa Gronmama; oelle oi peut se montrer sous la forme dun cerf, dun tigre, oaïman, serpent da gowe ou aboma (mais pas dun hibou, comme le rapporte 2H 63) et on ne doit pas tirer sur ces animaux-ci. Voir ensuite 2H 62-63, 89-91, 1P 172, 2P23, Bex IV. Busimama, voir 2L 18-22, 2P 22 , Bex IV. 33 Watramama. Watra-ingi, Indien de I'eau, est vn esprit d'lndien qui habite prés de I'eau. L'un de mes informateurs a vu comment quelqu'un, possédé par vn Ingi winti, éteint vn feu en dansant dans ce feu; ensuite il grimpa dans vn Arawa, palmier épineux. Celui qui possède vn Ingi-wintl porte vn mouchoir de tête rouge et (me disait vn Arawak) comprend une sorte de langue indienne, quel ques mots d'Arawak et de Calina mélanges. Tous les Ingi sont watra-suma(gens de I'eau). Ingi-winti est la danse bakra, mais une seule personne doit la danser, sinon la possession ne se produit pas. Voir ensuite 1P 26-31, 2P 22, 24, 2L 26, 2H 64-65. On appelle parfois vn albinos aminta (Comp. § 36 l'esprit de I'eau Minye Mama) . § 23 Les gado (winti) Le Djuka emploie le mot gado ou gadu (dieu) pour indiquer I'Etre Suprème Nana et les Dieux Supérieurs Gwangwella et Gedeosu, mais en particulier pour les dieux ou esprite qui sont, soit lies avec I'homme depuis la naissance jus qu'a la mort (le gado ou djodjo, § 10), soit lies avec vn homme d'une telle fagon qu'un gado peut le posséder de temps en temps; il ou elle est alors pos sédé (e) par le gado. Ces gado ont dcc vertus et des vices, une bonne ou mauvaise humeur, et des émotions comme des hommes; mais ils sont immortels. On distingue le bun 190 ————-——f———— — — -- — — — -o — — gado et I'ogri gado (bons et raauvais dieux) et takru sani ("mauvaises choses"). Les actions des gado sont oonscientes du but, tandis qu'on pretend des takru sani qu'ils font du mal inconsciemment et malgré eux. Voir ensuite § 2k II Ampuku. Chaque rivière ou crique a son propre gado et a I'embouchure il y a vn lieu sacrifioiatoire. Ces gado sont supposés manger et boire comme des hommes, et être mariés. Si Ion dit a vn Djuka:"mais je ne vois pas que le gado mange la nourriture sacrifiée", il répond:" yu no kan si, a njam ing na kraka 1 ? vous ne pouvez pas le voir, il mange en esprit (kraka § 7)| voir pour cette inter prétation-ci Introduotion VI. Si Ion se trouve dans vn rapide, ou sur une crique, on ne doit pas prononcer le nom du rapide ou de la crique (§ 4,13). Les grands arbres, les rochers dans la rivière ou dans la forêt ont aussi vn gado, qui gouverne les régions environnantes.(Voir aussi 2T 35t et pour oe qui concerne le rooher Witti shtong ou Witti hedde en amont des chutes Gran hollo dans le Tapanahoni (le nom figure déja sur le plan de Heneman 1787) 2 XP 31, Vidal 26, LG 27, 57 avec photo; d'après Sp 39 le plus élevé des dieux de I'eau demeure dans ce roeher, selon 2 Pa 2, c'est le dieu de I'eau Bumba (comp.2H 651, 7hk) qui vient au secours des hommes dans les gouffres. En ce qui concerne la montagne de rochérs Tebu sur le Tapanahoni, voir 2F 30-31. En 1936 6ur vn roeher dans le Paloumeou, il y avait vn lieu sacrificiatoire donnant sur I'immense montagne rocheuse Kassikassima ou Twalfuhedde Tebu. Les Djuka de la Mission de délimitation de frontière y prièrent, aspergèrent le roeher d'eau sucrée et y mirent vn poteau avec vn pandje(mouchoir de vête ment) tout neuf.(van Lynden k?> et photo n°6l). Les Djuka distinguent les gado tapusi (vivant dans I'air), ondro watra (demeurant sous I'eau); busl (se trouvant dans la forêt), et grong (vivant dans ou sur le sol et prés des villages et dans les ch3mps)• Pour le système 34 191 des gado de contrée et de rivière selon les jours de la semaine, voir kinadei, § 25. Les gado avec vn nom d*animal sont a proprement parier I'ame des grou pes de I'espèce d'animaux en question (chose semblable chez les Saramaoca 3J 85). De même pour les plantes. Dans presque tous les kankantri (Ceyba) demeure vn esprit; ce peuvent être différents esprits, aussi des e6prit6 que les Djuka ne savent pas classer dans vn certain groupe, mais qui néanmoins peuvent se manifester comme winti dans quelqu'un; ils peuvent être des es prits bons ou mauvais. Celui qui coupe vn kankantri s'exposé a la conséquen ce que l'esprit du kankantri passé en lui et le rende malade, ou lui fasse commettre toutes sortes d'erreurs, de sorte que dun homme vertueux il de vient vn wisiwasi man (homme de sottise, nigaud). La liane-assassin abrasa (Clusia sp.) étrangle son hote; dans cette liane se trouve vn gado dangereux, Katu. Une telle liane ou plutöt I'arbre hête, I'arbre Katu, ne doit jamais etre abattu. Un petit arbre ou une branche qui a poussé de fagon biscornue, est vn tra sortu sani (autre espèce de chose, c'est-a-dire déviation de la nature) et dans le noeud de la branche se trouve vn gado. Celui qui coupe ce bois sans faire attention (ou même s'il ne le remarque pas, car I'oracle le lui révèlera plus tard) peut être atteint d'une désastreuse maladie, ou par la mort. Voir ensuite § 54 : krontiki. Il existe aussi des croyance3 semblables chez SAR et VILLE. de G. 1937. Dan 6 le kankantri et dans I'arbre katu se trouve vn gado; le Djuka qui abat I'un de ces arbres meurt; vn blanc peut le faire sans oon séquences . SAR Des esprits viennent de I'air, non pas de votre intérieur. § 24 Détails de quelques gado(winti) et d'autres êtres métaphysiques I. Afrekete. VILLE C'est vn winti. Si vous le voyez il est toujours lé preux. Si quelqu'un a vn Afrekete-winti en lui, ses doigts et orteils de viennent tordus. Voir ensuite 1H 133, 346, 2H 92, 2P 21, Bex 111. 11. Ampuku est le dieu des mauvaises maladies et de la dépravation. Il est en tete des takru-sani(mauvaises choses), ce sont des esprits qui personni fient "le mal" et qui font du mal sans s'en rendre oompte. Sur I'ordre dun dieu ou dun autre ils s'installent, tout a fait a la fagon dun winti, dans vn homme, dans une tribu ou dans vn village. Lorsqu'ils ne sont pas en fonction ils habitent des endroits lointains et inhospitaliers dans la forêt. Ampuku est aussi en tête des buba-gado, qui I'aident a semer maladies et perditions. Ils sont domicilies principalement le long des sentiers de forêt et autour ou prés des petits champs» Il nest point facile de les gou verner; nombreux sont les sacrifices qu'ils demandent aux hommes et qui leur sont faits sous forme de boissons, de chiffons de tissu colorés et parfois dargent. 35 192 193 Quand Ampuku est dans quelqu'un, il est impossible de le chasser, mais on peut le (ou le buba-gado) convertir, le rendre comme les autres dieux qui ne désirent que le salut des mortels, et alors il est spéciale ment utile et actif (voir § 36 et 2H 70). Si cela ne réussit pas, la per sonne en question, après avoir souffert peu ou beaucoup, meurt ou perd la raison. Cet Ampuku qui cause I'aliénation mentale est appelé aussi par les Djuka lau-bakru (fou-bakru). SAR Une espèoe d'esprit de la forêt Apuku protégé les plantes. Il existe des hommes qui savent comment on peut préparer des simples pour ces Apuku. Ils font de I'eau de simples dans une calebasse et aspergent le champ, di sant Apuku i musu mei di gong da mi njanja. Il n'y a pas de fêtes de ferti lité.--Si vous perdez votre chemin dans la forêt c'est a cause d'Apuku . On peut perdre la raison quand on rencontre vn Apuku. Les aliénés ne sont pas adorés; il y a des hommes qui savent les guérir. Voir aussi 1H 347» VILLE Apuku est une sorte de valet du winti; il est toujours mauvais. Le winti peut I'envoyer pour faire quelque chose de bien ou de mal. Apuku est aussi vn winti mais il est vn sous-ordre des autres winti. Un wisiman (§ 48) ne peut pas faire vn Bakru ou vn Apuku, mais peut s'en rendre maitre dans la forêt. Un Apuku sait se rendre visible sous la forme dun petit enfant avec une grosse tete. 111. Asamani est le chef des autres winti. Si pendant une danse winti Asamani entre dans I'un des assistants, c'est vn incident de tres grande importance; les autres winti se hêtent de lui rendre tous hommage et obéissance. Asamani ne se manifeste que rarement aujourd'hui. IV. Dagowe ou papa-gado. Dagowe, l'esprit du Boa Constriotor (6) est vn gron gado (dieu du sol) . Aucun gado nest aussi craint que Dagowe et pour aucun deux on ne donne de pareilles fêtes sacrificiatoires. Dagowe est incroyable ment vam, tres irascible et jaloux comme vn tigre, et il a le pouvoir de verser maladie et mort sur les hommes et surtout-les induire a commettre des pêchés. S'il y a vn serpent dagowe dans le village, qui mange des oeufs et des poussins, on ne le tuera ni le chassera, on lui sacrifie quotidiennement et on le supplie de s'en aller. S'il ne prête pas I'oreille a ces prières, de grandes fêtes sacrificiatoires lui sont données; les obiaman sont invites a venir exécuter leurs danses gado et Ion danse pendant des jours et des nuits sans interruption. Beaucoup de mets délicieux et des calebasses plei nes d'oeufs sont déposés a tout bout de champ pour ce gado, etc. Si Ion a coupé et brülé la forêt pour installer vn champ, il arrive qu'en débarrassant I'abattis on trouve le squelette dun serpent dagowe. Celui qui le découvre piqué dans le sol quelques petits batons ornés de ban deroles et avertit immédiatement vn prêtre. Celui-ci se rend a I'endroit in diqué, fait vn sacrifice et implore le pardon du gado. N.B. Il nest pas question d'avoir des serpents a la maison. Si Ion décou vre qu'un serpent a été dans vn korjaal (panier) vide, il faut que le kor jaal soit désinfecté par des prières, offrandes, sucs de feuilles et pimba. (§ 56, 57). Un homme s'était trompé sur le cadavre du dagowe; il était déja enterré avec cérémonies solennelles lorsqu'on découvrit que c'était vn autre serpent. La cérémonie devait être défaite; on révoqua tout hommage et Ion viola le tombeau avec les batons et ses banderoles. Quand je demandai pourquoi, la 36 194 réponoe fut :" oui, il n'était pas vn gado; le papa-gado pourrait nous en vouloir d'avoir rendu eet hommage a quelqu'un d'autre." Journal de G. le 29 juillet 1907 a Drietabbetje. Mon ami Soni ne pourra pas aller avec nous (avec I'expédition): il a noué une intrigue d'amour avec une cousine qui a quitte son mari pour lui. La familie en était assez ffiohée, mais les amants ont déclaré que seule la mort pourrait les séparer. Puis on trouva le oadavre dun serpent dans vn trou de fourmis dans le gadu-hoso. On I'exanina et on constata par le crfine triangulaire que c'était vn serpent idole. Le cadavre fut posé sur une planche et porté par deux hommes: l'es prit déolara que sa mort était la oonséquence des aotions des deux amants. Pou après on trouva vn chien mort dans la forêt, et vn peu plustard vn en fant mourut dans la familie. Tout cela avait évidemment la même cause. Soni fut alors obligé de dédommager la familie pour rendre le repos a l'esprit du serpent; c'était pour cela qu'il était a Albina il y a deux mois, pour faire les aohats.(comp.aussi avec 1G 47). SAR Wodu s'appelle l'esprit du langa-langa ("tres long") ou Sindéki (Boa Constrictor, serpent dagowe). On ne tue pas ce serpent qui a parfois 2 a 3 mètres de long, et on ne tue pas non plus I'aboma (Boa de I'eau, Eunectes marinus), qui contient aussi vn esprit. Si on tue ce serpent, eet esprit vient a vous et vous êtes obligé de faire sa volonté. On peut tres bien tuer les autres serpents. Si vn Noir rencontre vn Boa (de terra) il s'adresse a lui en ces termes: " je ne fais qu'un-e petite promenade et je ne viens pas pour te faire du mal; tv ne dois pas me rendre aveugle". Car Ion dit que ce serpent peut rendre aveugle a cause de sa diaprure. VILLE Celui qui a vn dagowe-winti porte vn mouohoir de tête blanc. Le por teur regoit de I'argent a cause de son dagowe-winti. Si vous recevez vn dagowe-winti, vn serpent dagowe vient a vous la nuit; vous lui donnez des oeufs et il s'en va; dans de nombreux enclos (djari) on trouve oes serpents; ils portent bonheur a I'enclos. Il existe des enfants de 12 ou 13 ans qui ont déja vn dagowe-winti. Dagowe est "basi-winti" , le plus élevé de tous les winti. Voir ensuite 2H 63-64, 1P 174-175. V. Dahome est ainsi nommé d'après la contrée en Afrique d'oü oe gado est ve nu avec les Noirs. VI. Dinga indique des simples pour les maladies de femmes ou pour les déli vrances difficilea. VII. Djadja, I'ocelot, passé pour le frere ainé de Djibri, le jaguar, paroe que I'ocelot peut saisir sa proie avec les deux pattes de devant. Il arrive que le hasi(porteur) de Djibri soit en train de faire une gué rison et que soudainement Djadja prenne possession dun autre hasj et annon ce qu'il prend en charge le traitement. Djibri continue a aider et tfiche en même temps d'augmenter son savoir. VIII. Djasofu ne fait pas de guérisons comme les autres gado, mais il a le pouvoir de chasser tout mauvais esprit, que eet esprit se trouve n'importe oü. Il se révèle de moins en moins aujourd'hui. IX. Djibri le jaguar, pénètre partout dans la forêt, voit beaucoup et par consequent sait oü trouver des simples le plus rapidement. On I'appelle aus si Djebri et Djebi. 37 195 196 SAR Tigri-baya est une danse semblable a Komanti. On porte le crfine dun ti gre (jaguar,etc.) et les os d'animaux morts. Dans le grand tigre il y a l'es prit Bubu (Schu 57 bubu=tigre), c'est pourquoi on ne tue pas eet animal sauf en cas de danger. VILLE Voir aussi 2H 66, 1P 175. X. Yauw ne consulte que les autres gado; envers ceux-ci il est communicatif, mais les hommes apprennent rarement quelque chose de lui. XI. Kaiman. Dans le caüman, ou dans vn grand caiman, se trouve aussi vn es prit, ou tout au moins on le respecte (Vidal 40, de Leeuw 76); de même chez les Saramacca (Stn/l/135 et West-Ind.Gids XI 213, 1H 312), et voir § 22: Gronmama . XII. Kantamasu ou Kantamasi ohoisit de préférence son domioile dans une ter mitière; s'il en sort de I'écume c'est vn signe que Kantamasu est présent; c'est vn mauvais esprit. SAR Akanatetmaal est une termitière. Si vn agriculteur brüle par aooident une termitière 9 son esprit, qui s'appelle Sindomah ou Ba-aka sombe (homme noir) passé en lui. VILLE Akantumasi ou Akantumasu est l'esprit qui habite une termitière; de même que Apuku il est sous les ordres des winti. Kantamasi est vn mauvais es prit, tres querelleur. Si Ion dépose ses besoins naturels prés de lui il so venge toujours de cela en donnant de graves maladies et souvent la mort. Si Kantamasi ou Amashi-winti est mauvais, il vous donne la dysenterie. Mon informateur nie que Kantamasu et Apuku (1P 178) soient le même. XIII; Kromanti. Celui qui est possédé par Kromanti-gadu peut sans se blecser aller dans vn feu, mordre dans une hache qu'on a chauffée au feu, grimper dans vn palmier awara (qui a de tres grandes épines) et danser sur des tos sons de verre. Kromanti-gado est le dieu de la médecine; son pouvoir e'é tend sur vn nombre de dieux moins grands, les doux et souvent espiègles Bun su-munki, qui demeurent dans I'eau, et sur beaucoup d'autres gado, oomme Djibri, Opete, Dagowe,etc., tous dieux exergant la médecine. A Kromanti gado est confié le som de la santé des hommes et des animaux. Si une épi démie éclate (il ne peut pas la prévenir, c'est Nana seul, I'Etre Suprème, qui le peut), son aide est irrvoquée pour combattre la maladie et de nombreux sacrifices lui sont rendus. Kromanti vit en éternel combat avec Ampuku, lc dieu des mauvaises maladies et de la dépravation. SAR Voir § 37 et 1H index p.361. Un homme qui est bon en Komanti ne peut pas posséder tres longtemps vn fusil; il se casse tout seul. VILLE Celui qui a vn Kromanti-winti porte vn mouchoir de tête blanc. Le Kromanti-winti (d'Afrique) arrive en vous de lui-même lorsque vous &tee vn petit enfant; cestune soeur de Dagowe. Voir ensuite 2H 66; 1P 17? hauwer winti (winti de eabre) est vn Kromantl-winti.(Kromanti-winti est supposé être originaire d'Afrique; la langue africaine que parlent les possédés s'ap pelle Kromanti et l'esprit de ce nom a des rapports aveo le fer, les armes, I'invulnérabilité et la médecine. Probablement tout cela a été importé d'A frique. de G.) XIV. Lebba. Cet esprit nest pas connu chez les Djuka, les Paramaoca et Sa ramacoa. 38 197 VILLE Lebba est une espèce de winti qui peut vous posséder; généralement c'est vn mauvais esprit. De même que djodjo (§ 10) vn lebba peut aussi an noncer la venue dun enfant. Si le lebba exige alors une offrande, et s'il ne la regoit pas immédiatement, il apporte la lèpre au même instant; si I'offrande est donnée ensuite, la lèpre disparait en quelques jours. On sacrifie généralement au Lebba a vn carrefour ou prés d'une écluse ou dun coin. Un autre informateur dit : Lebba est vn esprit de la forêt, vn mauvais être; il a des feuilles de palmier autour du corps qui font "sakka-sakka" (comme vn maraka). Si vous sursautez il vous poursuit et vous rend malade. Il y a 6 mois j'en ai vu vn prés de I'église des Hernhutter vers minuit; je me suis en allé et j'ai ainsi échappé; il cr.iait après moi : hü-ü.... hiï-ü' (d'une voix aiguê') . Voir pour plus de détails 2H 15, 67-68, 108, 1P 165-167 et photo 5, 2P 21 -22, Bex 111. C'est aussi le nom d'une divinité ou dun esprit en Afrique et chez les Noirs du Brésil et d'Halti. XV. Loango est ainsi nommé d*après une contrée en Afrique d'oü il est venu avec les Noirs. SAR Voir 3J 90, 1H index p.362. VILLE Voir 2H 72, 95~96. XVI. Manningre (homme adulte) . On dit de eet esprit qu'un manningre-obia rend invulnérable aux coups de sabre ou de hache. Voir ensuite §57. XVII. Opete est l'esprit des vautours qu'on appelle oiseau puant. SAR L' oiseau puant, opete ou djanko (Fo ZJ> djankro) , peut être tué.(3J 85. Le vrai opete nest point I'ordinaire percnoptère qu'on appelle oiseau puant dans les colonies) . VILLE Voir 1P 176 et photo 11, 2H 78-79. § 25 Kinadéi Kinadéi veut dire "jour de repos" (kma § 13, déi=jour) . Il y a certaines régions dans le domaine des Djuka oü certains jours sont des kinadéi. Ainsi pour le pays autour de Pauwi, sur le Tapanahoni le vendredi est kinadéi pour la rive droite et le lundi est kinadéi pour la rive gauche. Au kinadéi per sonne ne doit franchir la forêt du territoire en cause. Des parties de la rivière aussi peuvent avoir chacune leurs kinadéi; on ne doit pas pêcher, tuer des alligators, emporter des lianes,etc.; on peut seulement suivre la rive en bateau. La pensee qui préside ici est que chaque rivière ou contrée a son pro pre gado qui ne doit pas être dérangé en son jour de repos. Ces jours se sont transmis de génération en génération et on ne sait plus comment ils ont été ohoisis. La violation du kinadéi peut être souvent tres dangereuse pour le coupable. Maladies et accidents peuvent en être la conséquence. (C 4 Pour le serment du sang on choisit vn vendredi, jour saint pour eux. Les fêtes oü lon danse les danses gado commencent toujours vn vendredi). 39 198 SAR et VILLE Chaque winti a son propre jour saint oü il est permis de dan ser sa danse, voir IJ 475, 1H 81, 124, 227, 2H 74. § 26 Animal-Totem (7) Chaque _lo_ a vn esprit d'animal, qui le protégé; pour les hommes de ce lo_ il est kma de manger les animaux de cette espèce. Ainsi personne a Clementi ne doit manger le 6inge kwatta.J.E.Loth 345 remarque: Ils considèrent kma, c'est-o-dire des animaux protégés, certains animaux, pour différentes raisons. On me demanda tres instamment de ne pas chasser une certaine grenouille d'ar bre qui était tres ennuyeuse et qui m'empéchait completenient de dormir, car cette grenouille était vn enfant du patron de notre canot . Dans I'fle Drie tabbetje les perroquets sont kma parce qu'une fois trois femmes de Drietab bet je ont été sauvées dans le village Mani grfice a ces animaux" (mentionné aussi dans 5H 724). § 27 Chien. Un chien ne doit pas être tué, sinon vn kunu pourrait venir sur le cou pable. Ccci s'applique en général aux animaux domestiques ou même a tous les animaux, sauf si Ion en a besoin pour la nourriture ou s'il est dangereux. Un Djuka dont le chien était vieux, faible et a demi-aveugle I'emmena quel que part et lorsque chaque fois le chien revint il voulut I'emmener dans une fle et lui briser les pattes a coups de fusil, mais sans le tuer! On dit d'u ne certaine amulette qu'elle provient du dieu des chiens.(de G.). SAR On ne tue pas les chiens; il n'y a pas d'esprit de chien, mais celui qui tue vn chien se tue lui-même, et meurt aussi; le chien a vn certain pouvoir. Celui qui tue vn chien par accident doit prendre vn bain de simples et payer cher. En tuant vn chien on obtient le dago-kunu (malédiction du chien); oel le-ci ne s'applique cependant pas a la familie. § 28 Ciel et phénomènes du ciel. De G. On raconte qu'autrefois le ciel et les nuages étaient si proohes de la terre qu'on pouvait les toucher de la mam. Un agriculteur par acoident piqua le ciel avec ses outils et alors Dieu a surélevé le ciel. L'arc-en-ciel (muntjama) indique que Dieu (I'Etre Suprème) nous regarde. La disparition des aro6-en-ciel sera le 6igne que la terre périra. On ne sait rien raconter au sujet de la lune, du soleil et des étoiles. Le tonnerre et la foudre annoncent de graves ennuis avec les Blancs, 1G 37. SAR On n'adore pas la lune, le soleil ni les étoiles. 4 Pour les winti il y a une doublé relation, avec le corps huraain et avec quelque chose dans la nature en dehors des hommes. V.- Le yorka, l'esprit du mort, trouve toujours dans le corps une sorte de lieu de réaidence. Les Noirs Réfugiés font porter a deux hommes le corps, ou les cheveux et les ongles, sur leurs têtes; on pose alors des questions au corps ou au yorka, et oelui-oi répond par les mouvements des porteurs, qui tem porairement servent d'instruments involontaires. Tout a fait de la même fagon on pose des questions au paquet saint d'une divinité. Il est possible que dans oe paquet se trouve toujours une partie du corps de quelqu'un qui a eu des liens exoeptionnels avec cette divinité, ou vn objet qui a été employé ou porté par oette personne. VI.- Mais le verbe aussi est porteur de I'fime. Le wintiman peut fabriquer une statue ou une poupée, vn braoelet ou vn objet eemblable, d'une oertaine com position. Puis il se met en état d'extase et parle a I'objet, oe qui amène l'es prit a s'y attaoher ou y entrer. A mon avis nous pouvons interpréter les paquets saint 6, idoles, amulettes, eto. de oes Noirs comme le lieu matériel oü Ion peut atteindre vn esprit, ou bien oü Ion porte sur soi-même oet esprit afin d'atti rer les bonnes influenoes ou de parer les mauvaises. Prés de I'objet de la nature, ou de I'objet construit, dans lequel se trouve vn esprit, on sacrifie a eet esprit. Selon la theorie l'esprit jouit de la par tie métaphysique de I'offrande matérielle. Une conoeption semblable existe en Afrique:"Quant a la nourriture conorète, ils croient que les dieux se servent de la partie spirituelle, sans toucher a la partie matérielle; car il existe une croyanoe générale que la plupart, sinon toutes les choses, possèdent deux in dividualités, une tangible et une impalpable" (Ellis Tshi 73-4). VII. -Chose ourieuse, nous sommes assez bien informés au sujet des akra, des winti, etc qui agissent dans l'homme, mais il n'en ressort pas oe qu'est la substanoe dans laquelle opèrent ces principes. Ce que je fais suivre ici nest qu'un effort d'explication. a Probablement le Noir se considère en premier lieu comme oréture terrestre; le Noir Réfugié est complètement lié a sa famille(bere), sa sous-tribu(l£) et sa tribu (oe qui est a considérer cependant, c'êst que tout oe qui est matière est administré ou pénétré par une force a demi spirituelle). Les winti souvent passent a vn membre de la familie; le kunu (malédiction, paragraphe 14) est he reditaire; du père on hérite le boasi-kina ("treef", tabou, paragraphe 13); vn homme hérite également quelque chose de quelqu'un qui a vécu auparavant(ninseki, paragraphe 9), ou bien c'est le même éternel noyau qui tout le temps se réin oarné . Sur la créature humaine qui se forme dans le sein de la mère, agit aussi le djodjo (esprit de garde de la nature, paragraphe 10); ou peut-être le gronmama (paragraphe 56,22) ou encore d'autres. D'une autre sphère, qui est peut-etre plus élevée, plus spirituelle, vient l'akra (esprit de vie, paragraphe 5). Pen dant sa vie l'homme éprouve toutes sortes de choses, et dans la plupart des oaa agissent des winti, souvent des yorka (esprits des morts); et la pereonnalité se forme de ce que l'homme apporte a sa naissanoe et de ce qui lui arrive en suite. C'est vn complexe réel de forces, qui reete après la mort comme yorka (esprit dun mort, paragraphe 8) (4). 40 199 § 29 Anansi. Anansi, I'araignée rusée, est I'héroïne des anansi-tori, récits d'arai gnée, que racontent les Noirs Réfugiés et aussi les Noirs de Ville a I'occa sion d'une fête des morts (§ 84, 91 et 2H 138 et la suite). Les Djuka consi dèrent Anansi comme vn gado. Raconter des anansitori est une forme d'adoration d'Anansi, car les Dju ka ne pourraient pas vivre sans Anansi. Parfois ils I'évoquent, par exemple "ho Anansi, fa yu de go du nanga mi tidéi?" (Ah! Anansi, que vas-tu faire de moi aujourd'hui?"). Ils posent cette question le matin, lorsqu'ils vont ala chasse, et on entend : est-ce que j•aurai du suocès? IV.- RAPPORTS AVEC LE TRANSCENDANT § 30 Emblèmes. I . On peut obtenir I'avis dun être métaphysique de la maniere suivante: deux hommes portent sur la tête le paquet saint d'une divinité, attaché sur une planche (§ 54). Un prêtre ou vn ancien pose des questions, et dans les mouvements des porteurs on lit ce que répond la divinité (§ 19, 34; photo 1G 44). On porte de la même fagon le corps dun mort et le yorka du mort ré pond (§ 82; fig.Cr 6l; § 24 IV , cadavre du serpent-idole) . 11. VILLE Un lukuman peut interroger I'akra dun vivant (§ 5) ou appeler I'akra dun absent ou dun esprit; vn Saramaoca me fit le réoit suivant: Le lukuman met de I'infusion de simples dans une marmite, ainsi que du pimba, etc., et en même temps évoque vn esprit, par exemple vn yorka ou vn Akanta masi; puis il met la marmite sur la tête du visiteur et demande: "Est-ce que X. a volé ccci?" L'esprit dans la marmite se prononce par vn mouvement en avant ou de cBté de la tête du visiteur.(Voir aussi 1P 160) . 111. Les Djuka appellent Seti monsonio ce qui suit: Pour faire avouer quel qu'un, on prend deux tiges de la plante monsonio (espèoe d'herbe Andropogon Bicornis) et on les met croisées sur le gosier de la personne, qui est assi se, la tête penchée en arrière. Si les tiges glissent, ou si elles restent librement, la personne est innocente; si elles se referment, de sorte que la personne perd le soufflé, la personne est coupable et parfois avoue. Ene. 483 décrit une chose semblable chez les Noirs de Ville; Stn/11/2/63 décrit une autre variante: pour trouver vn voleur I'obiaman met de I'herbe coupante sur le sol, et pose ses mams en dessous; I'un après I'autre les suspects doivent mettre leur cou dessus; si I'herbe coupe, cela indique la oulpabilité. IV. Ce qui suit est appelé seti sroto (mettre la clef) par les Noirs de Vil le: On prend une clef et on la met entre les feuilles d'une bible, I'anneau en dehors, et on attaché la clef a la bible par une ficelle. Deux hommes tiennent I'anneau de la clef en la laissant reposer sur leurs doigts et le lukuman demande :" est-ce A. qui Ia fait?" On attend quelques secondes et 41 si rien n'arrive on continue avec B.,etc; a la prononciation de I'un des noms la clef commence a osciller et échappe des mams, ainsi que la bible, et ainsi le coupable est dénonoé. Si celui-ci n'avoue pas encore il regoit vn mekunu sur lui (Bex XVIII aussi en parle, vn peu différemment). V . Un Saramaoca me raconta ce qui suit: Le lukuman prend une languette d'une feuille de palmier Mauritie et en file une petite ficelle mince. Il met dans le feu son sabre jusqu'a ce que celui-oi soit rouge. Celui qui veut décou vrir quelque chose pose la question: par exemple: "Est-ce que P. mourra (ou restera-t-il en vie)?" , ou "est-ce que X. a volé ccci?" Le lukuman pose la fioelle sur le sabre brülant; si elle est coupée en deux, la question a été répondue affirmativement; cette pratique s'appelle koti-sa. Stn/1113/136 dé orit comment la jambe de quelqu'un suspect d'avoir empoisonné est enduite de suc de bananes; puis on y met vn fer rouge; si cela roussit la personne en question est coupable. 200 VI. SAR Stn/11/2/78, 264. L'obiaman piqué une plume a travers la langue du suspect; si la plume se brise il ou elle est coupable (même chose dans Schu 76 et, vn peu différent, dans 1H 204-205). VII. Dans certains cas les Djuka tuent vn oog, pour apprendre quelque chose de la couleur des testicules (2Kp 370, 1G 53). IL 82 relate : Si une grande fête sacrifioiatoire est terminée, les sacrificateurs veulent savoir si leur offrande a été acceptée par la divinité ou non. Cette certitude peut s'obte nir au moyen dun coq. Tous ceux qui sont intéresses s'assemblent sur le lieu sacrifioiatoire I'après-midi après les dernières cérémonies du sacrifice. Le prêtre se place au milieu des assistants et on lui remet vn grand coq, qu'il prend par la peau du cou derrière la tête entre le pouce et le premier doigt. Il le tient au-dessus de sa tête. Après quelques secondes I'animal manque de soufflé, commence a battre des ailes (ho, na gado de kon, ah, le dieu est venu, ohuchote-t-on) et suffoque. Ensuite, le coq étranglé est éventré et Ion exa mine la couleur de ses testicules. Si les deux sont noirs, le sacrifice a été refusó et Ion est obligé de recommencer depuis le début a prier, a sacrifier et faire pénitence jusqu'a ce qu'on trouve ces parties d'une oouleur claire en éventrant le coq. Noirs de Ville, voir 2H 48, 57, 83. § 31 Révélation dans le rêve. Un Noir Réfugié na que rarement une révélation dans le rêve (voir cepen dant Stn/11/2/269 et Burkhardt et le Noir de Ville en a souvent. Voir ensuite Lampe 548, Bex VI, 2H 483-487. § 32 Apparitions. C'est vn phénomène habituel pour vn Noir Réfugié d'avoir I'apparition dun esprit, qui ne fait qu'apparaftre, sans lui dire vn mot. Dans oe oas, la personne en cause asperge aussitót que possible de I'eau prés du fragatiki (§ 55) et implore la protection des Granyorka , au cas oü l'esprit apparu au rait de mauvais desseins. Voir encore § 36 42 201 202 SAR Voir Sta 259, 262, que je cite ici :"Le corps continue a vivre, dit le Saramaoca. Il serait arrive plusieurs fois, de jour ou de nuit, qu'un membre de la familie, vn ami ou une connaissance dun décédé ait vu tout a coup passer le corps mort et I'ait vu redisparaitre." On connait une chose sembla ble en Afrique (rapporte Dr.S.Hofstra). VILLE Voir surtout 2P. Les esprits qui apparaissent au Noir sont générale ment ou toujours des yorka, bakru et lebba. Ensuite 2L 8-9 et 2H 67 parlent d'une apparition de feu, Fayaman ou Faya-mama (faya=feu); dans 2H 67 il y a une relation entre ccci et le kankantri (arbre Ceyba) ce qui rappelle les mythes indiens» § Facultés particulières innées. Sp 39 : Tous les aliénés sont supposés appartenir au monde des dieux. 2 Xp 367 Tout ce qui nest pas ordinaire, boiteux, aliénés,etc., qui ne sont point rares chez les Noirs, passent pour saint et enfants de dieu; on les appelle gado-pikin. Ho II parle d'"une name a. qui Ion rendait hommage di vin". De même pour les jumeaux. Comp. § 11, 35» Les Alibinos ont vn esprit de I'eau en eux (§22; 86. Les Saramacca aussi) . SAR Ils rendent hommage si quelqu'un a des jumeaux ou dansent en I'honneur de cela la danse Tumii(jumeaux) . Voir aussi Sta 587, 1H 218. VILLE Un sakka-pikin (vn enfant né coiffé) peut voir les yorka; les yorka ne peuvent pas faire de mal è cette personne. Le Dr.Benjamins (1850-1933) me raconta:"Lorsque j'étais enfant, j'étais toujours reconduit chez moi par une domestique Noire après le coucher du so leil, et nous passions prés dun cimetière. Ma gardienne voulait que je mar che au cSté d'elle qui n'était pas tourné vers le cimetière,"car"dit-elle, "je suis une sakka pikin et je peux voir les esprits" Wu 214 : yorka yroka, spectre; 2P 20 : Les yorka sont visibles aux enfants qui sont portés par leur mère de fagon a ce qu'ils regardent en arrière par-dessus son épaule. MX XX fait mention des musu-pikin (enfants nés coiffés; la membrane, séchée et mise dans la bouillie en poudre, est donnée a manger a l'enfant); tetei pikin (celui qui est enveloppé du cordon ombilical) et djodjo pikin (§ 10) qui peuvent voir les esprits. Le djodjo pikin a vn don extraordinaire, c'est que s'il regoit winti, il sait dire le nom du winti-mama qui alors lui appa rait . § 34 Prêtres et prêtresses des Dieux Supérieurs. Benpeniausu, prêtre supérieur de Gwangwella était en même temps Granman, jusqu'aux décisions d'Amakti (§ 1). Entre ce pontife et Grantata, présent dans le paquet saint, les plus profonds secrets sont discutés. Aussi prend-on comme porteurs des personnes tres sures. J'ai assisté a vn cas oü probable ment des intéresses avaient convenu avec les porteurs qu'ils poseraient une certaine question, et que Grantata donnerait une certaine réponse par les mouvements des porteurs, qui passent pour les instruments involontaires de la 43 203 divinité. Le pontife vit rlair dans ce jeu , mais néanmoins il n'osa pas né gliger la décision de Grantata. L'ütterlo (Lo de la loutre) est le lo_ des prêtres de Gwangwella et ce lui du Granman; quelqu'un qui ne vient pas de ce 10-ci ne peut pas devenir prêtre. Seuls les hommes peuvent être prêtres de Gwangwella. Entre prêtres I'un a le renom d'être plus capable que I'autre, et d'avoir plus d'influence auprès de la divinité. La prêtrise est hereditaire, mais on a aussi besoin d'une instruction. Personne ne peut sacrifier a Gwangwella ou invoquer son aide pour quel que chose, sans I'intermediaire dun prêtre de Gwangwella. Et comme I'aide de Gwangwella est nécessaire pour tout, et comme les Djuka sont tres reli gieux et pieux, I'influence des prêtres sur le peuple est tres grande et aus si existe-t-il une certaine vénération pour eux. Le savoir des prêtres consiste pour une grande partie en la connaissance des simples dont on a besoin pour différents buts et qui sont pressés ou mé langes avec de I'eau (§ 57). Les prêtres cherchent dans le lo des prêtres ceux qui montrent une aptitude spéciale pour la prêtrise et les instruisent. Lorsque I'élève est suffisamment au courant et a donné des preuves qu'il dis pose des capacités nécessaires, on demande a Grantata (en portant son paquet, § 54)* si celui-ci I'accepte comme prêtre. Si la réponse est affirmative le novice est initié, c'est-a-dire que les prêtres I'emmènent au fragatiki et versent de I'eau pour les Granyorka, leur demandent dassister le jeune prê tre, pour qu'il puisse exercer son métier comme il faut. Désormais le jeune homme est prêtre c mais par modestie il se tiendra vn peu a I'écart les pre miers temps. Les prêtres se font payer cher les services qu'ils rendent; par exemple: demander au Grantata la cause d'une série de décès et trouver le moyen de I'arrêter; annuler la culpabilité causée par la violation des lois de Gran tata (" a misi gadu" il a pêche contre la divinité). Le prêtre supérieur est indispensable dans les cas de pêchés mortels. S'il y a par exemple des pluies envahissantes pendant longtemps, endom mageant la récolte, Ion oroit que la tribu des Djuka a pêche par vn ou plu sieurs de ses membres, ou que la cause pourrait être le fait de n'avoir pas a temps renouvelé le serment a Grantata; toute la tribu est alors convoquée a Drietabbetje pour le renouvellement du serment. Le Pedri-10, le lo_ des Noirs de Tabbetje, est le l£ des prêtres de Gede osu. Instruction et initiation sont effectuées d'une fagon analogue a celles des prêtres de Gwangwella, mais moins de prêtres sont instruits de sorte qu'il y en aura moins, qu'ils gagneront davantage et surtout auront plus de puis sance . Gedeosu est servi par une prêtresse supérieure, assistée de prêtresses et prêtres. Une personne mariée, dont I'époux (se) nest pas prêtre, peut aus si être prêtre (sse). Les prêtres de Grantata et de Gedeosu ne sont généralement pas obiaman (§ 36); ainsi qu'on me le dit, jamais personne du l_o des prêtres n'e6t possè de par vn gado.(On pourrait en déduire que ces dieux élevés sont actifs dans leurs prêtres de fagon continuelle; comp. § 70 première ligne et 3J 158.). 44 204 205 § 35 Prêtresses jumelles. Cn ne peut sacrifier a vn die-J-jumeau (a 11) que par I'intermédiaire d'une prêtresse des dieux-jumeaux; cestune vieille femme qui a été elle même mère de jumeaux, encore en vie tous les deux, ou mort 6 seulement après avoir atteint I'age adulte. § 36 Frêtres des dieux inférieurs - Possession Le pouvoir nagique des gado itenticnnés dans les § 12, 23 , 24 est appelé obia par les Noirs Réfugiés. Le Djuka est lié a 1'un de ces gado pour tout le teaps de sa vie; le gado se coznporte comne il est décrit dans le § 10. Mais de nombreux Noire Régugiés (C 4l parle a.êae de "presque tous") sont en outre lies a un cu plusieurs autres gado de telle sorte qu'un gado (un seul a la fois) de temps a autre eopüt son porteur (ha£i, cheval) et lt conver tit en possédé. On appelle obiaman la personne a qui cela arrive. Pour autant <jue I'obia man se sert de son pouvoir d'aider nous pourrions I'appeler prêtre du gado en cause, ou prêtre-nédecin, ou homme-nédecine (8). Un bon gado est hereditaire et passé a la mort de son porteur dans son fils ou son cousin; si une femme s.eurt, eu si elle devient vieille et s'abêtit, son gado passé dans vn membre féminin de sa familie. L'obia peut inspirer•quelqu'vn sans que la moindre préparation ait pré cédé. Le possédé s'éveille du sommeil et parle soudainement Kromanti (§ 2); cela peut arriver en plein jour. Au début il parle de fagon confuse et ce qu'il dit nest pas tres com préhensibie. Les obiaman ainés se chargent alors d'attirer le possédé; leur obia (winti) commence aussi a les inspirer eux-mêmes. Ces obiaman demandent au gado qui vient de se révéler pour la première fois comment il s'appelle, d'oü il vient et dans quel dessein il se révèle dans cette personne-ci. Il est possible que la réponse vienne immédiatement mais il arrive aussi que ccci ne réussisse que la deuxième fois que cette personne entre en extase. Il peut aussi se passer quelque temps avant que le gado ne s'exprime claire ment et ne parle plus de fagon incoherente. Pour obtenir qu'un gado s'exprime d'une fagon claire , on suit parfois tout vn traitement: la personne en cause prend des bains de simples, est en duite de pommades faites de simples auxquelles on a mélange du pimba (§ 56); on lui prescrit une fagon de vivre, par exemple de s'abstenir de certains mets et bojssons; presque toujours on lui interdit d'avoir des rapports se xuels et même de parier avec une femme. Ce gado peut être vn bon esprit, mais aussi vn mauvais, par exemple vn Ampuku. On prie vn mauvais esprit soit de s'en aller, soit de se convertir. Parfois un adulte, par exemple un oncle, demande de se faire dcnner un gado, pour que ses experiences et sa sagesse ne soient pas perdus aprè6 sa mort, cais puissent être donnés a un garcon qu'il trouve sympathique et qu'il croit capable. 45 206 Il arrive souvent qu'un jeune homme se sente attiré par le métier d'obia man, et qu'il soit instruit en échange de beaucoup dargent par vn ou plu sieurs obiaman Sgés. Le maltre lui prescrit des bains de simples, a prendre a certaines heures du jour et de la nuit; interdiction de toute relation, or dinaire et sexuelle, avec les femmes (I'homme ne doit même pas manger ce que sa mère lui préparé); des pénitences, comme le jeune et pendant quelques jours ne manger que ce dont on a absolument besoin pour ne pas mourir; être battu avec vn sabre chaud (le jeune homme orie-t-il ou se trouve-t-il grave ment brülé, c'est vn signe que les préparations n'étaient pas encore suffi santes, et aussi en général qu'il nest pas suffisamment apte). Les péniten ces consistent aussi a projeter dans les yeux le suc de plantes acides, même celui du poivre de Cayenne, a couper la peau et a frotter les plaies aveo des matières caustiques; a faire ingurgiter de grandes doses d'aloool a la fois. Soudain et de fagon inattendue le gado se manifeste dans I'élève, et gé néralement parle clairement dès la première fois. Ordinairement I'élève a reclame vn certain gado, mais il arrive que ce soit vn autre qui se manifeste; on croit alors que ce dernier gado aime plus la personne en question que I'au tre, et on dit "si nous I'avions su, nous aurions commence dès le début a employer les simples qui e'aocordent avec ce gado-oi ". Pendant la période d'entrainement on exécute a époques fixes (il faut pour cela faire attention a la position de la lune) des danses gado avec le tambour (apinti), auxquelles sont invites tous les obiaman de la contrée. En général on entraine plusieurs élèves a la fois, et il arrive souvent qu'un élève, qui regarde la danse des obiaman et du peuple, et qui nest pas possédé par vn gado, ou qui participe a la danse, soit tout a coup possédé par vn gado . Souvent aussi quelqu'un qui n'a rien a voir avec la fête, et qui est cou ohé chez lui dans son hamac, ou qui passé pres du terrain de la fête, est pris par un gado, court au terrain "comme un possédé", oommence a danser et parle Kromanti. Dan6 ces phénomènes de possession spontanée il e'agit toujours d'un gado exceptionnellement fortj tous 1'adorent et se mettent a genoux devant Ie danseur. Exemple: on instruit un garqon afin que Djibri (1'esprit du tigre) entre en lui. Pendant la danse gado un membre de sa familie est tout a ooup 'c pris par 1'esprit du Djadja (1'ocelot, qui passé pour Ie frere alné du tigre parce qu'il sait saisir sa proie de ses deux pattes de devant). On considère alors ceci comme üne faveur exceptionnelle ou une bénédiction venue sur la familie. L'apinti est nonseuleraent joué pendant toute la danse gado, mais aussi lorsqu'on fait subir aux candidats pénitences ou autres (oe qui est effectué par les obiaman qui sont possédés par leur gado; ce ne sont pas les hommes qui agissent mais leur gado) jouer de I'apinti est indispensable, oertains dieux I'exigent. On prononce certaines formules grfice au langage du tambour. Un homme qui dispose dun des Kromanti-gado, peut introduire des Kroman ti-gado dans d'autres personnes, ainsi que celui qui aun des Dahome-gado ou vn des Loango-gado. Les Djuka sont les serviteurs des Kromanti-gado. L'en trainement dun obiaman coÜte tres oher; I'élève doit verser beauooup d'aloool et doit ensuite donner des oadeaux et de I'argent a son maftre. Les femmes ont souvent vn gado, mais n'agissent jamais comme prêtresse de ce gado, et sont d'autant moins en mesure d'offrir vn sacrifice aux Gran yorka; tout ce qu'ellee peuvent faire est d'être la et d'applaudir avec les autres.(Sp 40 mentionne: Il se passé des choses tres impudiques dans oette 46 207 208 partie de I'idolfitrie oü des femmes jouent le rfile principal. Danoe 77 fait mention d'exoès sexuels pendant la possession par Minye mama, chez la popu lation de la cête de la Guyane britannique. Voir cependant § 53). Pour indiquer que quelqu'un dispose de pouvoir magique on emploie souvent I'adjectif "mÜr" (D*après Ho II 264 les Noirs Réfugiés crurent que les Noirs domestiques étaient plus cultivés ou intelligents qu'eux-mêmes, ce qu'ils exprimèrent par "moro lepi" plus mür, mais peut-être voulaient-ils dire "plus mür en force magique", oomp.2H 55). Un t apv (amulette, § 59) na la force de protéger contre le wisi (sorcellerie) que si I'obiaman qui a fabriqué le tapu est plus mür (moro lepi) que le wisiman. Un Sararaacca vivant chez les Bonni se donna beaucoup de peine pour obte nir un gado. Il fit beaucoup de frais et endura des privations et des raaux de corps, raais bien que Ie traitecient ait été continue pendant des années, Ie gado ne s'empara jamais de lui. Pendant les séances, oü plusieurs obiaman étaient présents .pour 1'aider, ceux-ci crurent chaque fois être sur Ie bon cheoin et lui posèrent alors la question :"Laleni (son nom), es-tu encore ici?" A leur grand étonnement la réponse fut toujours :"0ui f je suis encore ici, je me sens exactement comme au moment oü je m'assis"; "mide krin ai 11 , c'est-a-dire j'ai encore les yeux clairs, ou :ma conscience ordinaire est tout a fait intacte. Si 1'opération produit un résultat, 1'approche du gado se manifeste lorsque la personne en question, si on lui pose des questions, donne des réponses confuses et devient rêveuse. Si vn obiaman sert d'intermédiaire dans une maladie (§ 8l) il évoque son gado ou le fait évoquer par vn obiaman plus figé. Dans ce dernier cas I'ainé prononce le nom du gado et dit :"grantanyi, kong na na biya hedde" (s'il te plait, viens dans la tete de mon camarade). Celui dont le gado est évoqué ne remue pas et regarde; lentement son regard se fige et tout a coup il sursaute, bondit et parle Kromanti; selon les con ceptions des Noirs Réfugiés c'est le gado qui le possède, qui parle.(deG.: le Kromanti-gadu vient dans votre tête) . Si I'obiaman veut évoquer son gado lui-même, il se met a I'écart dans une petite cabane, I'obia-hoso ou obia-masanga, oü il s'enduit avec le suc de plusieurs simples et avec I'indispensable pimba. Il prend le maraka et commence a le secouer et chante des chants obia (gado singi, voir aussi 1G 57) dans lesquels il demande I'aide de son gado et le prend a témoin de sa dévotion et de sa soumission; il dit au gado qu'il se sent impuissant et donc que son aide lui est indispensablc. Après peu ou beaucoup de temps le gado s'empare de lui, et de sa bouche sortent des mots indiquant la cause de la maladie et la methode pour la soi gner. Quelques assistants écoutent ce qu'il dit et ensuite, si c'est nécessai re, aident a traiter le patiënt. Souvent I'obiaman possédé court dans la fo rêt et revient avec plusieurs simples ou racines de plantes ou de tubercules (tayers) dont on doit préparer la médecine. Il existe,une science des sim ples distincte, mais je ne sais pas les simples qui sont appliqués dans les différents cas.(C22 "tres souvent les simples indiqués a ces occasions sont tres bizarres et ont de bons résultats"). Si Ie gado déclare que la maladie a une cause compliquée, que par exem ple Ie patiënt est tombe malade parce qu'il a, il y a longtemps, commis pika do (l'inceste), un grand nombre de ca-do sont nécessaires. S'il n'y a pas de porteurs de oes gado dans Ie village, on fait appel a ceux d'autres villages, 47 209 ce qu'ils font habituellement payer cher par la familie. Parfois les obiaman possédés par le gado sont assis ensemble et délibè rent sur le cas. Tout a coup quelques-uns d'entre eux, des anciens, courent dans la forêt, reviennent avec des simples, saisissent vn des jeunes qui sont restés, I'enduisent de ces simples, le font souffrir, parexemple en proje tant des sucs caustiques dans ses yeux. Ce jeune homme est alors mis dans une telle condition que soudain de sa bouche sort le seoret qu'on avait jusqu'a ce moment vainement cherché. On suppose qu'un gado plus vieux et plus sage, qui ne se révèle presque plus, s'est servi du jeune homme en question pour se prononcer; aussi parle-t-il d'une voix d'ainé dont I'autorité est reconnue. Après que les obiaman sont revenus a la conscience normale, ils ne se rappellent rien de ce qu'ils ont dit; c'est pourquoi il y a toujours vn ou plusieurs auditeurs presents. Il peut arriver qu'on se soit réuni plusieurs fois sans succes. Dans ce cas on exécute une danse gado et il est possible que I'un des danseurs en pos session crie la cause de la maladie. Pour les différentes maladies il y a différents gado. Par exemple pour une femme en mal d'enfant on invoque I'aide de Dinga-gado, qui indique les simples dont on doit enduire le corps de la femme ou qui doivent être bus pour accélérer I'accouchement. La cause dun accouchement difficile se trouve dans vn fiofio ou dans vn kunu, ou dans autre chose. Un homme a inocemment abattu vn arbre autour duquel il y avait abrasa, la liane-assassin. Cela porte malheur: catastrophe, maladie ou mort. Pour annuler le mauvais sort ou pour le pr<ivenir on cherche I'aide dun obiaman, et de préférence vn qui soit lié avec le Djasofu-gado, mais s'il est impossi ble de trouver eet obiaman, on peut aussi travailler avec celui dun autre gado . Une femme a une vision: dans une pierre sur le sentier qui mène a son champ demeure vn esprit. Elle demande aux obiaman de le vérifier et ceux-ci le confirment. Prés de cette pierre on plante alors de petits drapeaux et I'endroit devient vn lieu sacrifioiatoire; pour la femme c'est l'esprit de garde de son champ. Quelqu'un qui, même sans s'en rendre compte, ferait ses besoins naturels prés de eet endroit, serait frappe par une maladie ou catas trophe auxquelles on doit porter remede selon le prooédé habituel. On croit que celui qui est possédé par un gado est en oommunion avec ce gado et peut Ie voir» Mais lorsque Ie gado se relache et que Ie possédé est revenu a la conscience normale, il ne sait plus rien raconter de ce qu'il a éprouvé. Le gado s'est révélé dans ce que Ie possédé a dit, et c'est ainsi que ceux qui écoutent 1'apprennent. Une fois j'ai entendu vn homme en possession parier de quelque chose qui lui était arrive. Quand il revint a lui et qu'on lui dit ce qu'il avait racon té, il dit :" cela ne s'est jamais passé, le gado a menti". Deux jours après il reprint de la forêt avec son frère et rapporta que ce qu'il avait raconté en extase s'était mamtenant passé enréalité. L'évènement était tel: Ils a vaient vu vn esprit qui disparut tout a coup; ils voulurent s'en aller et vi rent l'esprit pour la deuxième fois; ensuite ils virent vn tigre (ou vn ser pent) et dirent:"maintenant l'esprit s'est manifesté sous une forme dangereuse et il nous faut nous en aller". De 6 années après, le gado de eet homme ne se révéla plus, mais vn autre esprit s'empara de lui et se fit connaltre comme l'esprit qu'il avait rencontre cette fois-la, et qui avait toujours été son esprit gardien. 48 210 § 37 Prêtres des dieux inférieurs.-Possession (suite) L*exemple suivant montre comment vn homme possédé par vn gado est I'ins trument involontaire de forces ou de pouvoirs spéciaux : Un soir sur I'embouchure du Gonini, vers 1912, j'étais en compagnie de quel ques Djuka, parmi lesquels deux jeunes hommes, Fikki et Tani, et vn homme plus Sgé, Blaka Hati Kauru. Tani était vn obiaman-novice et se trouvait jus tement dans la période oa le gado devait se révéler pour la première fois. Fikki s'en moqua: en quelques mots Kromanti (langue véhiculaire des gado) il railla le gado qui se trouvait dans Tani. L'ainé des hommes le mit en garde, et comme je ne comprends pas le Kromanti je lui demandai ce que cela signi fiait. Il m'expliqua que Fikki était en train de vexer et d'agacer le gado de Tani. Au même moment Tani, qui avait jusque-la écouté et ri tranquillement, sauta de son hamac (il était 10 heures du soir) avec vn terrible vacarme et fit toutes sortes de gambades. La cabane oü se trouvaient les deux gargons se trouvait a environ 6 a 7 mètres de la mienne; en deux sauts il franchit cette distanoe et se trouva en face de ma cabane, la figure figée et les yeux exorbités, palabrant sans arrêt en Kromanti d'une fagon agitée. Dans ma cabane j 'entretenais un feu haut, sur lequel j'étais en train de faire bouillir de 1'eau de boisson. Tani y alla, saiait la marmite et la fit tournoyer d'une telle fa$on qu'une partie de 1'eau bouillante ooula sur son corpa; puis il poussa du pied Ie trépied sur lequel reposait la marmite et se mit a danser dans Ie feu jusqu'a ce que celui-ci soit presque éteint, revint, et continua a palabrer, mais de fagon moins agitée^ A ce moment-la il était temps pour Blaka Hati Kauru d'intervenir. Jusque la il m'avait rassuré, disant:"laissez-le, il sera plus calme après". Il s'ap procha de Tani, qui pour lui était a ce moment-la. un gado et a travers qui parlait le gado, s'accroupit a ses pieds et lui paria en Kromanti. On pou vait voir que Tani devenait de plus en plus calme et sa figure se détendit. Tout a coup, avec vn cri épouvantable (comme quelqu'un qu'on tire du sommeil) il reprit sa conscienoe normale et fut étonné de se trouver dans la cabane de quelqu'un d'autre. L'homme alné paria ensuite "gran tanyi, gado", beaucoup de reconnaissanoe, divinité. Sur les pieds et le oorps de Tani on ne voyait pas tracé du contact avec I'eau bouillante et le feu; ccci a souvent été constaté. Deuxième exemple: On tenait vn brokodéi (§ 84) a Pikinkondre prés de Drietabbetje en 1920. Il était tard dans la soiree et comme je ne pouvais m'endormir a cause du bruit de la fête, je me rendis au terrain de danse, prés du fragatiki (§ 55)» J'y étais assis depuis quelque temps lorsque j'en tendis a quelque distance vn bruit infernal, des chants Kromanti et des ex olamations; vn gado s'était révéle dans vn jeune homme, nommé Bayuko. Bayuko avait a peine commence lorsqu'un deuxième, son cousin Kuyuko, commenca a I'aooompagner• Je trouvai cela interessant et voulus y aller, mais vn homme Sgé, Gagu (a présent Granfiskari du Tapanahoni) me dit:"Non, Monsieur, vous feriez mieux d'attendre ici, car ils doivent en tout cas venir au fragatiki; ce sont de nouveaux gado qui se sont manifestés dans ces hommes; ils viennent de réussir a se faire entendre" (Viem tongo broko", litt. leur langue est brisée, c'est-a-dire ils peuvent s'exprimer en langage humain). Je dois noter 49 que pendant des mois entiers ces gens font entendre des bruits indistincts, jusqu'a ce qu'un jour ils s'expriment tout a coup en pur Kromanti. Aller au fragatiki veut dire :présenter ses respects aux Granyorka . Ccci arriva et les deux gargons en toutes sortes de danses élégantes allèrent autour du fragatiki toujours agitant le krontiki (§ 54). Le village était bati sur un terrain tres accidenté et a environ dix mètres de distanoe le sol descendait pendant .5 a 5 mètres, une pente assez raide, au bas de laquelle se trouvait un tas d'ordures avec un grand nombre de bouteilles et de pots cassés; un homme ordinaire pouvait difficilement, même de jour, le traverser sans se blesser. Après avoir dansé quelque temps autour du fragatiki, les deux jeunes hommes allongèrent leur danse jusqu'a être en face de ce tas d'ordures, et d'un saut, comme un poisson qui sort de 1'eau et replonge tête en avant, 1'un des deux disparut dans la profondeur, la tête la première, suivi immédiateraent par 1'autre. Tous deux disparurent dans la forêt, oü il faisait noir comme dans un four; on pouvait les entendre chanter a haute voix des chants Kromanti et prononcer des formules, et leurs voix s'éloignèrent de plus en plus. 211 Les afnés étaient ravis des performances des gado et Ion félicitait le maftre qui avait mis les gado dans ces gargons comme on loue vn maitre de son métier. Pendant ce temps les chants et le bruit que faisaient les deux gar gons continuaient dans la forêt, mais comme déja minuit était passé depuis longteraps, je quittai le terrain de fête et cherchai mon hamac. Le lendemam matin de bonne heure j'étais assis devant ma maison, quand les deux gargons partirent pour la chasse, munis de fusils et de sacs de chasse. Je les arrêtai pour bavarder au sujet de ce qui s*était passé la nuit d'avant."Oui, les adultes leur en avaient déja parlé; eux-mêmes ne se souve naient de rien. Bayuko était dans son hamao lorsque le gado tout a coup et sans avertir s'empara de lui. Kuyuko, qui dormait dans une autre cabane, sur sauta au bruit que faisait Bayuko; il parut alors que lui aussi était possé dé par le gado." Pas question que quelque blessure eüt résulté du saut a travers le tas d'ordures,et encore moins de la fatigue. Il arrive parfois qu'on se blesse; on dit alors que cette personne a péché contre le i;ado. J'affirme ici que j'ai plusieurs fois assisté a la scène oü quelqu'un fait semblant d'être pos sédé par le gado. Ccci arrive souvent avec des ivrognes qui, rêvant d'une goutte, pretendent que leur gado exige vn verre. Comme on le sait, c'est la croyance des Noirs Réfugiés qu'il faut obéir a tout désir exprimé par le gado. (C22 rapporte : Presque tous les Noirs Réfugiés ont Wentl ou extases de la furie de danse-idole africaine, qu'il faut voir pour pouvoir Ie croire et Ie comprendre. Souvent ils savent danser jusqu'a cinq minutes dans un feu fort et les pieds nus sans attraper la moindre brülure, et sane qu'aucun signe de bruiure soit visible). 212 de G.Journal de la descente du Tapanahoni en canot Djuka, le 25 novembre 1904: Dans le rapide Agidisinge le bossman dun canot, Apauwisi, est piqué au pied par vn siparl(une raie). Nous nous arrêtons, on suce la plaie et on don ne vn petit coup de rasoir dans le pied; sur les deux plaies on frotte vn peu d'une poudre noire qu'ils ont sur eux dans une petite bouteille dans une bo£te. Et on lui fait prendre (a défaut de liraons) de I'acide oitrique de ma bolte de médecine. Nous continuons. Sully (vn des passagers) pilote le bateau, car le malade a mamtenant tres mal. Il gémit et commence a parier gadu tongo, 5 On essaie d'empêoher le retour dun mauvais yorka en jetant le corps, eto.; peut-être aussi la punition d'être brülé vif avait certains rapports aveo cela. On essaie d'apaiser des yorka ordinaires par ledeuil, les offrandes et les fêtes. Les Granyorka deviennent des intermédiaires entre dieux et hommes. Paramaribo-La Haye, 1937-39. C.H. de GOEJE. 50 213 o'est-a-dire Kromanti: hei hei hei, tangka tangka, pioka pioka, plawa (4x), tangka, koto (2X),""hë*i hei, pasyi (SX), tloki (SX), kille (SX), plawa, pioka" etc. Un peu plus lom nous nous arrêtons et les Djuka se mettent a écouter comment parle l'esprit et en signe dassentiment on applaudit tout bas. D'aprcs eux l'esprit dit:"le chef (celui qui a fabriqué I'ojbia de A.) est malade, et I'obia punit A.paroe qu'il deseend la rivière au lieu d'aller visiter son chef (Mainsi).(Comp.lP 162 fil d'esprit entre I'objet et I'obia man qui y a mis l'esprit). de G., le 3 aoÜt 1907, une grande fête de danse winti ou gadu-pré (pré=jeu, fête) est donnée a Drietabbetje, voir 1G 45-49. de G. Journal de la montée du Maroni, le 21 juin 1937 a Amekan-Kondre (Noirs Réfugiés Paramacca) : Quand tout est silencieux, vers 8 a 9 heures, nous entendons deins Ie village des gémisseinents heurtés, alternés de discours rapidesj nous y allons. Maisons immobiles au clair de lune. Le son nous guide. Arrivons a une cabane ouverte. La, sur un petit banc, un honime; figure et corps, jambes et bras tout blancs de pimba (qu'ils déterrent a un c ertain endroit), un maraka dans la raain fjauche qu'il agite sans cesse. Deux jeunes hommes sont pres de lui, ils écoutent ce qu'il dit et de temps en temps répondent "oui", ou 1'un dit a 1'autre ;"yu yé? (tu 1'entends?). Alternativenent 1'homne fait entendre quel quec géciissements profonds et parle assez vite; plusieurs mots semblent Nègre- Anglais. Les deux assistants qui nous adressent la parole sur-le-champ, disent que 1'homine parle Kromanti. C'est un obiaman, un busi datra (médecin de forêt) ils expliquent: Kromanti-obia est en lui, parle par sa bouche. Il donne des conseils pour un enfant malade, et les assistants apprennent qu'une personne décédée depuis longtemps déja cause la maladie de 1'enfant et qu'on doit " pur watra, pur sopi" (verser de 1'eau et du rhum) et qu'ilf aut laver 1'enfant avec certains simples. L'obiaman s'est mis dans cette extase au moyen d e sim ples et en invoquant son obia. S'il faisait jour il porterait également des anneaux de bras obia et orfaements semblables . De temps en temps on chante, on dirait une sorte d'invocation, qui s'é teint ensuite. Après quelque temps (au total il aura été en extase une heure environ) il secoue de plus en plus vite le maraka et le son diminue. Un assistant dit: "le winti le relfiche". La mam qui tient la maraka tombe sans force. Il s'é veille pour ainsi dire, enlève le pimba de son visage et de son corps avec une serviette, et lorsque nous allumons notre lampe éieotrique, nous aperoe vons vn Noir ordinaire, plus si jeune (Paramacca) qui répond tranquillement a no6 questions. La maraka consiste en une calebasse sphérique, d'environ 15 cm de dia mètre, a travers laquelle on a mis vn bfiton, dont le bout est fixé dans une cassure (comp.§ 54 kromtiki) . La calebasse est ornée a I'extérieur de figu res en bas-relief, et a I'intérieur se trouvent, d'après ce qu'on dit, cer taines graines. Le 26 juin a I'établissement Djuka Odun sur le Lawa: A I'extrémité du village prés du bord de I'eau se trouve une plateforme sur poteaux; des franges de feuilles de palmier Maripa tombent du parapet (§ 6l). Sur la pla teforme se trouvent vn seau rempli d'eau et vn pot de fer avec des simples dans de I'eau, et une bouteille de fer qui sert de sonnette. Plusieurs fois par jour vn jeune homme se rend sur la plateforme, sonne la sonnette (§ 63), 51 se lave avec les simples en pronongant des mots et s'enduit de pimba, mélange a I'eau. C'est pour obtenir vn obia Kromanti. Il fait ccci pendant trois mois, puis on joue de I'apinti pendant la jour née, et I'obia vient en lui. Après cela il peut toujours évoquer son obia quand il le veut. Ensuite on doit se laver avec les simples seulement après des intervalles de quelques années. Tout le monde na pas vn obia. Le 2"] juin sur le Lawa. Mon pilote commenoe vers midi, tout en pagayant, a parier Kromanti, aveo la voix caractéristique heurtée et profonde qui s'a chève en vn chant bas: son obia qui est Kromanti, prie la divinité Grantata. 30 juin. Une femme de la ville vit pendant Ie voyage sur Ie cours supé rieur, comment un obiaman Noir Réfugié donna des oonseils sur une maladie. L'obiaman s'assit; un autre "pur watra" (verse de 1'eau) devant ses pieds et invoque Ie gadu de l'obiaman» L'obiraan, qui était assis la tête penohée, commenca a frémir et soudain poussa un cri; Ie gadu 1'avait possédé. Puis l 1 autre mit du pemba devant les pieds de l'obiaman et celui-oi s'en enduisit• Ensuite tous les assistants saluèrent Ie gadu en pointant un doigt et en tour nant la main autour de ce doigt. L'obiaman donna des indioations. On entra dans la forêt pour chercher deB simples, on fit un bain de ces simples, on 1'apporta a la femme malade, quiétait comme morte et on 1'aspergea. Enfin la malade revint a elle et demanda:"comment suis-je devenue si mouillée?" 21*+ SAR Pour évoquer vn esprit Koma(n)ti les Noirs de Ville disent Kromanti; c'est vn winti; il vous faut être possédé par eet esprit, avoir oet esprit pour assistant. Celui qui le désire devient I'apprenti dun chef (maltre obiaman) qui dispose de eet esprit lui-même.(Voir aussi 1H 314 et la suite, et 2J 314 surveillance dun jeune homme s'il dispose d'une aptitude). Le sym bole de Kromanti est I'arme : fusil, sabre, bfiton. L'apprenti commence par prendre vn bain de simples pendant huit jours. Puis le chef prend vn sabre et commence a chanter et a danser et l'apprenti, pendant qu'ilest encore en train de prendre son bain, commence aussi a dan ser. Lorsqu'il a terminé le bain, le chant continue et le chef le frappe avec le cöté tranchant du sabre; il nest pas blessé. Ou bien le chef tire sur l'apprenti avec vn fusil; il nest pas blessé.» On retrouve la balie (ohevro tine) dans une assiette de médieaments (des simples, je ne sais plus exaote ment lesquels) . Celui que possède Kromanti peut aller dans une brousse épi neuse (palmiers Awara) ou jouer aveo du feu sans que cela lui fasse aucun mal. J'ai vu tout cela, dit mon informateur, excepté le tir, dont j'ai seulement vu les préparatifs (comp. van Coll 553, 1H 338-340, 3J 89). L'élève est mamten ant protégé contre tout danger. Si par exemple plus tard une branche tombe sur lui, il appelle :"hé Komanti" et la branche tombe a oSté. Ou si quelqu'un veut I'abattre avec vn sabre il dit ces mêmes mots et le sabre ne le touche pas, ou se brise . L'apprenti paie le maitre, par exemple avec des panyi (tissus) et du sopi (alcool). Mamtenant il peut évoquer Komanti lui-meme. Il vous faut pren dre garde de ne pas le menacer dun fusil ou dun sabre, ou sinon c'est vous même qui aurez vn accident• Le maitre parfois danse encore Komanti pour voir si l'esprit est enoore en lui; il s'exeroe, tout comme les militaires. Quelqu'un qui danse Komanti voit les esprits, pendant qu'il est possédé, mais après il ne sait rien en dire; c'est vn phénomène inconsoient. 52 216 Un Saramaeca, au service de la Mission Néerlandaise de Délimitation de frontières,l93s, vn matin était malade et fièvreux. Peu de temps après midi il commenca a. pousser des cris inhumains, jeta des objets, brisa une bouteil le et frappa ses mams dans les tessons. Ensuite la possession diminua sou dain après vn frisson, et il alla se laver. Cette possession se répéta encore souvent et c'était si ennuyeux qu'il fallut renvoyer eet homme. VILLE Les noms suivants sont, ou étaient, en usage: ce qu'éprouve le possédé winti (vent), mapokro (1P 170, Wu 2); l'esprit qui cause la possession winti, winti-mama , afkodrai (idolfitrie) 2H 58 Komfo; le porteur dun ou plusieurs de ces esprits :winti-nan, obiaman, sabiman (MX), bonuman, obonu (femmes aus si winti-mama, obiamaaa, watramama, Wu 288, Benoit 25) • Ü"n lukuman est plu t6t quelqu'un quifait son métier de travailler avec du winti et des sorcel leries; vn mauvais lukuman est déja plus ou moins vn wisiman (§ 48). On me dit encore que le lukuman (luku=voir) est une sorte de clairvoyant; vn luku man qui possède vn •■vintl regarde dans le miroir, puis dans vos mams, et vous raconte I'avenir ensuite (voir aussi 2H 56 et la suite). Un bonu serait d'a pris mon informateur, vn certain dres ou drésiman (drési=médioament).voir ensuite 1P 18l et Ene 275). A juger d'après ce qu'on en dit, le métier de lu kuman repose encore presque entièrement sur I'ancienne magie Négre, mais ce que font ces hommes a peu ou pas de valeur et on parle même de tromperies sans scrupules. Quelqu'un qui a son winti en lui, est parfois appelé tuhedde suma (hom me a deux têtes) car a ce moment-la il y a vn autre en lui, il nest plus lui-même. Un bon winti est aussi décrit par le mot "bonheur" tandis qu'on em ploie le mot "bribi"(foi) pour designer vn esprit (1P 172, 158, 2H 99). Le mot mapoper selon van Lier nest probablement pas vn mot Nègre-Anglais; il est employé par les plus instruits comme collectif pour tout ce qu'on entend par afkodrai, winti, bakru, etc.; agir avec des "mapoper" c'est agir avec des moyens supernaturels pour son propre avantage matériel. Si quelqu'un meurt, son winti passé dans son petit-enfant (voir ensuite 2H 68 et la suite). On peut' aussi obtenir winti si 1'on coupe quelque chose dans la forêt et si Ie winti qui se trouvait dans eet objet s'empare de vous. Celui qui a tué un serpent dagowe ou -papa, et qui est poursuivi par la "mama", la mère (esprit) qui chevauchait oe serpent(le potteur d'un winti est appelé nasi, cheval) réconcilie catte "naca" par Ie chant cité dans 1P Dagowe, Ie petit gargon (probablement "moi") désire Ie dagpwe. Mère (esprit) j'ai jeté Ie serpent (tué) mais je ne vous ai pas jeté." Selon 1P 171 et d'autres, on exécute de préférence les danses winti sous un kankantri (ar bre Ceyba) oü les winti preferent se tenir. Le Kromanti-winti (d'Afrique) entre en vous lorsque vous êtes vn petit enfant • A une fête winti vous sentez que le Kromantl-winti est en train de venir sur vous, et vous demandez d'abord a votre akra. Car I'akra "mv gi passi" doit consentir au passage; I'akra est le chef de tout. "Vu merki eng na yu skin" vous le sentez (l'esprit qui veut vous posséder) dans votre peau. (Etn 1/90 rapporte, 1743: les enfants sont emmenés prés du tombeau de leur ancêtre et celui-ci énonce quel dieu aura l'enfant. Si l'esprit se présente alors que vous allez a I'église, vous savez qu'il vous rendra malade et vous n'y allez plus. Si vous voulez aller a I'é glise il vous faut demander a votre winti, s'il vient dans votre tête. S'il est d'accord vous pouvez y aller.(Comp. aussi 1P 169-170). 53 Mon informateur a dansé winti lui-même;"votre raison vous quitte alors". Il a vu des hommes danser dans le feu et grimper dans vn palmier épineux. Un Indien Arawak me dit que le piai Indien (homme-médecine) comme il était autrefois, ctait plus fort qu'un wintiman. Le piai voit les esprits, le Noir ne les voit pas, même pas dans le reve. Le piai sait faire venir a lui le djodjo ou I'akra de quelqu'un, tandis que le wisiman Noir doit pour cela se rendre a I'endroit oü se trouve le djodjo. Van Lier raconte: En 1910, récoltant de la gomme de Balata sur I'embou chure du Gonini, je donnai une fête pour les ouvriers dans une baraque. Des ouvriers de défricheurs voisins étaient venus aussi, de sorte qu'il manquait de la place pour mettre les hamacs. Un des Noirs de Ville , Griffit, avait mis son hamac pres du toit de la baraque, a une hauteur de plus de 3 mètres. La fête n'était pas encore ter minée lorsque Griffit se coucha. Tout a coup nous I'entendfmes pousser des cris qui semblaient venir d'une béte, et avant peu Griffit tomba de son hamac avec sa poitrine juste sur la souche dun arbre, avec vn choc si terrible que je ne fus pas le seul a croire qu'il était raide mort. Mais Griffit était possédé par Ie soi-disant dagowe-winti, c'est-a-dire 1'esprit d'un serpent dagowe (serpent tapis ou serpent papa)qui était entre en lui. Il se déplaga sur Ie sol dans la boue de 1'enclos comme un serpent dagowe. Puis il arriva une chose tres remarq.iable. Grif fit était un petit hom me peu fort, tandis que Zeeburg, un autre ouvrier, était un homme terriblement fort et robuste. On ne savait pas quoi faire., personne ne sa/ait comment exor ciser Ie winti , et Griffit continuait a ramper dans la boue. Zeeburg, plutöt par hSblerie que par vérité, se dit exorciseur de winti, s'approcha de Griffit, s'accroupit pres de lui et commenga a lui frapper doucement sur 1'épaule, di sant "dagowe, na cd. dia" (me voici Dagowe)"yu basi Fiki" (ton maatre Fiki). Nous vfmes que Griffit courbait son bras autour de Zeeburg, qui était toujours assis pres de lui, Ie prit par la taille et entralna eet homme herculéen qui, se défendant de toutes ses forces, ne put pas se libérer de cette poigne et même comraenQa a perdre Ie soufflé. Lee autres ouvriers ne purent pas Ie libé rer non plus. 217 Ensuite vn vieux Noir, Pa'Mari, demanda si quelqu'un possédait vn morceau de lala-krabas (calebasse crue, qui a déja été creusée mais pas encore utili sée). L'un des ouvriers avait sur lui une de ces calebasses nouvelles, et le vieillard ordonna alors qu'on la remplisse de I'eau de la crique voisine. Puis il prit la calebasse pleine entre ses mams et jeta vn peu d'eau dans la figure de Griffit; la troisième fois la calebasse était vide et, trépignant, il paria trois fois:" dagowe, mi taki lus ing" (dagowe, je te dis, laisse-le". Griffit se détendit, ses bras retonbèrent sans force; il se leva, se frotta les yeux, changea de vêtements et rentra dans son hamac. Zeeburg dut être porté a son hamac, après que ses camarades lui eurent donné vn bain. Le lendemain matin vers six heures, lorsque j'allai a la rivière pour prendre un bain, Griffit venait d'en prendre un. Je lui demandai comment il se sentait, et il répondit :En bonne santé, monsieur". Plus tard j'appelai Griffit chez moi et 1'interrogeai au sujet de son winti. Il m'expliqua qu'il venait de la plantation Auca, oü, comme chez les Noirs de Brousse, presque tout le monde a un winti. La-bas, celui qui n'a pas un winti de naissance s'en fait mettre un. Ainsi le sien avait été mis en lui. Il avait choisi le dagowe, mals pen dant sa première possession, le winti avait révélé que lui, Griffit, ne devait jamais boire de genièvre. Il avait oublié cependant, le soir passé et il 218 54 219 avait bv du genièvre qui avait été distribué, et même il en avait pris pas mal. Griffit resta sain et diapos tandis que Zeeburg dut garder le hamac pendant trois jours. Van Lier a vu aussi comment vn Chinois de Banka (Indes Néerlandaises Orientales) qui n'était pas encore depuis vn mois en Surinam, employé par I'Exploitation des Mines Gouvernementales a Awara Soula (Lawa supérieur), re gut une possession winti tout a fait comme vn Noir Surinamien. 1P 178-79 relate que tous les winti ont la puissance de prédire I'avenir et de lire dans le passé; voir ensuite Introduction 11. Des Blancs ont souvent été témoins de cette possession Djuka. Van Lier comme ci-dessus, C 22, 1G 45-49; SAR plusieurs missionnaires Hernhutter, voir Stn, 3J $6-90, 1H 228-247, 322-343; VILLE 2H 79-82, 86-99. 5 3S Kandu. Chaque Noir Réfugié peut se protéger contrele vol ou les mauvais traite ments lorsqu'il quitte sa raaison ou son champ, en mettant vn kandu. Le kandu oonsiste en plusieurs objets, tels qu'un morceau de matapi(presse a manioc usée, vn vieux balai, vn bol de fafence cassé, une pagaie ,etc., et ccci, mis sur le sol ou suspendu en I'air, a une force de protection; une personne qui viole le kandu tombera malade ou sera frappee dun aooident. Il existe de nombreuses sortes de kandu, tous plus dangereux les uns que les autres, qui donnent différentes espèces de maladies ou d'accidents. Un exemple: vn homme veut protéger son arbre manya I 'qui porte des fruits contre les voleurs. Il prend par exemple une vieille calebasse, vn morceau dun sac de chasse usé, quelques fibres de 0000, des tessons dun bol de faT enee cassé, vn morceau de vieux sabre, au total 5 ou 6 objets, et les met en forme de petit tas a vn endroit bien visible prés du pied de I'arbre. On es time que I'akra de eet homme demeure dans ces objets (sans que I'akra quitte I'homme pour cela). Dans I'espèce des objets, dans la maniere de les mettre et dans les mots qui sont dits en les mettant, se trouve la nature de la ma ladie ou de la catastrophe qui frappera le coupable. La punition peut être i de graves douleurs dans Ie flanc, une constipa tion qui fait déchirer 1'anus pendant qu'on évacue, un mal au tibia. Il peut arriver aussi que Ie coupable, malgré lui, va travailler pour la peraonne lé sée; ceci est surtout Ie résultat d'un kandu contre Ie vol de produits agri oole6» Ou bien il devient oublieux, ou un wisi-wasi-man (homme de sottise, nigaud) ou bien il ne peut pas quitter 1'endroit oü Ie kandu a été mis, jus qu'a oe que Ie propriétaire 1'y trouve. Le kandu peut être enlevé, en plus de celui qui Ia mis, par ses parents, hommes ou femmes, s'ils ont le même boassi-kina (§ 13). BONNI Selon Axwijk, évangéliste a Cottica, chez les Bonni existent deux forts kandu : 1,-Une vieille pelle, suspendue devant la maison ou la plantation ou mise en* travers dun bateau. 2.- Du coton blanc déchiré en bandes, les bandes liées. Tous deux ressemblent a vn mort, et c'est en cela que se trouve leur force. SAR Sta 261; espèces de kandu, voir Schu 75, 76, 100; enlever kandu 1H 39. (DManjuier 55 220 § 39 Mula Une personne qui n'appartient pas au même boasi-kina peut enlever vn kandu s'il a regu le pouvoir de le faire de la personne qui a mis le kandu. Cette transmission de pouvoir s'appelle mula. Celui qui donne I'autorisation "donne mula", celui qui regoit I'autorisation "prend mula" . Exemple: Quelqu'un rencontre sur la rivière vn Noir Réfugié dans la maison duquel il veut passer la nuit, ou dans le champ duquel il veut tirer vn régime de bananes• Le propriétaire lui donne quelque chose qu'il porte sur le oorps, comme une pièce de son kamisa, ou quelque chose qu'il utilise quotidiennement, par exemple son sac de chasse. Il le remet mams jointes et tendues en avant, a I'autre qui le regoit de la même fagon. Celui-ci ouvre ensuite les maiha, le donateur soufflé trois fois sur I'objet donné, ce quiexprime qu'il vient de son coeur. L'autre alors frappe son front trois fois avec I'objet pour I'im primer dans sa mémoire, et trois fois sur son coeur pour reconnaïtre la haute valeur de I'action de donner et la sincérité avec laquelle on donne. La per sonne qui a regu peut mamtenant enlever et jeter les kandu ou les mettre temporairement de cBté, et mettre I'objet donné a la place, par quelle action le kandu pour lui est enlevé. L'objet donné doit ensuite revenir au proprié taire . Mula cependant a une signification encore plus étendue» Mula est parfois employé aussi par celui qui entraine quelqu'un a préparer un obia, ou une chose semblable. La personne qui donne mula déclare par les cérémonies qu*il exécute que son entrainement était donné de tout son coeur et avec son meil leur savoir. La personne qui regoit mula, par les cérémonies auxquelles elle procédé, imprime dans son cerveau et dans son coeur qu'elle ne 1'oubliera ja mais et lui sera toujours reconnaissante. On emploie aussi mula pour une transmission de pouvoir spirituel de I'un a I'autre, comme une déclaration ou vn oompte-rendu pour indiquer que celui qui Ia fait était tout a fait de bonne foi et que I'autre prend tout cela pour la vérité. § 40 Serment ( de G.) Le Djuka qui prête serment a Grantata qu'il ne fait pas de wisi (§ 19) doit boire, a cette occasion, vn mélange de simples, pimba et eau , préparé par vn prêtre. Celui qui le fait avec vn coeur impur n'éohappera pas aux mau vaises conséquences. ClB dit qu'il a été prouvé que celui qui le boit avec vn coeur battant ou inquiet, révèle souvent des symptfimes immédiats, comme vomir, se gonfler, pfilir.etc. (Ce que dit Ko 401 me paralt une erreur:"Boire le ser ment peut instituer une sorte de fraternité de sang avec le chef, qui gagne ainsi vn droit de sucoession entier et qui, dans I'autre sens, sépare totale ment le frère du sang de sa familie"). Cr 60 relate des Bonni:"Tout individu soupgonné de meurtre est obligé de boire le poison d'épreuve. Nous savons par expérience que I'éooroe servant a faire I'infusion présentée au oriminel, et quelquefois au voyageur que Ion veut ef frayer, ne possède auoune propriété toxique. Quand les accusés tombent en syn cope, ce qui arrive, c'est qu'ils se sentent coupables;" voir ensuite Par 21. 56 221 222 Un tel usage, nommé soi, existe chez les Sarasiacca: (3J 84, 1H 204); "la chose (l'esprit) que le grar.man a mis dans la boisson, agit"; IJ 454 relate que prendre cette boisson na qu'un effet laxatif. Stn 11/2/266 (voir aussi 1/91-92) rapporte de 1779, que la boisson consiste en de I'eau dans laquelle on a lavé le cadavre de I'empoisonné oü vn autre cadavre, en vn peu de terre du tombeau du mort, et en quelques simples, tenus soi gneusement secrets; celui qui la boit, selon la croyance, enflera immédia tement s'il est le meurtrier. Un mélange de sang est bv, semble-t-il, si des hommes ou des groupes concluent une alliance; on prend du sang des deux parties qui en boivent toutes deux. Ainsi l f ont fait les Djuka avec les Néerlandais a 1'occasion de la paix de 1760 et ensuite au renouvellenent du traite (Hartsinck II 800, Stedman I 93, Benoit 61, 2 Kp 235); les Djuka avec les deserteurs des Bonni (Wong 3O5)i avec les Matuari en I865 (Schneider 73)1 aveo un partioulier, M.Coster (C3 et la suite) et avec les Inddens Trio (2 Kp 369, 1G 215)-- Chez les Indiens Oayana en 1937 sur Ie Litani j'appris que quatre d'entre eux avaient bu du sang avec Ie Qranman des Bonni, Kwassi (Avinsai; photo de celui-ci 1F premier a gauche, Ve 173 troisième a gauche); depuis la mort d'Avinsai ces hommes se considèrent libérés du lien. Coudreau 251 re late qu'a 1'occasion de la paix entre les Bonni et les Oayana vers 1815» Ie serment a été confirmé par une boisson, nais il ne rapporte pas qu*on y ait mélange du sang. Lee Noirs de Ville aussi connaissent la boisson du sang (1P l8l, 2H 63). Serment sans boisson, voir 2H 85, 101. —van Lier rapporte de fagon plus -détaillée: Dringi brudu est a la longue tombe de plus en plus en désuétude et n'arrive aujourd'hui que rarement. Cestune action sacrée, généralement entre deux, parfois entre plusieurs personnes, qui concluent ain6i une alliance, soit de fidélité, soit d'aide mutuelle pour arriver a vn but commun. La violation du serment du sang en traine toujours la mort du coupable. Autrefois il arrivait assez souvent que des époux "d£ (fassent) dringi brudu". Sur le Tapanahoni j'ai assisté a vn cas oü vn jeune hoiame était mort soudainement et I'oracle (paquet saint) déclara que la mort était la conséquence de la violation du serment du sang entre lui et sa femme. Dans vn grand nombre de lo(je ne sai6 pas si cela s'applique dans toute la tribu), le dringi brudu entre époux est strictement interdit et toute infraction sévèrement punie. On conEidère le serment in dissoluble et la violation entrainant la mort, on doit se garder des étour deries dans cette affaire. § 41 Maudire. On se maudit assez fréquemment chez les Djuka. En renforcemént on se dépouille de tous ses vêtements, on s'asseoit sur le sol et on se déplace en s'appuyant sur les mams, de sorte que le postérieur traine sur le sol (srepi gogo) tout en pronongant la malédiction. C'est vn péché mortel con tre Grantata. Moins grave est fom anu na dotti, frapper Ie sol de la oain, ou fom tiki na dotti, battre Ie sol avec un baton. 57 Le sol a de la force parce que toute vie en provient et que toute vie y disparait; I'esprit du sol renforce I'intention. Voir ensuite § 19 et Stn 11/2/276 enlever la malédiction. § 42 Lobi dotti Exemple : Quelqu'un dit :"ce bateau est si plein qu'un accident arrive ra dans le premier sula (rapide) qu'il rencontrera". Un autre s'éorie: "lobi dotti na yu moffo" frotte ta bouche sur le sol. Ou bien il est lui-même ef frayé de ce qu'il a dit. Il ramasse vn peu de terre et la frotte sur sa bouche, et ainsi il y a symboliquement enterré ce qu'il a dit, o'est alors neutralisé. § 43 Ogri ai ( mauvais oeil) Quelqu'un regarde vn enfant par amour ou par jalousie. Si alors l'enfant tombe malade on pense que le yorka de celui qui a regarde est maitre du yor ka de l'enfant. L'ogri al nest pas propre a certaines personnes. J.E.Loth relate: On se garde contre I'ogri ai en dessinant avec le pouce vn oeil d'argile blanche a cóté des yeux; on appelle ce signe atokro. VILLE Voir 1P 167, 2H 42-43. § 44 Suma moffo. Si on recherche la cause dun accident (ou d'une maladie) on trouve neuf fois sur dix que c'était le wisi . Lans le dernier cas la cause en était suma moffo (être médit par des envieux) ou misi akra (faute envers son akra,etc.) § 45 Influence magique de la femme Si on soigne un hoaxae pour une plaie de tir, Ie docteur (obiaman) et celui qui donne les soins ne doivent pas avoir de rapports avec une femme pendant ce teaps. Aucune femme ne doit s'approoher du blessé et sa nourri- 2.2.3 ture ne doit pas être préparée par une femme* Personne autre que Ie docteur et celui qui donne les soins ne doit venir chez lui, car il n'y a jamais la certitude qu'ils n'ont pas couché avec une femme. S'il est nécessaire que Ie malade parle avec un autre homme, celui-ci vient devant sa'cabane, Ie doc teur apporte un c ertain bain de simples, et en prononc.ant une formule en kro xnanti asperge les pieds du visiteur (qui est debout sur un petit paillasson; seulement après Ie visiteur peut entrer. Semblables précautions sont prises pendant I'entrainement dun obiaman i 36), pendant le renouvellement de I'immunité (§ 57), et pendant I'emploi du poison a poissons (§ 60). 58 22h Une femme qui a ses régies ne doit pas rester a la maison, oar sinon les obia de son mari pourraient être gfiohés, et son immunité pourrait être neutralisée. Dans tous les villages de Noirs Réfugiés on trouve a I'orée de la forêt de petites maisons, les soi-disant mun hoso (maison de la lune) ou takru hoso (maison du mal), oü la femme demeure pendant oette période. Pendant tout oe temps il lui est interdit de franchir le seuil de sa maison ou de celle dun autre. Les pots et poêles qu'elle emploie sont conservés a part. La nourriture, préparée ou servie dans ces pots ne doit jamais être prise par vn homme, même lorsque la femme ne menstrue plus. Si une femme Djuka a ses régies pendant vn voyage, elle est obligée de mettre au courant immédiatement le patron du canot, qui se dirige alors vers la rive. Si le pilote est vn obiaman la femme ne pourra pas revenir dans le canot. On lui bfitit alors vn oarbet sur la rive; les hommes s'en font vn pour eux-raêmes a une grande distance et on y attend que les régies de la fem me soient terminées, ou qu'il passé vn oanot dans lequel ne se trouve pas d'obiaman et qui peut emmener la femme. Entre le6 hommes du même Lo il est obligatoire de donner le passage. Des hommes dun autre Lo le font en vue de service réoiproque. Celui qui refuee est responsable si les hommes de son lo ne sont pas aidés par les hommes de I'autre lo_ dans des cas semblables. Si une femme cache Ie fait qu'elle a ses régies, c'est une affaire tel lement grave qu'elle en e st sévèrement punie (a kibri doro, elle a caché Ie sortir) . On pretend qu'autrefois dans un cas sérieux on a même puni par la mort. En dépit de la punition, il arrive souvent que les femmes ie cachent. Les Djuka interprètent cela comme un égarement maladif; cette personne n'est plus punie, mais expulsée de la société; elle ne vit plus que de la charité de sa familie. Chacun a le droit et le devoir de rapporter qu'il a déoouvert une mens truation cachée, è cause des conséquences sérieuses qui résultent du fait de le oacher. Une femme qui menstrue ne doit toucher a rien; si quelqu'un lui apporte quelque chose, il le met sur le sol mais ne lui reinet pas. Une vraie vierge, nommée kweyuman (§ 75), passé pour porter bonheur. Si le Granman fait vn voyage il a toujours au moins trois de ces vierges en 3a compagnie. SAR Pendant la menstruation une femme vit séparée, ne préparé pas de nourri ture pour d'autres et ne visite personne, car cela pourrait enlever la force a des obia. 2H 522-523. Une femme ne doit pas toucher vn tambour ou jouer du tambour. VILLE Voir 2E 73. § 46 Influence magique des Blancs. de G. Quand le transport de vivres de la Mission de Délimitation des Fron tières monta en 1937 le Lawa, dans des bateaux Djuka, sur la demande du Djuka qui était le chef des gens du bateau, on fit une visite au vieux Samalobbi, fils de feu Apatu (le compagnon de Crevaux) et d'une soeur du Granman des Bonni Avinsai (qui est mort il y a peu de temps; les Indiens Oayana I'appe laient Kwassi) Samalobbi, après la mort de son oncle Avinsai, exerga 59 temporairement les fonctions de Granman. Le chef des gens du bateau demanda a Samalobbi s'il fallait faire attention a des kma sur le cours supérieur. S.répondit : depuis que les créoles se sont établis sur la rivière tout est gfiché (pori comp.lL 82, 2H 73, 83)? Ie gado est revenu "a sa place" (c'est a-dire au domaine des esprits) . Il y a juste a. Ne pas rincer les pots dans la rivière et a ne pas jeter les intestins d'animaux dans I'eau sur le cours supérieur (9)• SAR A Dahomey se trouve un grand nombre d'obia et de etatues d'anciens} ei 1'on a un bras ou une jambe cassé on peut y être guéri par un traitement de simples en huit jours. On n'y admet pas de Blancs. Voir aus6i Sta 668, 1H 171-172, 195, 252, IJ 3J 127 relate: Ie Blanc en soi eet un être dont émane toujours du danger pour un Noir Eéfugié. 225 § 47 Azéman (vampire). Azeman ou Aze peut être envoyé comme esprit par vn wisiman mais généra lement I'Azema a son domicile dans le corps dun wisiman, qui est alors appe lé Azema(n). L'Azema suce le sang dun homme (homme ou femme, mais surtout femme),ce qui produit amaigrissement et apathie. L'obiaman peut, si le gado le possède (est entre dans sa tête) consta ter si le Azema demeure dans une personne et indiquer oette personne. Pour chasser vn Azema, on sacrifie aux dieux et aux Granyorka ou bien l'obiaman essaie de protéger la victime par des bains de simples et des onguents. D'après une vieille Noire Réfugiée, autrefois vn homme-Azema fut attra pé a Swampu Kondre (sur le Maroni inférieur); pour autant que je puisse le calouler oe doit avoir été vers 1840. La sentenee fut prononoée : il devait être brülé vif, ce qui doit être exécuté par les parents du condamné. Ceux oi habitant sur le Cottica, il fut envoyé la. Mais la familie ne se sentit nulle envie de le faire, et donc ses gardes le ramenèrent par la crique Wani au Maroni. Le message les avait procédés et I'ordre fut envoyé a leur rencontre de ne pas revenir avec le coupable. Les gens sur le Cottica le ren voyèrent pour la deuxième fois. On rapporta ccci au gouvernement Djuka sur le Tapanahoni, qui donna alors I'ordre de le brQler sur la orique Wani, les gardes devant s'occuper de cette bricole. Et ainsi fut fait. (D'après Ho I 275 la puissance métaphysique est appelée asé et oelui qui en possède, aséman, et on suppose que oes êtres, dont sort vn rayon ardent, vo lent dans la nuit pour sucer le sang des hommes, sans qu'ils s'en apergoivent. 2 Pa 2L : l'esprit Aséman porte du feu dans ses mams). SAR Azéma est vn suceur de sang, vn wisiman. Sohu 49 aseh, sorcellerie, asehman magicien, quelqu'un qui tue des hommes par soroellerie. VILLE L'Azema boit Ie sang. Si 1'Azema vient boire on prend des graines abonga que 1'on répand devant la portej il les pioore toutes et loreque Ie jour Ie surprend vous Ie voyez ; il semble un homme ordinaire doht on ne aa vait pas qu'il était un Azema. Fo 6, Wu 288 azé sorcellerie, azéman soroière, vampire, qui erre la nuit dans une lueur lumineuse, pour sucer Ie sang des hommes. Voir ensuite 2H 2L 22-25t Bex III et 1P photo k "com ment les noirs s'imaginent un azema. Cette vieille femme vampire pourrait en dosser et 6ter sa peau selon son gré. 226 6 KOT ES (1) Page 2. A.Friedrich, Afrikanische Priestertümer, Stuttgart 1939, donne une vue d'ensemble. Dans oet essai on ne reviendra a I'Afrique qu'excep tionnellement{ les ouvrages a consulter sont :R.E.Dennet, At the back of the black man's mina, London 1906; A.B.Ellis, The Tshi speaking peoples of the Gold Coast, The Yoruba speaking peoples of the Slave-Coast, The Ewe speaking peoples of the Gold Coast, London 1887» 1890; G.Hart ter, Sitten der Angloer, Berlin 1906, Z.f.Ethn., M.J.Herskovits, Dahomey, Now-York 1938; E.Pc chuel-Loesohe, Volkskunde von Loango, Stuttgart 1907; D.Westermann, Die Kpelle, Gottingen 1921. (2) Page 2. Cuba? E.Ortiz, Los negros brujos, Madrid 1906 (non consulté); Hafti: E.C.Parsons, Spirit cult in Hayti, J.Soc.Amér.Paris XX 1928; M.J. Herskovits, Life in a Haitian valley; New-York & London 1937; Brésil : A.Ramos, 0 Negro Brasileiro, Rio de Janeiro 1935$ E.lgnaoe, Le fétichisme des nègres du Brésil, Anthropos 111, 1908. Un ouvrage général sur la pos session est de T .K.Oesterreich, Die Besessenheit; Langensalza 1921. (3) Page 2. Pour oes abréviations voir la liste bibliographique. (k) Page On pourrait comparer (a) akra et (b) yorka avec les deux éléments de I'ame selon les Indiens Guarani (C .Nimuendaju-Unkel, Religion der Apa poouva Guarani, Z.f.E.Berlin (a) Ie ayvucue, qui vient des oieux, qui existe dé ja avant la naissanoe, et qui revient aux oieux après la mort, peut se réincarner; a oette partie de I'Srne sont propres Ie repos, les inclinationa bonnes et douoec, et Ie désir pour la nourriture végétale; (b) lo acyigua qui apparait vn peu plus tard chez I'enfant, et qui peut rester après la nort comme vn esprit dangereux. Propres a cette partie de I'ame sont I'inquiétude, les inclinations mauvaises et violentes, et Ie désir de la nourriture animale. Senblable est peut-être la distinotion chez los Kalina (et d'autres Indiens de la Guyane) entre yakuwa et yoloka, resp.esprits de la clarté et des ténèbres. Parallèlement, chez les Indiens ainsi que chez les Noirs, la distinotion entre los bons hommes-médecine et les sorciero mauvaic. Il est hors de question que les Noirs du Surinam aient appris ces choees-la des Indiens, ou I'inverse. 60 22? § 48 Wisi (Magie Noire) et wisiman» Les Djuka ou autres Noirs Réfugiés vivent dans la peur mortelle du wisi man , car ce wisiman peut, par soroelleries, amener des catastrophes et des désastres sur ses semblables, soit dans le domaine physique, moral ou psychi que, soit dans le domaine économique. Pa 6 d'accident ou adversité, dont vn wisiman ne soit jugé responsable. Personne ne meurt d'une mort naturelle et dans neuf sur dix cas la cause est wisi. Wisi existe sous de nombreuses formes, magiques ou matérielles, mais généralement c'est de la magie qui cause une souffrance de longue durée, se terminant par la ruine sociale. Le wisiman peut apprendre son art a d'autres, mais aussi il peut transférer ses pouvoirs sur une autre personne sans que celle-ci s'en apergoive. Personne ne sait comment agit vn wisiman, mais on cite les methodes sui vantes: I. Envoyer vn bakru; tres mauvais sont les lau-bakru (lau=fou) qui sont cau ses de la folie, et le tamyaku bakru (tamyaku est le petit poisson Colomesus psittacus, qui peut se gonfler, Ene 210) qui cause zweribere, hydropisie. 11. Tai akra; on subjugue I'akra de la victime et on le cloue a vn arbre Cey ba ou on le jette dans la rivière (voir plus détaillé 1P 160, 2H 52, 103-104; le Noir de Ville appelle aussi "lier I'ame le sacrifioe a vn akra sans repos et I*action magique que fait vn époux pour que I'autre ne soit pas infidèle). 111. Beri batra; enterrer une bouteille; on met le wisi dans une bouteille et on enterrecette bouteille devant la porte de la victime, ou a vn endroit oü elle doit passer; si elle marche sur eet endroit le wisi pénètre dans son corps (Aussi 1P 164 et photo 3, Ene 751; Lex IX MX). IV. Seni ogrl sanl; envoyer une raauvaise chose, par exemple un tigre ou un grand serpent. Après vn décès on interroge le corps (c'est-a-dire le yorka du mort) pour savoir la cause de la mort. Si cette cause est vn wisi et si le corps mentionne le coupable, celui-ci peut être puni sur-le-champ.(2K relate com ment le cadavre d'une femme donna une réponse affirmative lorsqu'on demanda si sa mort avait une cause extraordinaire. Tout a coup les porteurs avec le oorps coururent a une cabane et en sortirent les habitants pour les étriller furieusement; voir aussi Ko 398-400. Au temps de Hostmann et Coster on brü lait vif celui qui était indiqué comme étant vn wisiman. Une personne que Ion suppose être vn wisiman, est envoyée a Drietabbe tje par le Capitaine du village, pour y renouveler le serment a Grantata (§ 19). S'il est vraiment vn wisiman il mourra bientêt s'il 6ubit I'épreuve (C 18 rapporte une chose semblable). Si rien n'arrive, et s'il vit dans vn état de prospérité sociale, c'est la preuve qu'il nest pas vn wisiman. Il est alors réhabilité de la fagon la plus honorable et, s'il a souffert sinoè rement de la suspicion, des cadeaux lui sont offerts en sacrifices expiatoi res. Dans les cas graves ils sacrifieront a I'akra de celui qui est injuste ment acousé. On obtient la certitude que quelqu'un a été ou non vn wisiirian après sa mort seulement en interrogeant son cadavre (§ 82). On jette le cadavre dun 61 228 wisiman afin de prévenir que son mauvais esprit revienne tot ou tard en ce monde sous la forme du ninseki dun enfant. Il peut arriver que Ion découvre plus tard que la dénonciation du ca davre du wisiman a été fausse. Car, après le décès de ses supposées victimes, les cadavres de celles-ci révèlent que la cause de leur mort na pas été le wisiman mais quelqu'un d'autre. VILLE Le wisiman qui veut faire du mal cherche votre djodjo et puis votre akra. Il lui faut se rendre a I'endroit du djodjo et probablement son propre mauvais esprit le met au courant oü 6e trouve ce djodjo de cette personne. Voir ensuite 2H 103-109. SAR Le wisiman veut faire le mal, il agit parfois avec du poison, mais aus si envoie vn esprit. § 49 Bakru. Le bakru nest pas connu chez les Djuka (voir cependant Ampuku et wisi man (& 24, 48), mais chez les Saramacca. VILLE Le bakru se présente comme vn petit gargon, d'environ vn mètre de haut, qui porte vn grand panier sur la tête. Il porte braka maka, des vêtements noirs qui ressemblent a une robe; les bakru blancs portent vn pantalon court. Le cêté droit du bakru est en bois. Il vous frappe. Si vous lui faites du mal, il entre dans votre tete. (Il ressort des nombreuses autres informations sur le bakru que la souree de la croyance que Ion peut rencontrerun bakru se trouve vraisemblablement dans les visions de petites poupées de bois dans lesquelles se trouve vn esprit, que peuvent fabriquer les obiaman, et que Ion peut employer aussi dans de mauvais desseins, de G.). § 50 Puru wisi. Se disculper de sorcellerie est puru wisi. Le Noir Réfugié évidemment a vécu dans I'idée que les autres dressent des embüches a sa vie, déja au trefois en Afrique. Il a vn soupgon inné, même envers son milieu direct. C'est de la que vient la notion de wisi, d'être empoisonné, généralement avec des moyens métaphysiques. Les résultats n'en sont pas toujours une maladie suivie d'une mort rapide, mais peuvent être simple altération de sa santé, maladie chronique, lèpre, aliénation. Pour rassurer I'invité qui visite vn village et a qui Ion offre a boire et a manger, I'hSte et I'hotesse prendront d'abord les boissons et les mets, en présence du visiteur, exprimant ainsi que celui-ci se trouve dans une mai son d'amis et qu'il na rien a redouter. On procédé ainsi a chaque banquet et même aussi a une visite ordinaire. Lorsque le Noir Réfugié visite vn Blanc, et que celui-ci lui offre quelque chose, il demandera au Blanc de "ho puru wisi" c'est-a-dire de prendre d'abord de la nourriture et de la boisson. Ce lui qui accepte dira après le pur wisi: "mi (ou we) naki", "je (nous) I'ac oepte (ons), ne doute (ons) pas I'intention" (aussi SAR, Sohu 115). Le puru wisi a été importé par les esclaves d'Afrique, mais ils le 62 230 retrouvèrent chez les négriers, qui avaient peur en effet d'être empoisonnés par leurs esclaves, et les faisaient servir en premier. 108 emploie I'ex pression puru wisi pour "chasser le wisi dun malade".) § 51 Ago. Il ne faut jamais passer derrière quelqu'un. Si vn groupe de personnes sont assises les unes en face des autres, celui qui veut passer devra soit faire vn long détour, soit passer a travers le groupe. Si les deux sont im possibles, il passera par derrière, mais il dit a temps "ago", c'est-a-dire je n'ai pas d'autre chemin; c'est vn avertissement et en meme temps une de mande de permission. Il attend jusqu'a ce qu'il obtienne cette permission: "passez"• Si vous parlez de cette question avec vn Noir Réfugié, il vous expli quera que cette ooutume s'est transmise de génération en génération, et que celui qui ne la respeote pas, s'avilit et se met au rang dun assassin. L'ago a une signification encore plus vaste. Si des hommes plus agés sont avec des hommes jeunes, et si vn jeune veut s'opposer a I'opinion dun vieux, d'abord il "gi ago" donnera ago. SAR Voir 1H 134 et 1H 326 agbo gardien magique (chose semblable 1P 175) VILLE Fo 2 ago: exclamation des esclaves palens pour exorciser les esprits ou pour parer le mal; également dans le sens de "attention", "prends garde". § 52 Cérémonies générales, etc. Les Djuka croient que tous les dieux se tiennent au courant de ce qui concerne le destin des hommes, et que c'est la cause des grandes fêtes saori ficiatoires que Ion donne a époques fixes dans vn certain nombre d'années, pour tous les deux a la fois. Ces fêtes durent parfois des mois entiers, et sont toujours tenues a Drietabbetje, sous la présidence du Granman. Longtemps avant on annonce a tous les membres de la tribu que le Granman, a telle et telle date "di go srika kondre" (va s'ocouper du salut du pays). Tous sont obligés dassister aux fêtes, même pour quelques jours seulement, et a la ri gueur une heure; personne sans prétextes valables ne peut être absent. (Cl 3 déorit une fête qui commence en octobre ou novembre, le premier vendre di de la nouvelle lune, et qui se termine a la nouvelle lune suivante. Cette fête a "vn but de purification générale, pour les purifier des péchés commis"). Ensuite il y a I'expulsion d'Ampuku (le supérieur des mauvais esprits) du terrain d'habitation, ce que Ion fait a des époques fixes et en particu lier quand tout le peuple des Djuka est atteint de catastrophes et de maladies. Parmi les obiaman il y en a qui connaissent certains simples et les ao tions nécessaires pour chasser Ampuku; ces hommes sont des Noirs opo et ils habitent Ie village Akrekuna, un peu en aval de Granbori.(Dans Wong 355 il est fait mention du Krekuna Gado dans Ie village Kisai). Des semaines aupa ravant ils prennent des bains de simples, exécutent des danses-Gado, etc. Puis Ie jour exact est fixé. Le Granman envoie des messages a tous les villages 63 231 et ces messages sont transmis au moyen du langage des tambours. Tout le monde doit savoir qu'au jour en question aucun canot ne doit être encore sur la ri vière après 6 heures du soir, Ampuku quittant la région par la rivière pour, selon leur idéé, continuer jusqu'a la mer. Ce soir-la on exécute la danse-Gado a Akrekuna, et toute la nuit on bat le tambour de fagon intense. Lorsque tous sont dans une profonde extase, il arrive que I'un des obiaman s'écrie: Il s'en va la!. Ils suivent alors Ampuku jusqu'a la rivière et jettent derrière lui des calebasses avec des mélanges de simples. Ccci a généralement lieu vers 3 heures du matin. On dit que tous les villages, du Godohoro sur le cours supérieur jusqu'a Swampu Kondre sur le Maroni inférieur, entendent le bruit d'Ampuku qui passé; les sommets des ar bres bougent et la terre tremble. § 53 Danses Les danses des Djuka ont une nature religieuse. Les différentes figures et mouvements exécutés par les danseurs et les danseuses sont importants: vn initié sait dire au premier ooup d'oeil si Ion danse par exemple vn Songé ou vn Awasa. Il est a peu prés obligatoire de savoir danser. Les danses principale 3 sont le Tuka ou danse des morts (§ 82), le Songé qui est dansé a I'occasion de grandes fêtes comme le Brokodél (§ 84, photos 2K 213), et I'Awasa. Ensuite il y a le Susa, décrit dans Eno 770-771 et Ve 324, 2H 579, 1H 98. On danse aussi volontiers au son dun accordeon (photo Ve 324) et récem ment est née une danse qui est la moyenne entre I'Awasa et le quiokstep, nom mée Aocordéon; le rythme de cette danse nest indiqué que rarement par le tambour apinti(chez les Bonni en 1903 I'emploi du tambour pour les danses était interdit sauf dans les oas de déoès), et plus souvent en battant sur des boites et des bidons. Journal de G Ie Ik aoüt 1903 a Manlobbi sur Ie Tapanahoni. Au son de 1'accor deon quelques jeunes filles dansent, tout en battant des mains, en frappant i sur une bouteille et en chantant doucement, penchées, en cerole autour du mu sicien, Elles font de petit6 pas en trainant les pieds, agitent leurs mains qu'elles passent 1'une derriére 1'autre, ou applaudissent; parfois aussi el les forcient deux files, 1'une en face de 1'autre. Idem Ie 7 novembre 1903 & 1'Enfant Perdu sur Ie Lawa (Bonni). D'abord un seul homme joue de 1'aooordéon, puis peu a peu des joueurs de bouteilles vides (qu'ils frappaient d'un cou teau) 1'accompagnèrent ainsi que des jouers d'un bidon vide et de boïte que 1'on battait de la main. Les danses consistent en mouvements de pieds, que 1'on courbe légèrement tout en avancant tres lentement. On fait tourner aussi ses mains et souvent on chante et on applaudit, en faisant donner un paquet de graines attaché autour de la jambe. Trainant ainsi les pieds, les femmes s'approchent souvent de quelqu'un de notre compagnie, et lorsqu'elles sont tres proches il est d'usage de simuler un embrassement. Plus tard I'acoordéon se tut et au rythme des battements frénétiques sur le bidon ils dansèrent babun yé, une danse de pur Noir Réfugié, oü Ion imite vn singe hurleur qui se gratte le ventre (voir aussi lPa Am.Congr .XXXV 210). 64 232 L'aooordéen (c'est-a-dire la danse de ce nom) a parfois vn caractère érotique. Pendant les vraies danses Djuka il ne doit pas apparaitre de ten dances sexuelles, qui pourraient offenser les gado ou yorka en I'honneur desquels la danse est donnée. (Voir ensuite Ene.26o et la suite). V. -OBJETS SAINTS ETC. ü 54 Paquets saints, statues, bocaux, maisons des dieux Dans une maison spécialeiaent aménagée a Drietabbetje on conserve Ie pa quet saint, au moyen duquel la divinité Grantata peut se révéler. C'est une collection de reliques, comme cheveux, onkies, pièces de vêtement taohées de sang provenant de héros tombes au champ d'honneur, etc. A la collection ap partiennent aussi les grains et la bourre provenant du premier plant de co ton qu'ils ont planté, et dont ils ont fabriqué les premiers vêtements "fu tapu sjem" pour cacher les parties honteuses. Ces objets sont enveloppés d'un chiffon de ooton blanc qui est attaché sur une planche.(Voir pour 1'histoire de ce paquet et sa source probable comme obia de guerre 2J, J>J , Wong 335, 237 » 2K 209, 210} au sujet de 1'obia de guerre des Saramacca IJ rapporte:" Le Gran-obia doit apporter la victoire dans la bataille encore a venir avec les Blancs. Il est 1'arche d'allianoe des Saramacca". Sp 38 dit, probablement au sujet de 1'un des paquets des dieux supérieurs:" Ce gadu consiste en un grand morceau d'argile pimba (§ 56) attaché a une planche é troite...Il est soigneusement conserve dans une maison d'idole."). Il y a des parties du paquet a Granbori (Tapanahoni supérieur), a Wan hatti (Cottica) et dans vn village sur la crique Sara, oü se trouvent des prêtres de Gwangwella (depuis la mort d'Arabi on ne peut cependant plus con sulter Grantata a Granbori)• On considère que Grantata est aussi présent dans ces parties-la. Mais pour I'aide absolue de Grantata il faut tout de même se rendre a Drietabbetje. Il y a aussi vn paquet de Gedeosu qui est con serve è Drietabbetje dans une cabane spéciale. Ce paquet est indivisible. Ailleurs on conserve des obia, paquets d'une divinité moins élevée, nom mée Afraku ou Afrako. Les éléments qui constituent ce paquet sont principa lement de nature animale; le sang et les glandes de daims en sont donc les parties principales, plus certains composants végétaux. Dans certains villa ges Afraku a vn nom propre;(il nest pas oertain que Kangu 2F 17 et Asigu 2K, en fassent partie). Un homme peut insuffler la vie au paquet par des pri ères et par des cérémonies appropriées, ce qui est impossible pour le paquet de Grantata: celui-ci vient dans le paquet de son propre gré et pouvoir. (Comp .pour cette animation d'objets § 59 et 1P 162, et pour I'enveloppement dun paquet et photo de son transport a Granbori 1G 53-54, 44). Il y_a ensuite des maisons, nommées gado-hoso (souvent protégées par kifunga, § 61) qui sont le domicile des dieux inférieurs; il s'y trouve en général une statue tres primitive, sculptée dans le bois, représentant le dieu, et plusieurs autres objets qui ont vn rapport avec ce dieu, le tout abondamment enduit de pimba; puis des pots contenant des infusions de simples (Chez les Saramacca (voir 1H 239, 309, 2H 47, 3J 128, 159, 160) une marmite 65 noire fabriquée par de vieilles femmes est vn excellent domicile pour vn es prit; ces marmites des Noirs Réfugiés sont tres recherchées aussi en ville, car leur propre force s'ajoute a celle de la médecine, qui y est infusée. Chez les Noirs de Ville I'akra aussi est évoqué dans une poterie, voir & 5» Stn/111/l/184 relate au sujet des Saramacca: "ils ont dans leurs maisons vn poteau sur lequel se trouve vn petit morceau de bois, en forme de navette, dans lequel, suivant leur croyance, demeure leur fime." C'est la qu'ils sacri fient a leur fime. Phctes Gado-hoso 2K 211, 215, BONNI 1F 95, 96, Ve 328). Journal de G. Ie 9 aoüt a Pulugudu sur Ie Tapanahoni : Remarquables sont les deux wintihoso fermés, dans lesquels on voit par un trou toutes rortes d'ins trument6 de magie; dans notre maison aussi il y avait une eepèoe de petit au tel. Idem Ie 15 aoüt 1903 a Manlobbi sur Ie Tapanahoni: Ce matin j'ai oopié des sculptures et examiné un des winti-hoso dans lequel un homiae était en train de faire des bui, c'est-a-dire des bandes pour bras et jambes en eire et poudre f qui sont supposés protéger Ie porteur contre les coups (de fusil). Les différents instruaients magiques qui se trouvent la sont tous enduits de terre blanche; je n'en vis qu'un qui ressemtlSt un peu a une statue, par contre je vis beaucoup de ces soi-disant kromtiki-^adu, bStons qui ont poussé de fagon biscornue, enduits également de pemba doti et qui sont parfois portés en pro cession avec une queue de fourmilier attaché au bout..«En ce qui concern© les gadu, ils croient que les esprits aiment a demeurer dans ces instruments, et non pas que les objets eux-mêmec sont les dieux. Idea Ie 18 aoüt 1903: Les Noirs Réfugiés pensent qu'il doit y avoir des esprit6 dans les balises de ri vière (qui servent a la triangulation), ils les prennent pour des gadu. Une femme raconte a nos compagnes:"j'allai a la raaison et tout a coup je vis ce gadu et tremblai..." 233 Le kromtiki mentionné ci-dessus, bfiton aveo vn noeud, parfois appelé kokoti, est vn petit arbre, une branche, ou liane, qui a poussé de fagon biscornue, avec vn noeud serre (photo 1F 95 et voir aussi 2F 180). Le krom tiki est parfois porté par des possédés comme vn soeptre (voir § 37 réoit de Bayuko). Chez les Saramacca oe béton s'appelle kongubusi (Sohu 78 kokoti= canne, kong_ro= ruse, astuoe; comp. aussi Nègre Anglais konkru=tripoter) «1H 97, 278-279: celui qui trouve une liane, dont il peut faire ce bfiton, doit invo quer le dieu avant de la oouper, afin que celui-oi ne le courbe pas selon sa propre forme. 2 Pa 2 relate au sujet des Djuka:kongo bushi, vn dieu qui donne le mal aux jointures qu'ont les hommes lorsqu'ils reviennent de la chasse. D'après Bex IV les Noirs Réfugiés prennent garde a ne pas rencontrerun kron tiki dans la forêt; il y a des krontiki masculins qui servent aux sacrifices des hommes, et des féminins pour ceux des femmes. Sohneider 22 raconte qu'on peut acheter vn tel bfiton ohez vn obiaman et qu'on peut alors se servir de l'esprit de oet objet. Le manche dun maraka des Paramaooa était vn petit bfi ton aveo vn noeud. — Selon Melcherts, instituteur-oatéchiste chez les Djuka, on trouve a 1'en tree du vi_lage Tabbetje une statue de Gedeosu comme gardien, aveo trois yeux et deux cornes. Selon van Lier on trouve souvent a 1'entree des villages Sara macca une statue aveo deux visages, dont 1'un regarde vers la rivière et 1'au tre vers la forSt; voir aussi Martin 28 aveo planche. Ceoi e6t-il d'origine africaine, tête de Janus? (10). 2^ SAR Pour les maisons de dieu, voir 3J 158 et la suite, 1H 257 et la suite; photos IK 136, 140, LH 158. 66 235 VILLE 1P 171, Bex X, van Coll 565, Benoit 25 et fig.36 montrent comment le lukuman, wlntiman ou bonuman possède vn winti-hoso dans lequel se trouvent des poteries, etc. qui servent de demeure aux winti. Selon MX X, XVIII, celui qui, pendant une danse winti, et possédé par vn winti, a mis dans la maison du bonu une assiette ou bocal comme demeure pour le winti, doit de mander I'acces de la maison au bonu, et prier le winti de bien vouloir alors apparaïtre a la fête. § 55 Lieux saorificiatoires et lieux de prière. Fragatiki, Kréihoso, Krutuhoso Le fragatiki (mfit, désigné dans 1G 36, 43, 53 par poteau-gadu et gadu) est vn lieu sacrifioiatoire. Un fragatiki officiel se trouve seulement dans les villages d'origine, il n'y en a pas dans les établissements qui sont considérés comme "colonies". Le fragatiki consiste en vn poteau avec vn bfiton place en travers, auquel est suspendue sur toute la longueur une longue pièce d'étoffe blanche, le fraga (drapeau), symbole de tout ce qui est élevé. Le fragatiki se trouve au milieu d'une bolte carrée. Dans celle-ci se trouve vn morceau de roeher plat, oü Ion verse le sacrifioe; il y a la vn grand nombre de bouteilles d'eau pour oeux qui viennent y sacrifier. Le fragatiki est place en face d'une maison ouverte ou a demi ouverte, le kréihoso (maison a pleurer), krutuhoso (maison de réunions) ou granwahoso (maison des alnés, c'est-a-dire la maison des esprits des ancêtresj. A Drie tabbetje il y a deux kréihoso, I'un tout prés du temple de Grantata, qui sert pour ledeuil des Granman et des autres dignitaires; I'autre sert pour les autres habitants du village, et c'est dans cette maison que Ion garde les krutu n qui concernent le village. Photos de Grankrutuhoso avec fragatiki a Drietabbetje dans 3L 117, Holdridge 217, des fragatiki moins grands 1F 51, 2K 213. Dans un grand nombre de villages il y a d'autres fragatiki dédiés aux héros des ancétres ou d'autres qui, nés dans Ie village, ont eu des mérites particuliers pour Ie l_o_. Ainsi il y a un fragatiki pour Kentu , qui a jadis remporté la victoire sur les Bonni, a Puketi. Planter vn poteau nest pas le travail du premier venu. Exemple: Des Noirs du vieux village Tabbetje, bien en amont du Tapanahoni, ont fondé vn petit village, Akote, sur le Tapanahoni inférieur, non lom de Poligoudou. La mère-fragatiki reste a Tabbetje, mais a Akote, oü des enfants naissent et oü des malades sont soignés, on a besoin aussi dun fragatiki. Celui-ci est planté par vn prêtre, avec les oérémonies habituelles; si Ion ne peut pas trouver de prêtre, on en fait venir vn de Drietabbetje. Une fois, alors que je voulais déplacer mon mfit de drapeau Néerlandais, des Djuka m'adressèrent la parole, disant que cela ne devait pas être fait ainsi; ils en firent tou te une cérémonie, a laquelle ils prièrent pour la Reine, etc, etc. Prés du fragatiki s'assemblent tous les morts et c'est la que les vi vants entrent en contact avec les morts. 67 236 De petits bétons a banderoles, les petits fragatiki, sont les rési dences des dieux inférieurs. Les hommes pieux ont toujours prés de leur maison vn petit lieu sacrifioiatoire oü de petits drapeaux sont plantes dans le sol. Aux embouchures des criques oü Ion entre souvent, a I'entree dun sentier de chasse, ou a celui dun sentier qui mène aux champs, on trouve toujours vn begi presi (lieu de prière) semblable. On y trouve dans le sol de petits batons avec des banderoles, et généralement il y a une sorte de chaise ou de petite table oü Ion dépose les sacrifices de nourri tures ou de boissons pour le gado et sa familie. Les pièces d'étoffe qu'on sacrifie sont attachées a de longs bfitons qui sont plantes dans le sol. Un homme qui na pas quitte son village pendant quelques années, et qui va en sortir pour le transport par eau dans vn bateau neuf, sacrifiera prés du fragatiki aux Granyorka lorsqu'il est pret pour le départ, et aux gado des rivières prés du lieu de débarquement. Celui qui va dans la forêt pour quelques jours, sacrifiera également a l'esprit qui gouverne la forêt pour implorer sa protection pour lui-même et ses compagnons. Journal de G. Ie 25 juillet 1904 a Drietabbetje : Un grand nombre d'arbres Kankantri (arbres saints), la plupart acoompagnés d'un lieu sacrificiatoire; dans certaines maisons aussi de petits lieux saorificiatoires, oü l*on sus pend alors des chiffons et oü se trouvent des bouteilles vides. Pres de no tre maison il y a un gadu (fragatiki) d'au moins 5 mètres de haut; hier ma tin les vieillards y sacrifièrent: ils boivent un peu de tafia et en asper gent Ie sol; on dit des noes indistincts, et tous applaudissent doucement de ternps en temps. Pres de la maison du Granman se trouve un gigantesque Kankantri aveo lieu sacrificiatoire: devant une espèce de chaise et des ba tons avec des chiffons blancs et des chiffona colorés. Sur la chaise et Ie sol un grand nombre de bouteilles vides. Autour de 1'arbre une liane de 0,5 mètre de diamètre. Dans la maison du Granman il y a quelques tableaux repré sentant Jésus; il les a eus en cadeau; parlant d'eux il dit "massa gadu". Idem le 26 juillet 1904. Quelques gargons jouent devant notre maison avec des bfitons et des chiffons: "Que faites-vous?" — "nous jouons au petit gado; quand je serai grand je veux devenir vn grand fabricant de gadul" Idem le 4 aoÜt 1907» On ne coupera jamais vn Kankantri, sous peine de mort. Si eet arbre menace de tomber on déplace les maisons. Les poteaux aveo "pandjes" (pièces de tissu de vêtement), et les poteaux courts sont des obia pour maladie. Ainsi que les arbres mopé, entouré6 dun carré de batons aux quels on suspend des franges de feuilles de palmier (voir § 61 kifunga) aux quels on attaché toujours de nouveaux pandjes sur ordre du Granman. Idem 1937 : Devant la petite maison dans une lle de I'un des rapides du Lawa se trouve vn poteau court et épais en bois, sur lequel repose une pierre plate; a cêté du poteau vn sabre a été piqué dans le sol. Ici on prie au Kromanti Gadu. SAR Le gadu pau (dieu bois) est identique au fragatiki des Djuka. Le oapi taine et les basia fabriquent le gadu pau. Photos Eilerts de Hann 21, IK 152. On verse de I'eau (tué watra) pres du gadu pau, et Ion y demande I'inter eession des Granyorka, les esprits des morts. 68 237 § 56 Pimba et terre. L'Etre Suprème et les autres dieux sont blancs; ce qui est Noir vient du diable. Nana a fait les hommes dans de I'argile. C'est pourquoi le Noir Réfugié s'enduit de pemba ou pimba (argile blanche) aux occasions solennelles. On déterre le pimba, on le lave, puis vn prêtre prononce sur lui une prière; après seulement il est actif et celui qui s'en enduit a vn certain pouvoir de guérison. Un nouveau-né est enduit de pimba afin d'attirer les dieux et leur pouvoir protectif. On s'enduit de pimba lorsqu'on sent appro cher le gado (winti S 36, 37) (Photo Vandercook 223) etc,etc, des objets saints sont aussi enduits de pimba. SAR Plmba doti est Ie plus puissant moyen des Noirs Réfugiés; il ne manque jamais. On s'en enduit pour renforeer son Komanti (§ 24, 37) ou pour se pro téger contre un yorka, j>J 127 • Les Noirs Réfugiés en voyage dans Ie bas-pays s'enduisent d'une épaisse couche de terre blanche pour se protéger contre les mauvaises influences. Voir encore Eno 562. (Du sol aussi, ou de la terre, émane une force, voir § 41, 42. Il existe vn lien entre le Noir et sa terre natale, voir aussi 3«J 128, et 2H 49. Les Noirs Domini, sous-tribu des Saramacca, recherchent la terre rouge des collines prés de Joden-6avanne, oü leurs anoêtres ont été esclaves (3J 161, 4j 334), pour I'adoration de leur divinité. Dans MX on raconte comment I'akra d'une esolave de la ville a pris la fuite, et comment eet akra demeure è la plan tation oü est née cette esclave; on a besoin pour rapporter I'akra dun peu de terre de eet endroit. Voir aussi § 5 VILLE déménager). § 57 Bain de simples Le mot obia, qui sert a indiquer les dieux ou esprits inférieurs traites dans les S 12, 23, est employé aussi pour designer des médioaments et des moyens préventifs. On appelle la médecine des blancs bakra-obia, obia des blancs, et vn médecin europeen bakra-obiaman, car selon eux les médieaments des blancs aussi ont des rapports avec la magie. Parmi les obia les bains de simples sont tres importants. Pour diffé rentes espèces d*obia on a besoin de différentes espèces de simples. Grfice ® wassi obia, qui consiste a se laver avec vn bain de simples et a s'enduire ensuite dun liniment ou dun mélange de simples et de pimba, le Djuka est immunisé contre tout le mal que quelqu'un d'autre pourrait vouloir lui faire. Cette immunité doit être renouvelée a époques fixes. La date en est différen te pour ohaque tribu de Noirs Réfugiés et même pour chaque lc_. La cérémonie na pas lieu au village, mais a vn endroit dans la forêt, choisi a dessein, car la femme doit rester absolument en dehors. Pendant I'obia vn Djuka ne doit pa 6 avoir de rapports sexuels avec une femme et il lui est même inter dit de parier avec une femme ou qu'elle lui adresse la parole. Les femmes n'emploient pas I'obia de cette fagon; elles prennent des bains de simples Beulement en cas de maladie ou d'infertilité. 69 239 Selon la tradition, Bonni, chef des deserteurs dont la poatérité est maintenant formée par les Noirs Réfugiés Bonni, était imraunisé. Il était vulnérable seulement la veille de la oérémonie du lavage d'obia, et c'é tait Ie seul jour aussi que ses ennemis pouvaient s'approcher de lui sans que son muyembu (prémonition) 1'en avertit. En lui envoyant une jolie fille les Djuka apprirent quel était ce jour; ils 1'ont alors tuée, ce qu'il fal lait faire au moyen d'un fusil chargé de morceaux de fer provenant d'un marteau coupé en morceaux après avoir été chauffé.CiL et la suite; aussi Wong 33^-335.) 2}8 Les manningre-obia sont des obia destinés spécialement aux hommes adul tes. Ils sont utilisés pour obtenir I'adresse dans le maniement du fusil de chasse et de I'arc et des flèches, et pour activer toutes les oapacités qui ont vn rapport avec la chasse.(Tout ce qui se rapporte au fusil est appelé par le Djuka manningre sani; Stedman I 88 mansani=poudre). Mais ils servent surtout a stimuler le désir sexuel, et a empêcher que I'homme en oause ne devienne impuissant, même pendant une vie sexuelle excessive. L'obia pour le fusil, etc., se compose de parties végétales et animales. Les composants principaux en sont les cerveaux de daim et d'agouti et aussi les intestins d'animaux que celui a qui l'obia est destiné tue de préférence. Tout cela, avec des simples destinés spécialement a oes obia est mis dans une grande cuve, vn seau ou vn pot de gres, avec beaucoup d'eau. La cuve avec ce mélange est ensuite posée quelque part , pour faire fermenter le oontenu. Si le mélange est mür ("a lepi"), c'est-a-dire si tout a bien fermenté, le "wasi-obia"(le laver de l'obia) commence. Pendant une semaine I'homme en question se baigne trois fois par jour dans oe liquide. La puanteur que ré pand eet homme pendant sa semaine de bains est absolument identique fi celle dun cadavre en décomposition, mais il semble que ni lui-même, ni ses compa gnes a la maison ou au villeige n'en soient incommodés. La préparation et I'application des manningre obia érotiques sont pres que semblables, mais ici les éléments en sont principalement végétaux, bien que dans certaines recettes (car il existe de nombreux manningre-obia diffé rents) on ait besoin de composants d'origine animale; les organes génitaux d'une tortue de terre adulte en sont vn element important. Les poils rouges dun derrière d'agouti sont aussi désignés comme ingrediënt dun manningre obia. Il y a aussi vn remede si le diamètre de dispersion dun fusil est trop large; on met une certaine poudre végétale dans la cartouche, ce qui permet tra au fusil de tirer de nouveau avec une dispersion plus réduite. Journal de G. Montée du Maroni 1907» Notre ami Francois s'enduit quotidienne ment les épaules et les coudes de boue, et hier et aujourd'hui il était cou vert de fourmis nortes, il s'était lavé avec une espèoe de soupe de fourmis; évidemment c'est une affaire d'obia quelconque. Idem 1937 ! Si mon bateau vient me chercher(a la chute Apoaa) mon pilote se lave avec un bain de sim ples, qu'il transporte dans une enorme oalebasse ouverte a 1'arrière du ba teau. Il adresse la parole a son obia en même temps. Comme je lui demande des explications, il répond que cela lui donne des forcesj les simples avaient été oueillis dans Ie dernier village oü nous avione été. SAR Les Noirs Réfugiés n'emploient pas des tayer (11) comme les Indiens, et ils ne boivent pas le suc du takini ou autre (oe qui vous fait entrer en extase), mais ils se servent d'écorces d'arbres et de simples. Une plante na pas d'akra, mais elle a une force par elle-même. Une feuille peut tout faire; 7 156 I.- LE PEUPLE DES DJUKA § 1 Classification et Administration La tribu des Noirs Réfugiés de Auoa ou Djuka demeure pour la plus grande partie sur le Tapanahoni, mais des parties de la tribu habitent sur le Lawa en aval du saut Abounasounga; sur le Maroni (excepté la partie comprise entre Langa Tabiki et les sauts Petersoungou et Ampouma (l), oü vivent les Noirs Réfugiés Paramaooa); sur la orique Sara et sur la Cottioa. Pour I'histoire de oe peuple, je renvoie a Wolbers, Enc.,Wong, IL 1 et la suite, 37 et la suite, 1G S J.E.Loth. A la tête de toute la tribu est le Granman, le Grand Chef, dont la rósi dence est Drietabbetje. C'est a eet endroit depuis I'époque d'Amakti, qu'ont lieu toutes les réunions importantes dans le domaine de la religion, de la loi et de la société. Autrefois le lieu de réunion était Puketi (voir aussi 3L I 24), et auparavant les Granman y résidaient. Le Granman est en même temps le Grand Prêtre (§ 34) et il est réputé in faillible, excepté quand il pêche contre les lois de Grantata (§ 19). Rien, dans le domaine du religieux ou du social, nest effectué sans I'être au nom du Granman. Un lieu sacrifioiatoire est aménagé, le kamisa est distribué (§ 74), vn bateau est lanoé, une maison est bfitie, etc.,etc ., toujours au nom du Granman. Lorsque Amakti accepta le pouvoir, Kanapé, élevé par le prédéces seur de ce premier (ca .d.Amakti) devint Grand Prêtre; en 1921 il (Kanapé) devint co-administrateur avec le titre de Capitaine Principal et après la mort d'Amakti il remplit les fonctions du Granman jusqu'a ce que Amatodjo de vint Granman en 1937*(Photos de Oseisi: van Capelle 241; du capitaine Arabi mentionné ci-après-: 2F 81, Ve 321; de Amakti: 3L I 16, II 208; de Kanapé: 3L II 108). Le Gran-Fiskari sert d'assistant dans les affaires profanes et spéciale ment dans la justice (autrefois il y avait deux Gran Fiskari, vn pour le cours supérieur et vn pour le cours inférieur de la rivière) et auparavant il y avait le Mayor (commandant) avec les mêmes fonctions . 1G 32, 2F 124. Les capitaines et les autres dignitaires des Noirs Réfugiés peuvent recom mander celui qu'ils désirent pour successeur, mais celui-ci ne peut être nommé que s'il est choisi par les anciens du lo_ oü il exercera ses fonctions, et si le Granman valide la nomination. On ne connait pas de cas oü vn Granman a refusé de confirmer cette nomination. Seul le Granman lui-même a le droit de nommer son suocesseur, mais Ion peut (voir § 82) demander la confirmation a son yorka. La nomination dun nouveau Granman est soumise a I'approbation du Gouvernement du Surinam. La tribu est divisée en 12 sous-tribus, nommées lo (l). Les 12 lo_ s'oppo sent souvent comme partis; le Granman est sans parti, et Ion dit parfois que le Granman est le treizième lo_, paroe qu'il nest pas soumis au lo_ auquel ap partient sa familie (vn peu différent dans Wong 315; celui-ci mentionne 14 lo; voir aussi J.E.Loth 341). (1) Pour ces noms de lieux nous indiquons la transcription frangaise usuelle (note du traducteur). 70 2^+0 quel que soit l'esprit que vous évoquez, il entre dans la feuille et la feuille devient curative. L'obiaman, afin de pouvoir préparer ce bain de'simples, doit être possédé par Komanti (§ 24 XIII). Les Noirs Réfugiés Chrétiens également emploient les simples curatifs, mais "ils ne font pas comme les pafens qui invoquent en même temps des esprits qui entrent dans la feuille ou I'écorce et qui fortifient les forces (curatives)". Pour chaque bain de simples il y a une heure spéciale; parfois il doit être pris plusieurs fois par jour. Pendant le voyage on a dans le korjaal (canct) vn pot de faience, nommé agwang ou poto, ou une calebasse contenant des simples dans de I'eau. Il y a aussi vn moyen pour attirer les femmes. On prend certains sim ples et on parle : wiwi' mi go pii vo ai kula, Alessandrina a musu ke mi (feuille, je vais te cueillir pour mon medicament, Alessandrina doit m'ai mer.) On emporte partout la feuille, parfois plusieurs de différentes espè ces, on préparé vn bain de simples et on s'y lave pendant huit jours en pronongant tout le temps le nom de la femme; alors la femme tombe amoureuse de vous d'elle-même. Ce moyen est efficace non seulement en cas de désir perrr.is, mais aussi en cas dun désir interdit (12). VILLE Sur le Tapanahoni en 1903 j'avais un,acces de paludisme. Mon cuisi nier, Noir de Ville, voulut que je me baigne a midi exactement dans de I'eau dans laquelle flottaient des plantes qu'il avait mise dans vn bidon. Voir ensuite 2H 83. § 58 Sangrafu Sangrafu (Costus ep.) est une plar.te, dont Ie suc, pressé a partir de la est un element indispenseble de plusicurs obia, et s'emploie aussi sans uélange comme médicanent contre la toux. Si quelqu'un a mangé quelque chose qui est kma pour lui, et s'il le découvre immédiatement après, il peut en annuler les mauvaises conséquences en buvant du sangrafu et du pimba. Dans chaque village Noir Réfugié il existe pour cela des plantations de sangrafu. On boit le sangrafu en murmu rant des prières aux gado et surtout aux Granyorka, qui sont toujours in voqués comme avocats. Si ce nest pas par accident, mais par gloutonnerie que la personne en question a mangé des mets interdits, le sangrafu ne peut pas I'aider. SAR 1H 18-19 parle de I'emploi du sangrafu pour savoir distinguer vn esprit de mort de celui dun vivant. VILLE Voir 2H 77. § 59 Amulettes et immunisations. Le Noir Réfugié raffole d'amulettes, appelées aussi obia par les Djuka (13) et il croit sincèrement a leur force. 71 2^1 On peut les diviser en deux groupes principaux: les sabi, qui servent a obtenir quelque chose, et les tapu, qui servent a parer quelque chose. Un Noir Réfugié peut porter les deux catégories a la fois . Telle espèce d'obia est préparée par tel specialiste. Ainsi on ne s'a dressera pas a I'homme qui fabrique les kassaba-obia si Ion a besoin dun sumamoffo-obia. La science des amulettes nest connue que de quelques-uns, qui se font payer cher et qui gardent le secret de leurs procédés. Ces pro cédés ne sont dévoilés qu'aux fils ou a de bons amis. Celui qui achète une amulette doit, pour qu'elle agisse, la faire consa crer par un prêtre quelconque» La consécration consiste en ceci: Ie propri- i étaire met 1'amulette sur Ie sol; Ie prêtre verse de 1'eau autour et demande en même temps aux Granyorka de bien vouloir aider, afin que 1'amulette répon de au but. Ceci n'a pas lieu pres du fragatiki; en général on ne va pas au fragatiki pour de ei petites choses. Il existe de nombreuses espèces d'amulettes. Je n'en décrirai en détail que quelques-unes. Par le kassaba-obia (obia de cassave) le porteur gagne la sympathie des hommes, obtient leur hospitalité, et ses demandes seront écoutées. Cet obia est généralement porté sur la poitrine. Le manfeti-cbia est vn feti-obia (obia de combat) qui rend le porteur victorieux dans vn corps a corps. Cet obia cependant ne doit pas être préparé de fagon a causer vn accident a quelqu'un d'autre, car en ce cas ce serait du wisi et une infraction a la loi de Grantata. Ces obia consistent générale ment en anneaux de fer (buy) qu'on porte autour du bras supérieur. Si Ion demande a vn Noir Réfugié ce que c'est, il répondra habituellement que c'est seulement une décoration; en vérité il n'y a rien qui n'ait une certaine intention ou signification. Suma moffo obia prévient le mal que d'autres vous causent par médisanoe, par jalousie et par calomnie. Cet obia est généralement porté sur la poitrine. Takru yorka obia (obia des mauvais yorka) protégé ceux-ci, et se porte immédiatement au-dessous du genou. Pour sa composition, les poils d'agouti sont indispensables. Le cadavre dan oiseau puant (vautour) ouvert, ailes étendues et cloué sur vn bfiton planté dans le sol prés du lieu de débarque ment sur vn roeher prés du village, ou parfois aussi au centre du village, est vn takru yorka obia puissant, qui ne sert pas une seule personne mais une contrée entière. Des dents de tigre sont une amulette de haute valeur pour prévenir le mal, surtout pour les enfants. Papa-moni (coquille kauri) est vn element de plusieurs espèces d*amulettes. Un lebitetéi (corde de vie) ou gadotetéi est vn talisman de haute valeur qui peut seulement être fabrique par le Prêtre Supérieur, qui se fait payer royalement pour cela; eet obia est porté autour du oou et protégé oontre la maladie et tous les maux. Un Noir Réfugié adulte a souvent sur lui son obia kedere, c'est-a-dire une petite boite de bois ou de métal, dans laquelle il a plusieurs amulettes ou des ingrédients pour construire des obia, du pimba (§ 56) et sr.eki-koti et sipari koti, des vaccins contre la morsure de serpent et la piqure de raie (voir § 37, Journal de G. le 23 novembre 1904, Ene 643, le sneki-koti de Benjamin, Sta 212, Vandercook 211-213 et sur d'autres koti : § 81 et 2H 102). 72 2*O SAR Ce que quelqu'un a porté sur lui comme obia tetei (corde d'obia) est jeté après sa mort; personne ne peut s'enservir. Un Noir Réfugié ne vous vendra jamais son obia tetei , car il lui appartient en propre, mais il veut bien en fatriquer vn pour vous; il achète alors papa moni (coquille kauri, disponible chez les Chinois et Juifs dans la ville) , etc. Il prononce quelques mots sur I'objet terminé; si par exemple il doit protéger contre wisi, il dira "obia mi ta meki yu f i.. .fi .. .f i.. .hepi mi e wang some ta wisi a'/'musu kiri mi" :" obia, je te fais pour que tv m'aides et pour que, si vn homme fait de la sorcellerie, cela ne me tue pas." Vous faites vn lebi tetei (corde de vie) si vn yorka ou autre vous tracasse, mais je ne connais pas exactement ce moyen. Il y a aussi des sorcelleries pour la chasse et de nombreuses autres. Voir surtout 1H 320-321, etc. VILLE Ce que les Djuka appellent sabi et tapu s'appelle ici opo et tapu. Voir ensuite 2H. § 60 Verser de I'eau, sacrifier de la nourriture et des boissons tjindringi Il n'y a pas une seule action sans sacriflees, et pour oela on emploie invariablement de I'eau (trowéi watra ou puru watra). Comme vn jour je demandais a vn prêtre pourquoi I'eau est si importante, il me répondit:"parce que I'homme, I'animal et la plante ne peuvent pas vi vre sans eau." Quand je remarquai que I'homme ne peut pas vivre sans feu non plus, il dit :"oui, mais I'homme peut faire le feu , et pas I'eau, c'est seulement I'Etre Suprème qui le peut." Aussi appelle-t-on l%au obia de Nana. Lorsqu'on découvre qu'une femme est enceinte, les parents de la femme, ainsi que ceux de I'homme et les bons amis, s'assemblent autour du fragatiki. Le plus vieux des oncles du cêté maternel de la femme verse I'offrande d'eau. Ceci se répète souvent. A la naissance on verse de 1'eau. Si quelqu'un souffre d'un mal de tête ou d'un mal de dents, il se présenté aux alnés du village avec la prière de bien vouloir verser de 1'eau pour lui pres d'un fragatiki,etc. Même si un homme est sur Ie point de mourir, quelques-uns de ses amis vont vite verser encore un peu d'eau pres du fragatiki, ou devant la porte de la maison, pour adoucir sa mort. On doit aussi verser de la boisson forte, mais les gado et les Granyorka se contentent d'eau si la personne qui sacrifie na pas les moyens de donner de I'aloool. Le Djuka, après s'être réfugié dans la forêt de I'esclavage, na pas au début disposé d'alcool; c'est pourquoi il est revenu a I*usage d'Afrique de préparer lui-même de I'alcool de canne a sucre; ccci arrive encore mamt enant pour des cérémonies spéciales, surtout les fêtes sacrificiatoires pour les dieux et les brokodéi (§ 84) pour les Granyorka. Il arrive parfois qu'on soit hors d'état de fabriquer cette boisson mousseuse nommée tjindringi; on emploie alors de I'eau et du tafia de la có*te, et on saorifie beaucoup plus souvent qua I'habitude, en implorant les dieux et Granyorka de bien 73 vouloir se passer de tjindringi a titre exceptionnel. Une fois j'ai vu vn vieux Djuka, dont la fille avait eu vn accouchement difficile, apprendre des prêtres obia, que les Granyorka désiraient qu'il sacrifiat pendant les re merciements. Pendant la cérémonie il se jeta a genoux dans une prière inspi rée, baisa le sol, et implora les Granyorka de lui pardonner de n'avoir pas les moyens de leur offrir du tjindringi. Pour préparer Ie tjindringi on presse d'abord Ie suc des cannes a sucre. On peut Ie faire a 1'aide de petites presses a main, mais en certaines ocoa sions on est obligé de Ie faire de la fagon et avec les outils dont on se servait en Afrique. Dans une ouve d'une espèce de bois tres dur, de préférence "pourpre-coeur", on pose les cannes a sucre, coupées en morceaux, couchées Ie long de la cuve. De tous cotés se trouvent des hommes, des pilons en main, qui écrasent les cannes. Le suo est tamisé par des manari (tamis, mot indien) et place dans des föts. On y ajoute un peu d'eau et on laisse le mélange exposé a 1'air pour quelques jours, de sorte qu'il commence a fermenter. Les Bonni ne placent pas le föt en 1'air, mais ils enterrent ce fut de bois en forme de bateau ou le pot dans lequel se trouve le suc, couvert de feuilles de bananier. Voir aussi van Coll et l 1 image d'une presse a cannes a sucre a Kaai manston sur le Coppename, Bakhuis Ensuite Journal de G. 23 novembre a Godohollo sur le Tapanahoni: II y a ici une sorte de kasiri-korjaal (une cuve en forme de canot, dans laquelle les Indiens préparent la boisson fermentée kasiri) pres d'un appareil de cannes a sucre; pour certaines fêtes ils y font une boisson fermentée avec des cannes. 2^ (Les dieux apprécient aussi I'eau sucrée, § 23, sacrifice prés du Kassisima , et 5J &6). On appelle le sacrifice de nourriture trowei njeyam (jeter de nourriture). Le sacrifice de nourriture sera d'autant plus important en qualité ou quantité que les gens sont plus riches. A certaines fêtes, notamment les fête6 de deuil, certains mets ne doivent jamais manquer, comme la viande de tortue (d'après ClB cestune gourmandise spéciale; 2K 214 raconte comment on laisse goutter du sang de poules et de tortues sur les pieds de I'homme dont ledeuil se termine), même si la tortue était son animal-totem. Le sacrifice de nourriture a lieu a toutes les occasions solennelles. L'intention est de nourrir les esprits des décédés ou bien aussi les esprits gardiens des hommes. Voir ensuite $ 23, 83. On ne sacrifie jamais de la nourriture ou des boissons aux dieux supé rieurs; a ceux-ci on sacrifie de I'eau seulement. Si Ion sacrifie a I'un des dieux inférieurs, on préparé prés des bfitons aux banderoles (les petits fragatiki) vn boucan (étagère) sur laquelle on met les nourritures et les boissons, ou par exemple une petite bouteille de bière. Si Ion demande a vn Djuka d'oü viennent ces cérémonies, et pourquoi il les exécute, il répond :" Masra datti na den weti di ben poti gi wi vu sensi granma teng; "Monsieur, ce sont des lois qui ont existé avant nous depuis les temps de nos ancêtres (d'Afrique)"; lorsqu'ils parlent de I'époque de leur exode ils disent lon lon teng. 74 2*5 2*6 § 61 Tjifunga (Kifunga) La partie matérielle du tjifunga est une corde horizontale, attachée le long dun bfiton ou d'une latte, qui repose sur deux fourches, placées des deux cótés du chemin qui donne acces a vn village ou relais, de sorte que celui qui y entrera doit passer dessous. Toutes les entrees sont munies dun tjifunga (Photo 2K 212; gado hoso et lieux sacrificiatoires sont éga lement protégés par des kifunga; photo Holdridge 216). Le r5le des tjifunga est d'empêcher les mauvais esprits et puissances malveillantes d'entrer dans le village. Un homme qui y vient avec de mauvai ses intentions devient impuissant aussiLot qu'il passé au-dessous du tjifunga et même s'il passé seulement a cSté. A I'occasion de fléaux dans le village, tels les krabudago qui volent des poules, ou vn tigre qui emporte les chiens, et si une grande fête va avoir lieu, on purifie le village du mal et on érige de nouveaux tjifunga pour le garder au dehors. Cette purification s'appelle fom tjifunga (battre tjifunga). Elle est exécutée principalement par la jeunesse et ale caractère dun jeu gai; on le fait généralement aux heures matinales. Au jour fixé, chacunse love de tres bonne heure. On tire quelques coups de fusil, pour alarmer les mauvais esprits, et puis la foule commence a cir culer dans le village dans vn vacerme infernal, battant sur des bidons et boftes vides. Les enfants frappent a toutes les maisons, en criant a haute voix: sortez de la, sortez de la, mauvais esprits, personne na besoin de vous, mauvais esprits, nous voulons vivre en paix dans notre village; re tournez aux régions invisibles. flpe suma no de si vn") . En même temps, a I'aide dun goupillon fait de brins de riz, on asperge les maisons de liquide purificatoire, transporté dans des calebasses et des jattes de bois. Ce li quide a été préparé par vn prêtre avec de I'eau, des simples et du pimba, et il Ia distribué aux gargons qui I'ont demande. Avant, le prêtre avait fait le sacrifice habituel prés du fra b atiki, demandant la bénédiction des Gran yorka, ce qui consacrait I'eau. A vn certain moment tous se rassemblent sur le chemin principal qui mène a la rivière; on tire une salve de fusil; vn hurlement heureux résonne, et on érige le nouveau tjifunga. Sur d'autres chemins aussi, et devant les oabanes oü se trouvent des malades ou des accouchées on place de petits tjifunga. Les maisons habitées, spécialement celles des hommes de marque, ont eu vn tour spécial et il est d'usage que les jeunes gens qui les ont pu rifiées regoivent une récompensé. SAR Une frange de languettes de maripa (feuilles du palmier maripa pas en oore déployées) a I'entrée du village s'appelle Azang et sert a arrêter le mal. Photos 4H 398, IK 144, figure Martin 28. § 62 Petit bano. Confirraer un Granman ou Capitoine dans see dignités s'appelle "poti hem na bangiy le mettre sur un banc. Si un krutu (réunion du conseil) important est tenu, auquel participent aussi des personnes d'autres villages, le capi taine, si les étrangers arrivent, se léve et offre a l'a£né des visiteurs le 75 Zk? banc sur lequel il était assis. Celui-ci poliment refuse I'honneur, en décla rant que la présidence de la réunion ne pourrait pa 6 être confiée a des mams plus capables que celles entre lesquelles elle se trouve mamtenant. SAR IK 80, 1H 272, 325-326 (avec photos). VILLE Voir 1P photo 8, Banc de I'obiatnan sur lequel il s'asseoit lorsqu'il appelle sa possession, et 2H 47 sur I'importance du banc. § 63 Tambour, maraka, cor ou flute, sonnette; langue de tambour et cor. Le tambour est vn objet saint chez tous les Noirs Réfugiés. Le Djuka parle avec une profonde dévotion de son Kobuwa-binsi-ankama, c'est-a-dire bois-peau-corde, les trois parties qui composent le tambour. Les Djuka emploient trois espèces de tambours: le grand tambour Apinti, le petit tambour Pudja et le grand tambour Agida ou Papadron (photos 1G 70, 2K 212) . Les tambours sont construits uniquement en bois de cèdre et peau de daim (dia), de léopard (sro) ou de loutre (njundu) et comme corde on emploie uniquement de la pite (singrassi, fibres Eromelia). Le tambour est utilisé aux danses gado, a I'évocation des gado, etc, et pour transmettre des messa ges. C'est I'Apinti que Ion utilise le plus souvent, notamment pour les dif férentes danses et pour la communication des massages. Le Pudja est employé principalement pour les services funèbres, par exemple pour la danse Tuka (§ 55)* Le Papadron est employé spécialement pendant les fêtes sacrif iciatoi res en I'honneur de Papagado et d'autres danses gado. Si le Granman part en voyage, il emmène toujours plusieurs tambours; voir plus détaillé 3L 116. Sur Ie Maroni on transcet les sessases d'un village a 1'autre jusqu'a Drietabbetje. Les télégramnies de tambour ne sont pas seuleraent des annonces d'un caractère général; au moyen du tambour on peut aussi donner des détails, faire de6 conversatione et communiquer des noms; Ie langage-tambour des Djuka est compris par d'autres tribus de Noirs Réfugiés. Connaitre la langue de tambour est important pour Ie Noir Réfugié; autrefois on avertissait avec Ie tambour pour des attaques iinprévues et encore waintenant on transmet les messages pour des cérémonies religieuses, et 1'on envoie des prières entiè res aux dieux en langue da tamhour . Un joueur de tambour habile est tres estimé. Dans chaque village il y a quelques joueurs de tambour capables, dont la tache est non seulement de jouer du tambour quand c'est nécessaire (fon dron) mais aussi d'apprendre Ie métier aux jeunes. Voir ensuite IL 86-90» Les Djuka ont aussi un instrument a vent, Ie tutu, qui est employé pour les messages destinés a la propre tribu ou au seulement (voir pour détails IL 88); bro tutu = jouer de la flute ou du cor. Le tutu est habituellement en fer blanc (comparer avec Benoit 62 et figure 61 1'instrument a signaux, Lindbloa 60 donne une image d'un tutu de boie.) Le sakka-sakka, maraka, est employé par l'obiaman en évoquant son gado, voir § 36. Il se compose d'une calebasse creuse dans laquelle on a mis des graines et a travers laquelle on a introduit vn bfiton comme manche, et géné ralement le maraka est copieusement enduit de pimba. Dans la calebasse sont sculptées des figures, représentant les attributs du gado pour qui le maraka a été construit, bien qu'il puisse servir a évoquer aussi d'autres gado. 76 2k& Journal de G. le 26 juin 1937 a Odun sur le Lawa: Dans une maison vn homme est en train de couper une calebasse pour en faire vn maraka; il y en a encore deux a faire; il y a mis des graines de mals. Je demande au constructeur la signification des figures qu'il y sculpte: "C'est moi qui les ai faites, mais je ne sai6 pas ce qu'elles signifient". Sonnette ou timbre, voir § 20, 37 (le 26 juin 1937), 1G 64. BONI Photo tambour IK 58 Paramacca, Photo tambours IK 60. SAR Voir 1H index, et 331 "La créoelle (maraka) est sainte pour le Kromanti, et en la secouant, on peut faire venir la possession, même si les tambours manquent"; 4H 399 photo tambour et maraka. VILLE Le lukuman a vn petit maraka. Voir ensuite 1P 172 et la suite, les photos des tambours, 163. 2H 87 et la suite, 520 et la suite avec des photos. VI.- FAMILLE ET DROIT § 64 Matriarohat, polygamie, inceste, adultère. Les Djuka sont sous le régime du matriarchat. Une familie est soumise a la puissanoe de I'oncle ainé du cêté de la mère. Neveux et nièces du o6té de la mère sont appelés frères et soeursj ceux du cöté de la mère, surtout les enfants de deux soeurs, sont traites absolument comme frères et soeurs. Mariage ou relations sexuelles sont in terdits entre parents et enfants ou d'une même mère ou un même père, entre oncle et nièce, tante et neveu, et entre les enfants des frères ou soeurs. Néanmoins 1'inceste existe entre un homme et la fille de sa soeur, ou une femme avec Ie file de && soeur, ou un homme avec la femme du frère de sa mère ou un homme avec la femme du fils de sa soeur. L'inoeste entre parents et enfants ou entre frères et soeurs réels n'arrive jamais ou presque. Chaque homme peut prendre autant de femmes qu'il peut soutenir. Il y a des cas oü quatre ou cinq femmes ont le même homme pour époux légal. Le Granman Oseisi se permettait même le luxe de sept femmes. Ccci est possi ble paroe qu'il y a plus de femmes que d'hommes et parce qu'un nombre consi dérable d'hommes restent célibataires. Il existe aussi des oas oü vn homme na jamais pris qu'une seule épouse et oü les époux se sont restés fidèles jusqu'a la mort. La polygamie est legale et toutes les femmes légales dun homme ont les mêmes droits» La polyandrie n'existe pas. L'adultère est tres commun. L'homme qui est surpris dans I'adultère est étrillé et ne doit pas se défendre; la femme est exempte de punitions, et habituellei.ient elle est fiere si vn grand nombre d'hommes ont été étrillés a cause d'elle. Faire la cour a une femme engagée ou mariée est déja consi déré comme adultère. Jadis l'homme qui commettait l'adultère avec,la femme du Granman ét-ait mis a mort. En plus de l'inceste et de l'adultère, I'amour homosexuel et la masturba tion sont considérés comme des vices, mais existent a peine. Les relations sexuelles entre des enfants pas encore nubiles ne sont pasrares. La prosti tuticn existe. 77 249 250 § 65 La Familie. Il existe bien vn lien avec la familie paternelle, mais pas ausßi étroit qu'avec celle de la mère; voir ensuite kma, § 13. Les pères n'ont presque rien a dire sur Ie sujet de leurs enfants, bien que Ie père enseigne au fils tout ce dont celui-oi a besoin. Les Djuka vivent dans des relations maritales peu étroites; il arrive souvent qu'une femme ait des enfants de plusieurs mariages successifs. II peut arriver que la familie d'un homme divorcé, ou eet homme lui-même, aime bien certain enfant; il est alors possible qu'il soit cédé a la familie paternelle pour Ie reste de son éducation, par consentement spécial de 1'oncle maternel. Il y s de nombreux exemples oü ces enfants devenus adultes, sont oomplètekent aliénés de la fa milie maternelle ou même du lo de la mère• Un premiermariage a lieu tres solennellementj les mariages suivants sont moins solennele, maia sont tout de même célébrés avec cérémonie» Aussi vieille que soit la femme, il lui faut toujours Ie consentement de ses oncles(et en cas d 1 absence de ceux-oi, celui des frères nés de la même mère) pour pouvoir se marier. La célébration du mariage consiste en un sacrifice par 1'oncle ou Ie frère ainé disponible, en implorant la bénédiction des Granyorka sur la liaison. A I'occasion de la dissolution dun mariage la femme met encore au cou rant ses oncles ou frères, qui doivent veiller a ce que les parents de l'homme soient prévenus aussitSt que possible. Ccci se rapporte a leurs conceptions religieuses: si I'une des deux parties meurt, ledeuil obligatoire (tjari blakka) est périraé automatiquement. Si la familie ne le savait pas, I'une voulant duper I'autre, pourrait exiger ledeuil, prétendant ne pas savoir que le décédé était divorcé avant sa mort; elle pourrait refuser de lui rappeler, en sacrifiant, qu'il doit laisser en repos son ancienne épouse, car elle n'é tait plus sa femme au moment de sa mort. La familie de la femme (si c'est oelle-ci qui est morte) peut ainsi duper la familie de l'homme de la même fagon. Si I'un des époux veut divorcer, il dit "je m'en vais" et I'autre répond: "donne-moi le temps de le dire a ta familie." Ensuite on se sépare sans plu s de formalités. Le divorcé est souvent accompagné de querelles et on se sépare en colère. Mais il arrive plus souvent qu'on se quitte tres amicalement, et que la femme porte neme les bagages de l'homme a son canot, lorsqu'il va quit ter la maison conjugale et le village de la femme, et parfois elle lui pré paré ses mets favoris pour le voyage. En cas de divorce, habituellement 1' enfant jpeut choisir dans quelle fa milie il veut rester. Autrefois la veuve dun Granman ne pouvait pas se remarier, aussi jeune qu'elle füt. D'ailleurs en ce temps-la il n'était pas question qu'un Granman divorgfit. Ce qui arrivait c'était qu'un Granman ne visitait plus une vieille épouse, mais néanmoins elle restait mariée avec lui. Un Granman ne peut pas obtenir plus d'une femme dans la même familie et si la femme meurt, il ne peut toujours pas prendre une autre épouae dans la familie de cette femme. Une familie orthodoxe ne donnera jamais en cas de divoroe et même de décès, une seconde jeune fille au même homme• II est de plus difficile d'obtenir de la même familie une femme qui est déja divoroée. 78 251 § 66 Familie et lo La solidarité dans la tribu des Djuka est grande; elle est plus forte dans le Lo et plus encore dans la familie. Le groupe est responsable des actions dun seul membre, comme le membre I'est du groupe. Si par exemple vn membre de la familie fait une dette et qu'il ne puisse pas la payer, on la reclame a sa familie. Ccci ne s'applique pas seulement a des dettes. Si vn jeune homme a sé duit une jeune fille, et si la familie de la fille ne peut pas exécuter son droit d'étriller l'homme parce qu'on ne peut pas trouver celui-ci (par exem ple parce qu'il transporte des marchandises aveo son canot), la punition est appliquée sur ses frères ou cousins, sans aucune forme de proces, et ccci est une action legale. Comme il a déja été dit dans ce qui précède, celui qui est puni ne doit pas se défendre, mais il peut prendre la fuite. Dans des cas tres sérieux, par exemple si une fille séduite meurt pen dant la grossesse ou I'accouchement, la familie entière de la fille se rend au village du coupable. Celui-oi est en général déja averti, par exemple par vn signal de trompe, et il a pris la fuite. Alors on enlève les toits des maisons de sa familie, on entre dans les maisons, on démolit les meubles et habituellement la familie attaquée prend aussi la fuite. Des amis des atta ques s'interposent pour faire vn proces de cette affaire, pour que la partie offensée n'exécute pas son droit légal de punir (Voir aussi Ko 397). La seule chose qui est interdite est de détruire des champs (des récol tes) et d'endoramager des canots. Un vengeur aussi ne doit pas attaquer I'au tre dans la forêt ou sur la rivière, comme il est interdit a l'homme de chfi tier sa femme a ces endroits-la. Le motif de cette interdiction est qu'un homme ne sait pas s'arrêter; dans la forêt et sur la rivière il n'y aurait pas d'assistants qui aient conserve leur sang-froid pour séparer les belli gérants s'ils vont trop lom. Si un homme marie reste dans Ie village oü habite sa femme, il est obli gé de la posséder quotidiennement. S'il est en voyage, ce devoir n'existe pas mais s'il reste absent trop longtemps, il est prié de revenir; s'il ne vient pas, malgré avertissements et exhortations, une députation de deux ou trois parents masculins de la femme Ie recherchent et lui offrent Ie choix de re venir, ou de recevoir sa bofte a Kamisa (boite contenant un pagne neuf), ce qui signifie que la femme veut divoroer. L'exemple suivant montre combien on vit sous le pouvoir de la familie: Un homme veut partir pour vn transport et en fait parta sa mère. La mère dit: " je ne crois pas que ton oncle y consente." En se renseignant auprès de sa mère il apprend que I'oncle aura besoin de ses services comme bossman de son canot, ou pour creuser ce canot. Il re joint son oncle qui lui répond tres ai mablement qu'il na aucune objection ó ce qu'il parte pour vn transport, mais qu'il est tres probable que vers le temps du départ I'oncle ne sera pas la pour sacrifier a sa place, de sorte qu'il cherohera a temps une autre personne pour le sacrifice. A mots couverts I'oncle a fait savoir ainsi qu'il ne coopè re pas. Car verser I'eau est le travail de I'oncle; il peut être exécuté par quelqu'un d'autre, pourvu que celui-ci en regoive I'ordre de I'oncle. Si Ion ne sacrifie pas, l'homme est exposé au danger dun accident de canot, les Granyorka étant ffiches. Il y a tout de même des Djuka qui ne se laissent pas arrêter par ce refus dun onole. 79 Comme il a déja été mentionné, la familie est responsable des dettes dun de ses membres et une dette peut être réclamée a toute heure. Le créan cier a ses moyens de contrainte. Il peut,, après de nombreuses exhortations, menacer la familie de se tuer si la dette nest pas réglée immédiatement. Chez les Djuka il arrive que la menace soit vraiment exécutée par le poison. C'est même une habitude ohez les Saramacoa, mais ceux-ci se tirent une balie dans la tête. La conséquence de oette action amène vn kunu sur les debiteurs. (§ 14, 88). Chez les Djuka en outre, la doctrine de Grantata joue un rêle. Le créan cier peut foroer ses debiteurs a payer en pronongant une rnalédiotion sur lui. même ou sur ses parents, par exemple: 11 j 'espère qu'en a'en allant d'ici je coulerai avec mon canot dans les sauts et je me noierai." Ou l1 je n'ai pas d'argent pour soigner mes enfants; j 1 espère qu'un serpent viendra et en tuera un." Le péché mortel produit par cette malédiction vient alors sur la tête des debiteurs négligents. Ceux-ci se dépêchent alors d'emprunter 1'argent a des amls ou des voisins avant que 1'échéance ne soit arrivée, ou de trouver un gage qui contente le créancier. 252 Supposons qu'un homme ait offensé vn autre homme, en séduisant la femme de celui-ci, et que la partie offensée ne puisse trouver ni eet homme, ni vn de ses parents pour I'étriller. Des années peuvent s'écouler, mais la culpabi lité ne se périme pas. La crainte dun fiofio (ö 15) obligé la partie offensée a faire quelque chose pour finir I'affaire. Un des parents ou vn vieil ami doit se prêter a être inveetivé et outragé, soit par I'offensé lui-même ou par vn de ses parents.(Au sujet de termmer une querelle par vn combat, merifeti, voir Ko 398). § 67 Propriétés des époux, distribution du travail Les époux ont chacun leur propriété, mais ils peuvent se faire des cadeaux. Le régime de la communauté n'existe pas. Ni l'homme ni la femme n'ont le droit de disposer de la propriété de I'autre en son absence. Chaque homme commence a bfitir une maison au village de la femme dès qu'on est d'accord pour le mariage. Celui qui est fort et qui est assisté par ses parents en bfitit- une autre a son propre village. En cas de divorcé la femme conserve les deux maisons. L'homme est obligé de construire vn petit canot pour que sa femme puisse aller a son champ. L'homme défriche vn champ pour la femme et la femme le plante. L'homme peut également défricher vn champ pour lui-même. Il le plante alors lui-même, aidé parfois de ses soeurs ou nièoes ou de ses enfants adultes. Sa femme I'aide aussi parfois. La femme est obligée de nourrir l'homme de la récolte de son champ; a son tour l'homme est obligé d'aller a la chasse et a la pêche pour la femme. La supervision de la nourriture repose cependant entièrement sur la femme. L'homme achète les vêtements pour eux deux, ainsi que Ie hamac et la mous tiquaire, la femme les entretient. Les meubles et ustensiles de table, y compris tout oe que l'homme a acheté pour Ie ménage, reatent la propriété de la femme en cas de diyoroe. Il ne reste a 1'homme que son fusil, sonare et ses flèches, les vêtements qu'il porte, son hamao de réserve et son c anot. 253 8 157 A la tête de chaque se trouve vn Gran Kapiting (Grand Capitaine) qui porte Ie titre de Ledidjakti (Manteau Rouge). Il est assisté par vn sous-oa pitaine, Ie Blaka djakti (Manteau Noir), qui est en même temps son rempla gant. Après celui-ci vient Ie Busi Kapiting (capitaine de la forêt) qui oom mande Ie cours habituel des affaires quotidiennes. Un lo_ englobe habituellement plusieurs villages, qui parfois sont si tués tres lom les uns des autres. Dans chaque village il y a vn Basia (chef; dérive du mot "bastiaan" qui veut dire négrier; voir aussi §80,84), qui re présente le pouvoir. Les Blakadjakti et le Ledidjakti généralement n'habi tent pan le même village; au village oü ils habitent il y a néanmoins vn Basia. Les fonotions du Basia sont plus ou moins celles du maire et du com missair •; de police; il donne aussi les ordres pour les travaux colleotifs et pour lea corvees pour le Granman (notamment pour cultiver annuellement de petits champs pour le Granman, ce pour quoi chaque lo_ doit fournir quel ques hommes), pour batir des maisons, construire des canots, chasser et pê cher pour une grande fête. Dans vn village plusieurs families demeurent ensemble; d'habitude tous les membres d'une familie habitent le même village, excepté les hommes qui ont épouse une femme qui n'habite pas le village; ceux-oi demeurent prés de leurs femmes. Le plus haut pouvoir dans chaque familie repose entre les mams du plus vieil homme, qui est aussi en même temps le conseiller dans les af faires privées. Les lo sont divisés en deux groupes: les opo-ningre (les Noirs du cours supérieurT7 habitant principalement en amont du Sangamasusa, et qui appar tiennent en particulier au dieu Gwangwella; les bilo-ningre (Noirs du cours inférieur) qui habitent principalement en aval du Sangamasusa, et qui appar tiennent en particulier au dieu Gedeosu. Depuis la disoorde entre le Gran man Oseisi et le oapitaine Arabi (IQ 52 et la suite, IL) il existe vn troi sième groupe, oeux des Godohoroningre, du groupe de villages Godohoro(lo des Dju-ningre). Tout le continent et toutes les lies dans les rivières oü habitent les Djuka sont partagés entre le6 jLo_, avec une sous-division selon les villages, pranasl (plantation) et encore selon lea families, bere (ventre). La frontière est souvent une grande orique, ou une ligne imaginaire qui commence sur vn saut ou sur une ile dans la rivière, et qui entre dans le pays en faisant vn angle de 90° avec la rive. En amont du village Djuka situé le plus haut et en aval du village Dju ka situé le plus bas s'étend le domaine du Granman; autrefois ils I'éten daient même jusqu'a la mer, et encore mamtenant ils considèrent le cours supérieur de la rivière comme propriété du Granman. Do la vient qu'autrefois ils interdisaient parfois le passage aux Ealatableeders (chercheurs de ba lata) et aux cheroheurs dor, et fermaient dcc parties de la rivière aux In diens du haut pays, ou comme punition a I'égard de oertaines personnes ou dun certain 10. Si vn danger quelconque menagait, il arrivait que le Gran man interdit toute navigation, par exemple sur le oours supérieur: passi tapu. On considère les Indiens Oayana et Trio du Tapanahoni supérieur et du Paloumeou comme soumis au Granman des Djuka, et de même les Bonni considè rent les Oayana sur le Litani oomme soumis au Granman des Bonni. Le Lawa et ses formateurs a partir des sauts Abounasounga sont consi dérés oomme appartenant aux Bonni; en aval de Abounasounga se trouve le 80 25<* § 68 Droit d'héritage Chaque village est divisé en arrondissements. Chaque arrondissement est habité par une certaine familie. Les maisons sont apparemment bfities sans système et sans ordre, mais le6 propriétaires savent dire exactement pourquoi telle maison a été bfitie comme elle I'est. Le Djuka aime beaucoup les arbres fruitiers autour de sa maison. Ce sont principalement des cocotiers, des orangers, manya, citronniers, kasyu, et une certaine espèce de bakove, nommée par eux pangtakre.(On mange rarement des pangtakre, mais c'est indispensable car pour le voyage du mort jusqu'au canot pour I'enterrement, le chemin que parcourt le corps est couvert de petites bottes de pangtakre, afin que le yorka du mort trouve partout a manger). Les arbres fruitiers restent la propriété de celui qui les a plantes, que ce soit l'homme ou la femme. Les enfants n'héritent jamais du père (SAR Idem, Sta 260, 1H 73) aussi riche qu'il soit, et peu importe si ces enfants ont aidé a gagner ces ri chesses. Si vn homme meurt, les fils de ses soeurs héritent tout. Si I'un de ceux-ci meurt, et s'il laisse des enfants-masculins, ceux-ci jouissent des mêmes droits. Si une fsmme meurt, ce sont ses filles qui héritent, ou, si elle na pas de filles, les filles de ses soeurs. Les fils alors n'héritent ni du père ni de la mère. Les parents qui vivent en paix les uns avec les autres, tiennent toujours conseil pour effectver la distribution; si I'héritage est important, ils en cedent une partie a ceux qui n'ont pas de droits. Il arrive aussi que des cousins qui héritent de leur oncle, qui le connaissaient peu ou prou (alors que le décédé est toujours assisté par ses enfants), cedent leur part a ses enfants. Pour exprimer I'estime qu'ils portaient au décédé, ils demanderont vn objet que celui-ci utilisait quotidiennement. Les arbres fruitiers font aussi partie de 1'héritage. S'ile ont été plan tés par Ie décédé a un autre village que Ie sien, ils sont généraleraent offerte a quelqu'un qui habite Ie village oü ils se trouvent, habituellement au chef du village» Les autree propriétés sont emportées par les nouveaux proprié tairesj un héritier peut démonter une maison et la tran6porter au village oü il habite. A part ce qui précède, chacun avant sa mort fait son testament et dis tribue ses biens terrestres comme il lui plait. Il arrive parfois qu'après la mort de quelqu'un qui laisse vn héritage important, les héritiers se dis putent une chose ou I'autre, ou bien I'un se sent lésé par rapport aux au tres, etx. Si le corps nest pas encore enterré, on invite l'esprit du mort a se prononcer (Voir & 82); cette déclaration du mort est alors suivie fidè lement• § 69 Justice. Celui qui veut chercher des matériaux a bfitir dans le domaine du Granman (§ 1) , y abattre vn arbre, ou y chasser, a besoin d'une permission du Granman. Toute infraction est punie sans pitié. On confisque alors I'instrument et le 81 coupable peut s'estimer heureux si une amende lourde ne lui est pas infligée. Le récidiviste est mené devant la justice et parfois même puni de travaux forcés. Sur le terrain appartenant a une familie, chaque membre de cette familie peut, sans en demander la permission, abattre vn arbre pour en faire vn bateau, chercher des matériaux a bfitir, emporter des feuilles de wal (pour couvrir les toits ou les bateaux), abattre du neku (§ 80) ou défricher vn champ. Tout cela est possible a condition qu'un autre n'en ait pas déja disposé et ne I'ait indiqué dun signe clair. Dans ce cas ce qui a été pris a tort doit être res titué, même en cas dun arbre déja utilisé a la construction dun bateau. Ccci est beaucoup plus difficile si o'est arrive sur le domaine d'une autre familie ou dun autre _lo_, en particulier si c'est vn Lo avec lequel on ne se trouve pas en bons termes. Il arrive que I'infracteur proteste contre la con fiscation et que I'autre partie en fasse vn prooès. S'il est condarané et s'il proteste en saccageant la plantation ou en rendant inutilisable le canot, il se rend coupable dun crime qui est sévèrement puni. L'homme qui a commis 1'adultère est rosse par Ie mari, comme déja décrit i (ö Ensuite 1'affaire passé devant un tribunal composé de membres Sgés des deux families. Généralement 1'offenseur est oondamné a faire amende honorable et on arrose 1'affaire. Mais si 1'offensé qui vient se faire justice est lynché lui-mlme par la familie ou Ie3 amis de 1'autre, c'est un cas grave, qui ne peut Itre jugé que par la Cour supérieure & Drietabtetje. 255 On considère aussi les suites: en cas de séductiond'une fille § 64) et de malédiction (a 4l) (quelqu'un meurt et le corps révèle qu'une malédiction en était la cause) il peut aussi y avoir des circonstances atténuantes. Toute affaire, peu importe son sujet, est traitée en premier lieu par le conseil de familie, composé des plus vieux membres masculins de la familie. S'il s'agit dun differend entre deux ou plusieurs personnes , les afnés de toutes les personnes en cause feront partie de ce conseil (krutu). Si Ion ne peut pas arriver a vn accord, I'affaire est transférée au Pranasi, c'est-a-dire en ce cas la cour du village, dont les membres ont été délégués par les villa ges des personnes en cause. Le tribunal suivant est le conseil du lo_; si nécessaire le conseil des 10. Après ce dernier tribunal, le demandeur eu ses parents peuvent se pour voir en cassation. Alors le Granman s'en mêle. Celui-ci convoque le conseil des capitaines bilo ou opo, selon que cestune affaire de Noirs bilo ou opo. Le conseil se prononce après d'amples et longs discours. On peut se pourvoir en cassation même après cette décision en s*adressant au conseil de tous les Capitaines opo et bilo, le Grankrutu. Ce conseil décide en suprème ressort, mais le Granman a cependant le droit de veto. Je dois encore noter que chez les Noirs Réfugiés il existe une sorte de justice de jury; chaque homme adulte est membre du jury dans n'importe quel village ou lo_, oü I'affaire est traitée. Dans les nombreux entr'actes pendant la session, les membres du jury, c'est-a-dire le peuple ou (comme on les ap pelle) "lanti" ont I'occasion d'exprimer leur avis aux juges, qui tiennent comp te du point de vue de la majorité. Les femmes ne eont jamais tolérées a un krutu sauf en tant qu'auditrices; elles n'ont jamais Ie droit d'opinion, excepté s'il e'agit d'affaires de ma riage, de divorce ou de réconciliation. Dans ce cas, non seulement elles 256 82 257 participent au krutu, mais elles y dirigent même la conversation, et la décision dépend habituellement de la majorité des femmes qui participent au krutu. Il arrive souvent que si la décision est contraire a 1'opinion des femnes, elles demondent une révision. Alors on doublé Ie norabre des membres de Ie familie et des personnes hors de 1'affaire, qui tiennent alors un autre krutu. Ensuite 1'affaire peut encore être présentée au Gran man en instance supérieure. § 70 Punitions Le Djuka adhère a I'idée que le mal doit être puni, et spécialement les péchés contre I'une des divinités, surtout Grantata. L'infracteur lui même a intérêt a être puni, car s'il nest pas puni par des juges terres tres, ce qui I'attend des juges invisibles est bien pire. Les péchés mortels surtout ceux qui se rapportent a la doctrine de Grantata, ne peuvent être annulés que par des peines corporelles. Le Granman lui-même, bien que por teur dun gado selon les Noirs Réfugiés, n'y échappe pas. L'histoire suivante s'est ébruitée, bien qu'on ait essayé de garder soigneusement le secret: Le Granman Oseisi avait commis pikadu, I'inceste, oe qui est vn grave péché contre Grantata. Son affaire était traitée par vn krutu de quelques personnes haut placées, sous la présidence de son cou sin et adversaire Arabi (photo 2F 8l), et on infligea a Oseisi une peine corporelle. A cause de la haute position d'Oseisi la punition ne pouvait être exécutée que par Arabi. Arabi aurait pu lui donner symboliquement vn léger coup, mais il a obligé Oseisi a se mettre tout nu dans une cabane isolée et il lui a donné trois forts coup 6 de fouet. Il y avait la le ca pitaine Tjori (mentionné dans 1G 55) et quelqu'un d'autre (après la mort du capitaine Tjori il apparut qu'il était vn wisiman, mais le Granman Amak ti le fit enterrer tout de même.) A de graves crimes, comme wisi, meurtre, séduction de la femme du Gran man ou d'une autre personne de haut rang, on appliquait autrefois la peine de mort. Le conseil des capitaines, opo et bilo ensemble, était autorisé a prononcer la peine de mort; le Granman avait le droit de veto. Le Granman cependant avait aussi le pouvoir de prononcer une sentenee de mort. La peine la plus lourde était d'être brülé vif (Avec supplice selon Stn II/2/51, 268-272 (Saramacca), Ho I 273i C 18-19; Ie coupable pour cela était livré a la familie de sa victime). Il y avait aussi la punition d*être pendu par Ie cou et celle d'être décapité avec un sabre (Le chef Bonni le faisait personnellement, d'après Coudreau 2*f). L'exécution avait lieu en général dans le village oü habitait le coupable, ceci a cause du kunu (§ Ik) créé par la sentence de mort. Parfois aussi on exécutait la pu nition a un endroit destiné spécialement a eet effet, comme Sangamasusa. Le corps était jeté dans un certain endroit de la forêt, loin du village. Le Granman Abraham Blijmoffo supprima la peine de mort lorsqu'il re gut le pouvoir (vers 1866). Arabi le déplorait toujours; il était d'avis que les Djuka ne peuvent pas être gouvernés sans la potenoe. On inflige souvent des amendes. Les amendes sous forme d'une ou plu sieurs dames-jeanne de tafia, ou dun canot,etc., sont tres fréquentes. Ces amendes sont toutes versées au Granman lui-même. 83 La privation de liberté est commune, avec ou sans travaux forcés, comme défricher vn champ ou creuser uncanot pour le Granman. On peut être condamné au chomage, a passer le temps a ne rien faire et Ion vit alors sur la familie ou les aumênes des autres. Une peine plus lourde est celle d'être obligé a rester assis au soleil a vn certain endroit, vn jour la figure au soleil, le lendemam le do 6. Il existe aussi des punitions déshonorantes comme la charge du service de net toiement des ohiens dans vn village oü il y a beaucoup de ohiens. On poussé le raffinement tres lom dans ces affaires, comme le montre eet exemple, que je me rappelle du temps du prédécesseur du Granman Amakti: Un jeune homme, qui passait pour vn vrai Don Juan, et qui déja avait souvent été puni pour séduction de femmes mariées, avait été envoyé pour subir cette punition dans vn village oü il y avait vn grand nombre de jeunes vierges. Voir encore pour des exemples de punitions 311 5~5 • VII.- LA VIE 258 § 71 Avant la naissance Si une femme est enceinte, son mari ne doit pas la quitter, surtout si elle est encore jeune; a la première gros3esse il lui est absolument impos sible de s'absenter. La familie de la femme y veille sévèrement. Chaque homme a sa maison dans son propre village, mais il est en outre obligé de bfitir une maison pour chacune de ses femmes dans leurs villages. Chaque femme peut cependant rester pendant quelque temps dans la maison de son mari, comme l'homme a son tour peut rester pendant quelque temps dans la maison d'une de ses femmes. Il arrive que pendant une maladie de l'homme, deux femmes, qui s'entendent bien, restent ensemble dans la maison. Un homme prospère, qui a une femme dans vn autre village, bfitit une maison pour oette femme non seulement dans le village de celle-ci, mais aussi dans son propre village. Pendant la grossesse, l'homme est obligé de coucher avec la femme chaque nuit. Il est arrive, que dans le même village deux femmes du même homme étant enceintes, il était obligé de coucher avec I'une la moitié de la nuit, fai sant de même avec I'autre le reste de la nuit. C'est, croit-on, pour facili ter I'accouchement. Il arrive souvent que, une femme étant morte en couches, on constate que l'homme na pas été chez elle pendant de longues périodes. L'homme est alors affreusement maltraité par sa belle-famille et insulté, et la familie refuse de lui permettre ledeuil (§ 83). Un jeune homme qui par tait pour effectver vn transport et qui laissait sa femme enceinte, était ra mene de force.- On eroit aussi que l'enfant est plus fort si le père a plus d'unions sexuelles avec la femme pendant qu'elle est enoeinte.(ldem SAR 2H 54.) Lorsqu'ilest certain qu'une femme est enceinte, les membres de la fa milie de la femme se rassemblent autour du fragatiki, ainsi que oeux de la familie de l'homme,et les amis; I'oncle aïné du cöté maternel de la femme verse le sacrifioe de I'eau. On verse aussi une boisson forte, mais oeoi nest pas indispensable. 84 259 260 Pendant la grossesse de sa femme un homme ne doit pas toucher une bê che, et s'il est obligé de Ie faire pour une raison quelconque, il peut annuler Ie mal en plantant la bêche dans Ie sol par Ie manche et en la lais sant ainsi pendant 2.k heures. Si 1'homme continuait a utiliser la bêche pendant la grossesse, la femme mourrait en couches. Voir ensuite sous neku (S 80). On consulte le paquet sain quise trouve dansle village pour savoir d'oü vient l'enfant, c'est-a-dire par quel gado il a été envoyé (§ 10) . Dès que Ion connait la demeure du gado encause, ons 'y rend même si elle se trouve a des jours de voyage, et on commence a y prier pour vn aocouche ment sans coraplications, une jeunesse prospère de I'enfant, e te. § 72 Naissance Toute enfant de sexe féminin, aussi jeune soit-elle, peut assister a une naissance. On répond a celui quidit que cela convient peu: "ce sont des femmes,d estinées a accoucher vn jour ellee-mêmes, et elles ne peuvent pas le voir suffisamment têt." Dans chaque grand village il y a une sage-femme, qui porte le nom de mekiman. Si tout va bien, on lui laisse I'affaire. S'il y a des complica tions , on consulte les gado (winti) et si le cas reste compliqué, on invo que le Dlnga-gado, qui s'occupe plus que les autres gado de I'obstétrique. Les simples que l'obiaman va ohercher dans la forêt (il entre parfois dans la forêt dans I'obscurité totale et enr evient avec les feuilles) aident I'accouchement. On broie ces simples et on en enduit la femme ou bien on les lui fait avaler, ou bien on lui goutte I'infusion dans les yeux, la bou che et le nez. Alors souvent tout s'arrange, mais il n'arrive pas moins que la femme meure en couches. Si elle est norte avant le partus, on doit cepen dant le termmer. On prend les plus sérieuses précautions pour que la femme en couches n'attrape pas de rhume. La cabane dans laquelle elle acoouche reste fermee et on y maintient unfeu de bois. Chaque soir, pendant au moins vn mois, la femme doit s'asseoir sur une planche au-dessus d'une jatte d'eau bouillante; on la couvre pendant ce traitement de sorte que la vapeur ne puisse pas s'é chapper et qu'elle en soit baignée. Cet usage existe également chez les Noirs de Ville et chez les créoles, bien que moins frequent qu'auparavant. Si 1'enfant est une fille, la mère et 1'enfant doivent rester 7 jours, et si c'est un gargon, 9 jours, dans la cabane feriflée La raison en est qu'une femme a 7 cötes et un homme 9 selon les Djuka. On ne peut oon vaincre personne de 1'erreur de cette idee, car "les vieux 1'ont dit."(15) § 73 Nom. Le nom de la semaine, le nom de I'akra de l'homme, est déterminé auto matiquement par le jour de la semaine oü il ou elle est Le nom de la semaine nest pas garde secret. 85 Le Djuka peut encore avoir vn autre nom. Ce nom peut avoir été déter miné avant la naissance par les parents, vn dans le cas dun gargon, vn autre dans le cas d'une fille. Parfois il se passé des jours, parfois même des semaines et plus, avant que la décision ne soit prise pour Ie nom d'un enfant. On croit que si 1'on donne a 1'enfant Ie nom de quelqu'un, les meilleures caractéristiques de cette personne passeront a 1'enfant. Si par exemple dans Ie village demeure une femme qui est courageuse et forte et estimée par les habitants du village, il arrive qu'une mère veuille donner Ie nom de cette femme a sa fille nouvel lement née. On deaande a cette femme, avec les salaaialecs habituels, si elle veut bien vendre son nom a 1'enfant. La femme répond modestement: "mais a quoi bon donner a 1'enfant un wisiwasi-nom (insignifiant) comme Ie mien? Mes homonymes ne sont pas des gens keureux; est-ce qu'il ne serait pas mieux de choisir un autre nom pour 1'enfant? 11 Mais la familie insiste, indiquant que oe sont spécialement ea modestie et sa simplicité qu'ils veulent voir dans 1'enfant. Enfin elle cède. Le prix est payé par la familie de 1'enfant et oonsiste en un outil quelconque ou une pièce d'habillement , rarement en argent. Celui qui 1'offre parle :"Voioi le paiement pour le nom". L'autre répond: "Le noraeet donné de tout mon coeur (nanga brofu hatti, avec battement de coeur), nous ne sommes pas des êtres heureux mais nous vivons sous la miséricorde de Dieu" . La femme donna alcrs, dès qu'elle le peut, un cadeau a 1'enfant nommé d'après elle. Bien qu'elle ait vendu son nom, elle continue a le porter elle rneme • L'enfant est mamtenant le ninseki de cette femme, mais ce nest pas l'esprit réinoarné traite dans § 9» lis aiment aussi donner a leurs enfants des noms d'Européens qu'ils esti ment; ainsi sur le Tapanahoni il y a un de Goeje, deux Br .Bonne et plusieurs < van Lier (pour ces noras on n'a jamais payé un centimel). 261 Un autre exemple: Un jeune homme s'appelait Atrongautu("il est devenu de 1'or"). Il était l'enfant illégitime d'une fille qui n'était pas mariée et qui, lorsqu'elle se trouva enceinte, fut terriblement maltraitée par sa familie. Mais quand l'enfant naquit, il devint I'adoré de tous, et la mère, qui devait lui donner vn nom elle-même, choisit ce nom en maniere de repré sailles . Les Noirs Bonni donnent souvent des noms d*animaux a leurs enfants, comme Kwatta, Meku, Dia. L'enfant une fois né, on doit rechercher quel est son ninseki (§ 9)5 on consulte pour cela le paquet saint. Dès qu'on sait quel est le ninseki on sacrifie a son esprit et on invoque son assistance pour la protection de l'en fant. C'est vn devoir qui ne doit pas être négligé,ou alors la vie de l'en fant serait en danger. J'ai vu dans vn village vn grand nombre de bébés tomber malades. On consulta Afrako (c'est le nom de l'esprit dans I'un des paquets saints) et Ion apprit que les enfants étaient tombes malades paroe que leurs ninseki n'étaient pas encore identifiés. Tout le village fut engagé pendant plus d'une semaine a la recherche des ninseki a I'aide d'Afrako. Le paquet saint, attaché a une planche, fut porté par deux hommes sur leurs têtes. Un des afnés du village se planta devant le premier porteur et commenga par la question" obia, est-ce que vous répondrez honnêtement, selon la vérité, sans vous moquer de nous, aux questions que nous vous poseront? Vous regardez dans I'obscuritó pour nous; vous avez la puissance de regarder en avant de même qu'en arrière ( I'avenir et le passé"). 86 262 263 Et ainsi de suite en une longue allocution. Enfin il dit:"Dans notre village il y a beaucoup d'enfants qui tombent malades et plusieurs sont même morts (on dit cela même si aucun nest encore mort; ce nest pas vn mensonge, mais plutêt une sorte de courtoisie) et mamtenant vous devez nous aider; dites-nous en la cause; nous supposons que c'est parce qu'ils ne connaissent pas leur ninseki. Est-ce que le ninseki est déja mort depuis longtemps? Répondez-nous l" . Le premier porteur renua la tête a gauche et a droite en réponse néga tive; si par contre les porteurs étaient devenus inquiets et avaient com mencé a quitter leur plaoe, la question aurait été répondue affirmativement. Puis suivit la deuxièue question: M A-t-il vécu ici dans Ie village?" Dans 1'affirnative on continue, on mentionne plusieurs noms a la file et ainsi on réussit a établir le nom, ce que 1'on marque par des cris de joie. Mais cela peut aussi être difficile, durer des jours ou des semaines, quelques heures chaque jour. Le questionneur ainsi que les porteurs doivent être récompensés par la familie, surtout par les vieux; les porteurs sont ~* généralement des jeunes hommes du village. On paie habituellement avec du dram(tafia) ou des pandjes (tissus),etc ~ rarement avec de I'argent. § 74 Incorporation dans la société. Le 9ème jour après la naissance pour vn gargon, et pour une fille le Bème jour, on sort l'enfant de la cabane obscure oü I'accouchement a eu lieu, oe que Ion accomplit tres solennellement: on I'appelle puru na doro. Le matin de bonne heure, des amis, la familie et les voisins arrivent. Puis vn prêtre ou vn des alnés va au fragatiki, sacrifie et implore les Granyorka de prendre l'enfant sous leur protection. Ensuite on va a la ca bane, devant laquelle vn grand nombre de personnes (de femmes surtout) sont assises sur de petits bancs, et autour de laquelle attend une grande foule. Le prêtre se trouve devant eux avec une bouteille d'eau et une bouteille de tafia. Il sacrifie d'abord de I'eau (trowéi watra) et puis du rhum pour at tirer spécialement les esprits. On etend vn pagne neuf sur le sol et la tante de la jeune mère et sa mère frappent sur la porte en disant que c'est I'heure. La sage-femme sort la première portant l'enfant en I'air; la mère et la tante étendent les mams, mais l'enfant est soulevé dun autre cöté; enfin I'une des deux réussit a le saisir. L'enfant est mis sur le pagne et on le reoouvre d'une couverture. Puis on fait sortir la jeune mère. Elle marohe autour de la maison une ou deux fois ala mam de la sage-femme et s'asseoit sur vn petit banc devant la cabane qui a été mise a eet endroit pour elle. Elle est aussi couverte. Puis le prêtre commence a agir. Il enduit 1'enfant de pimba et ensuite d'un iinlment fabriqué de simples qu'il a sur lui dans une calebasse, incite tous les esprits a prendre eet enfant sous leur sainte protection et le dé die a Khedi eu-ia) Khedi ampon. Seigneur des Cieux et de la terre, en levant 1'enfant trois fois et en le couchant ensuite par terre. Il adresse la pa role a 1'enfant et lui dit de devenir un homme bon; il mentionne les vertus qu'on attend de lui e t les vices dont il doit se garder; en premierlieu il ne doit pas avoir ogri hatti (mauvais coeur), donc il ne doit jamais devenir un wisiman. 87 26k Lorsque ccci est terminé le prêtre sacrifie sur-le-champ a tous les yorka. On enlève la couverture a la mère et a l'enfant et on commence a don ner les cadeaux. Si les amis de la maison sont riches, les cadeaux sont plus précieux et plus nombreux; généralement ce sont des vêtements et des outils de ménage. La cérémonie est mamtenant terminée. Les femmes se hfitent de pren dre l'enfant pour faire connaissance. A la fin on distribue des gourmandises également selon la prospérité de la familie. § 75 Jeunesse et passage a I'état d'adulte; vêtements Quel que soit le nombre d'enfants qu'ait une femme, il est rare qu'elle élève I'un deux elle-même de la naissance a I'age adulte. Pendant les pre mières années de sa vie, l'enfant est habituellement confié a la grand-mère du cêté maternel, ou paternel, ou a une tante (la notion de "kweekje"- litté ralement: petit chiendent—de la population de Ville; Ene 436, 2H 21-22, 747). L'oncle du coté maternel dirige I'éducation et s'en mêle de plus en plus a mesure que l'enfant grandit. L'éducation est spécialement destinée a mettre I'individu en état de oc défendre pour la vie qui I'attend. Les enfants peu vent être presents è toutes les conversations, y compris celles concernant les affaires sexuelles; ils peuvent poser deo questions et parfois on examine leur connaissance de cette matière. De même, comme il a été dit auparavant, les petites filles, aussi jeunes qu*elles soient, peuvent être présentes a vn accouchement. Pendant que 1'enfant est encore jeune, jusqu'a ou 15 ans, il peut aller nu (photos nudité et porter kannisa, kweyu ou pangi, 3LI)« Ensuite, Ie gargon regoit de son père Ie kamisa (picoe de coton rayé mise entre les jambes dont les bouts retombent devant et derriére), sans qu'il y ait de cérémonies spé ciales. La jeune fille regoit d'une des grand-mores ou d'une tante Ie kweyu (tablier de coton) . A cette occasion on enseigne a la jeune fille que ce simple chiffon est Ie symbole de la pureté virginale et que c'est sur elle que repose Ie devoir de Ie respecter toujours .(Cette signification du kweyu apparalt aussi dans 1'usage qu'ont les jeunes filles d'un village.s 'il vient dea visiteurs d'un ami ou d'une autre tribu, d'étendre des kweyu sur les bancs sur les quels les jeunes hommes s'assiéront et de les leur offrir a leur départ. Le sens en est que les visiteurs sont regus et hébergés d'un coeur pur et qu'on espère que 1'amitié commencée sestera sans tache.) Mais' toute jeune fille adulte a le droit, si elle est vierge, de retirer le kweyu. En 1907 dans le village Bonni Cottica, je vis vn assez grand nombre de jeunes femmes a la fois aller totalement nues, et je demandai au Capitaine du village, Bayo, si c'était permis. Il répondit:"Ho miner, dati na weti fu wi kondre,"Ah, Monsieur, ce sont les lois de notre pays. Il m'expliqua ensuite qu'il n'existe rien de plus beau que le corps d'une jeune fille; c'est vn don de Dieu a elle et c'est son droit de se faire admirer pendant qu'elle est im maculée."Mais combien de celles qui vont nues ont le droit de le faire?" remar quai-je. Bayo répondit:"C*est alors une affaire entre elle et sa conscience; elle doit prendre la malédiction qui I'atteindra a son propre compte".- Aujourd'hui il arrive de moins en moins que des jeunes filles adultes aillent nues. Vers I'age de 18 a 22 ans, I'adolescent regoit officiellement son kamisa. Pour cela on choisit vn grand evenement de sa vie, par exemple s'il tue vn 88 265 tigre, s'il fabrique tout seul vn c anot qui s 'avere être solide,etc; I'oncle du cêté maternel lui offre, sans cérémonies spéciales, le kamisa , ou bien son père le lui offre au nom de I'oncle. Il est ainsi déclaré adulte et alors seulement il peut demander une jeune fille en mariage. J'ai assisté a la scène suivante: Un jeune homme était bossman dans un bateau, qui descendit un rapide dangereux. Son kula (takari) fut pris en tre les rochers, mais avec la rapidité de la foudre il s'assit les jambes écartées sur 1'avant du bateau et poussant avec ses pieds a gauche et a droite, il tint Ie bateau dégagé des rochers, heurtant ses pieds jusqu'a ce qu'ils fussent couverts de sang. Le bateau descendit sans accident, et un grand-oncle de 1'adolescent, qui 1'avait vu, s'approcha de lui, 1'em brassa et se jeta a ses pieds , disant:"bala, tidéi mi gi yu kamisa" (frère, aujourd'hui je te donne le kamisa); il saisit ses bagages, en sortit un kamisa et le lui remit en disant:"bala luku yu kamisa, tidéi yu tron man ningre" (frère, regarde ton kamisa, aujourd'hui tu es devenu un homme.) Si a un tel evenement 1'oncle du c5té maternel n'est pas présent, mais seulement le père, celui-ci dit:" jeune homme, je demanderai le kamisa pour toi a ton oncle." Les hommes qui veulent être bien habillés portent habituellement une pièce d'étoffe (panyl) nouée sur I'épaule (photos 1G 44, LH 8, 332, 4J 50). Une jeune fille qui porte encore le kweyu s'appelle une kweyuman. Si elle est fiancée, elle regoit au lieu du kweyu vn panyi (pièce d'étoffe portee comme une jupe); ce changement est accompagné d'une cérémonie, è la quelle la familie du futur e6t invitée. La jeune fille se trouve dans la cabane. Un prêtre fait d'abord les indispensables sacrifices aux dieux et aux Granyorka prés du fragatiki. Puis la jeune fille est conduite dehors par la mam d'une tante ou d'une vieille amie de sa mère et on sacrifie a son akra et a 6on ninseki, e t on lui dit qu'elle otera son kweyu aujourd.' hui et qu'elle entrera dans la société comme adulte. Ses devoirs en tant que femme adulte et plus tard de mère lui sont répétés; le panyi qu'elle recevra devra couvrir sa pudeur. Puis la vieille femme enlève le kweyu; pendant quelques secondes elle est toute nue; puis on la couvre du panyi. Félicitations et friandises suivent. Il arrive parfois qu'une jeune fille vieillisse et que personne ne la demande en mariage; cependant elle ne peut pas rester une kweyuman toute sa-vie. On lui donne alors le panyi aveo les mêmes cérémonies, mais a plu sieurs jeunes filles a la fois. Il arrive qu'une jeune fille ne se marie pas du tout, et par exception qu'elle reste aussi vierge jusqu'a sa mort. § 76 Education Chaque Noir Réfugié préféré que son fils ne devienne pas vn wlsiwasi man, vn nigaud. Tres tot I'adolescent est instruit de ce qu'il aura besoin de savoir pour devenir vn membre indépendant de la tribu. Il doit savoir tirer vn fusil avec habileté (la plupart des Noirs Réfugiés tiennent le fu sil a deux mams, mais ils ne laissent pas la crosse reposer sur I'épaule) et savoir tirer les poissons a I'arc et a la flèche; vn assez grand nombre d'hommes savent aus6i tirer le gibier a I'arc et a la flèche. Un homme doit savoir bfitir une maison, faire vn canot dans vn tronc d'arbre, diriger vn 89 266 267 bateau sur la rivière et dans les rapides. Il doit savoir lutter (hasuwa) et danser et il est désirable qu'ilsacne aussi jouer de la flute, du cor et du tambour. On laisse cependant aux gargons la liberté de se spécialiser dais 1'une des matières. Il y a ainsi des Noirs Réfugiés qui s avent tres bien fabriquer des maisons, même sans unseul clou. Les outils indisnensables sont Ir. hache, Ie sabre, Ie rabot, Ie marteau et Ie couteau; pour batir une inaison on n'a besoin de rien de plus. D'autres sont spécialisés dans la fabrication des ca nots oü 1'on a besoin en plus de ce qui est rnentionné ci-dessus, des erminet tes pour oreuser Ie bateau. Toutes sortes d'outils dont on pouvait se passer autrefois, sont devenus presque indispensables aujourd'hui, comme compas, équerre, pergoir,s cie, pierre a aiguiser, clous. Les gargons sont instruits par leurs pères ou parfois par d'autres qui sont spécialisés dans Ie métier vers lequel Ie gargon s e sent attiré. La tante ou grand-mère qui les élève enseigne aux jeunes filles la cui sine, I'art de planter vn abattis (on ne fait rien pour I'entretien des champs), de le récolter et de préparer la cassave. Elles apprennent aussi a coudre et a tricoter des sepu (jarretières de mollet). Les vieilles filent encore le coton, les jeunes achètent tout. La jeune fille doit aussi appren dre a danser car pour la plupart des cérémonies religieuses, la danse est obligatoire.(plus détaillé dans IL 101). Autrefois, lorsque les Noirs Réfugiés vivaient encore en isolement ab solu, ils fabriquaient eux-mêmes leur sel. Pendant des mois entiers on était en train d'abattre des palmiers et d'en enlever le bourgeon (le coeur). Ensuite on rassemblait vn bois qui brüle facileraent, on en faisait vn feu sur vn roeher plat et on y posait les coeurs de palmiers, qui brülaient jusqu'a la eendre. Puis on dissolvait les cendres dans de I'eau, on faisait évaporer I'eau et le reste était dus el. Pour une petite quantité de sel il fallait beaucoup de coeurs de palmiers. On préparait aussi du savon avec des agaves, le indji sopu (savon in dien) . On faisait de profondes entailles dans les feuilles et on récoltait le suc dans des calebasses, que I'onexposait au soleil. On en mêlait de temps en temps le contenu jusqu'a ce qu'il ne restat qu'une masse molle aux pro priétés saponacées. § 77 Tatouages en relief Journal de G. Ie 10 novembre 1907, village Djuka Granbori, sur Ie Tapa nahoni. Ce rnatin Ie kokoti était appliqué sur trois jeunes hommes par des femmes. D'abord on dessine Ie rno'lèle en faisant des points blancs avec un petit baton, trempé dans une solution de pemba dans de 1'eau. Puis on fait de petites entailles avec une lame de rasoir, en serrant la peau entre Ie < pouce et 1'index. Ensuite on lave 1'endroit avec des feuilles de cotonnier et on 1'enduit de charbon de bois. Idem explication de quelques Djuka. L'application du kokoti est faite vers la douzième année ou parfois plus tard; pour une bonne conservation, 1'application doit être répétée de temps en temps. La figure nommée gaté (voir 1P Am Congres XXIV, également idem XVI ngaté) indique 1'endroit oü un homine doit oaresser une femme pendant 1'union sexuellej les femmes la font faire sur Ie coté intérieur des cuisses, et jus te en haut du mont de Vénus, c aril semble être agréable que la peau soit ru gueuse a eet endroit-la. 9 158 domaine des Djuka. Ceux-ci souvent défrichent de petits ohamps sur le Lawa, le sol fertile étant devenu rare sur le Tapanahoni a cause d'une oulture sans disoernement. Prés dun tel champ se forme alors parfois vn village permanent, comme Gransanti, qui existe déja depuis vn siècle. Les ohamps sur le Lawa ont été défrichés par des Noirs Bilo; les Noirs Opo qu'on y trouve sont des hommes Opo qui se sont mariés avec une femme Bilo habitant la. Ces établissements sur Ie Lawa ne sont pas reconnus comme de vrais vil lages. Le champ a été défriché originellement par une familie, dont il por te souvent encore le nom; d'autres peuvent s'être joints è. eux. L'homme le plus agé de la familie qui Ia fondé exeroe le pouvoir. Sur le Lawa ils se trouvent plu 6 ou moins en dehors du pouvoir du Granman et des lo_; si, pour tant il arrive quelque chose dans leur lo_ ou dans leur tribu, ou si leur pré sence est néoessaire, ils sont appelés. Que ces hommes habitent sur le Lawa na pas I'approbation des Granman en général, et souvent oela a été la oause de graves conflit6 entre le Granman et les capitaines Bilo. Plusieurs fois le Grandman a interdit de défricher de nouveaux champs sur le Lawa; interdic tion qu'il ne pouvait pourtant pas maintenir» car il était alors incapable d'indiquer a son tour, sur demande des capitaines Bilo, vn endroit a défri cher sur le Tapanahoni supérieur. Les villages Djuka sur les criques Sara, Cottica et Commewijne sont re connus comme villages ordinaires, mais a cause de la grande distanoe les dif férentes oompétences du Ledidjakti ont été transmises aux Anciens looaux. Des affaires tres importantes cependant doivent être décidées la o\i siège Ie chef du lo . Les Djuka de la crique Sara sont assez différents des autres en ce qui concerne les moeurs et le6 habitudes; peut-être en est-il ainsi paroe qu'ils sont restés a eet endroit pendant la fuite, tandis que les autres allaient plus lom, jusqu'a la crique Djuka et le Tapanahoni. Ain6i leurs relations avec les Saramaoca ont dü avoir une influenoe. Les Djuka de la Cottica et du Commewijne ne se sont installés la que plus tard. § 2 Origine du nom Djuka; langue; éoriture. Les esclaves fugitifs, ancêtres des Djuka, qui au XVIIIème siècle passè rent du Tempati vers Ie Sud, trouvèrent Ie repos pour la première fois dans la vallée de la crique Djuka. A leur grand étonnement ils y virent vn grand nombre de petits oiseaux qu'ils crurent connaitre, nommés Djuka en Afrique. C'était pour eux la preuve que leß dieux les avaient suivis d'Afrique jus qu'ici. C'est pour cela, dit-on, que chaque membre de cette tribu appelle lui même, la tribu entière et aussi la oontrée oü ils resident Djuka. La orique oü ils s'installèrent en premier se jette dans le Maroni et s'appelle enoore aujourd'hui la orique Djuka. La désignation Auca nest pas employee par ccc hommes eux-mêmes. Ce nom vient de la plantation Auca (plan, 2G) d'oü vn sentier menait a leurs éta blissements (5J 277 Wong 303, 352). 90 268 SAR 1H 27, 31, 32, 223 et la suite, et Eilerts de Haan 111-112 oü apparalt clairement I'intention érotique de différents tatouages. Photos 31 II planche 111, OW 69, Vandercook 147, 185, 241, Holdridge 216, 217, Bonaparte. § 78 Engagement et mariage L'engagement est aocompagné de beaucoup de poésie. Un jeune homme par exemple est amoureux d'une jeune fille dun autre village. Il essaie de de venir I'ami des jeunes hommes de ce village et ainsi fait la connaissance de la fille. Il essaie de se concilier ses bonnes grfices en lui donnant de petits cadeaux. S'il s'apergoit qu'elle le tient en affection et s'il ose lui poser la question, il lui fait apporter par vn petit gargon le message demandant si elle veut bien tresser ses cheveux. Si oui, il peut espérer, sans avoir encore de certitude. Il va a elle en emmenant son peigne; ni I'un ni I'autre ne dit vn mot pendant qu'elle le coiffe. Après I'avoir re merciée, le jeune homme se dépêche de demander aux amis auxquels il avait confié son secret:"qu'est-ce qu'elle a dit?" Avec enthousiasme les amis le féliciteront, s'ils apergoivent dans le tressage vn motif qui v eut dire I'affirmation• Par sa fagon de tresser la fille peut aussi exprimer cependant, qu'elle veut attendre encore, et ceux qui savent lire le tressage peuvent aussi voir immédiatement qu'elle ne veut pas. Il se peut aussi que I'adolescent amoureux offre a. la jeune fille vn peigne ou vn paritiki (pagaie, servant de g-ouvernail) sculpté par lui-même. La jeune fille demande alors a vn confident:"lis-moi ce qui est écrit ici", (si elle ne peut pas le lire elle-même). Une déclaration d'amour est exprimée dans la sculpture. Si la jeune fil le accepte Ie cadeau, c'est qu'elle dit oui. Lorsque les jeunes gens se sont mis d'accord, le jeune homme raettra aussitêt que possible son tiu (oncle du c6té maternel) au courant, demandant son aide et son support. Cet oncle met au courant la mère et la familie ma ternelle du jeune homme, puis celle du père, et il va au village de la jeune fille et se met en rapport avec I'oncle de celle-ci pour en délibérer. Géné ralenent ces affaires sérieuses prennent place entre 3 et 5 heures du matin. Si le village est lom, I'oncle y restera spécialement pour cette affaire. Il annonce son arrivée en se grattant la gorge, et la réponse est: "ya, suma dé" (oui, il y a du monde). Avec beaucoup d'excuses pour troubler le repos,etc., il dit :"ma langue est couchée dans son hamac en ce moment; je ne peux pas parier, tellement la cause de ma venue est importante,etc• Puis il raconte comment lui, conscient de son infériorité par rapport a la familie a laquelle il s'adresse, est venu pour disouter d'une affaire sérieuse. Une demi-heure au moins se passé en politesses, avant d'en arriver a I'affaire elle-même. Bien que I'opinion des femmes ait peu de valeur chez les Noirs Réfugiés, a I'occasion du mariage d'une fille, ce sont des femmes, la mère et les tan tes, qui décident. 91 Si le consentement est obtenu, I'oncle revient dans le conseil de la familie de la jeune fille, acoompagné du jeune homme et de quelques ainés de sa familie. On raconte encore toute I'histoire. Cette fois-ci les femmes de la familie de la fille présentent a ceux qui en font la demande, tous les dé fauts, toute la chronique scandaleuse de la familie du jeune homme. Si enfin on s'est mis d'accord, et si I'engagement est accepté, les mem bres de la familie de la fille fixent le jour pour poti na hoso (mettre la femme dans une maison) et parents et aniis sont invites. Des semaines ou des mois a I'avance, le jeune homme, aidé par ses amis, a fabrique dans le vil lage de sa future, une maison et lui et sa familie ont acheté ou construit des meubles, des outils de cuisine, etc. Du cóté de la jeune femme des ca deaux sont offerts également. Les amies de la fille se chargent de mettre au point I'intérieur de la maison. Le jour du mariage, il y a un grand kxutu dans Ie village de la fille. Le jeune homise, ses ainés et autres parents sont arrivés le eoir precedent. La fille n'est pas présente au krutu et le jeune homine est assis sur un banc a quelque distance, le dos tourné aux assistants, car il n'est pas respec tueux de regarder celui qui vous parle, s'ilest plus vieux. Dans cette as semblee on discute de nouveau tous les scandales de la famille et on se de mande aussi s'il y a eu du pikadu (inceste) dans la faiaille du jeune homme. On ne nie rien, ciais enfin 1'un des ainés de la farJ-lle de la femme dit: "mals après tout, nous ne sommes pas innocents non plus"; par politesse ils parlent alors de leurs propres péchés. 269 Après des heures d'échange de courtoisies et d'adieux, I'oncle alné du oêté maternel de la fille dit:"mamtenant, nous allons donner sa femme a oe jeune homme" et l'homme est emmené du lieu oü ilest assis, avec vn ou deux de ses meilleurs amis. Il se joint a I'assemblee en s'asseyant sur vn banc le dos tourné aux assistants. Son propre oncle lui dit qu'il a regu une fille pour épouse et il lui exposé ses devoirs: Il ne doit pas faire honte a sa familie et a son _lo_ (si la fille appartient a vn autre lo) , auprès de la nou velle familie a laquelle il va appartenir (bien qu'il ne passé pas au lo_ de sa femme, et pas plus que celle-ci au sien) . Le jeune homme ne répond pas. Alors vn des oncles de la fille adresse courtoisement la parole au jeune homme, disant que la jeune fille lui est donnée de bon coeur et que Ion compte qu'il sera vn bon mari pour elle, et, si des enfants viennent, qu'il les soi gnera bien. Il ne doit oublier en aucun cas que la femme lui est soumise et jamais il ne doit tolérer que sa femme gouverne. Sa femme est obligés de le. suivre oü il va, en voyage, a la chasse, en défrichant vn champ,etc, et elle doit lui obéir."Si elle devient impertinente, tv as toujours, si tv es ha billé, ta ceinture et sinon ilest facile de cueillir üne branche d'arbre; rosse-la bien alors. Seulement ne le fais jamais si vous êtes seuls tous les deux, donc jamais en des lieux déserts ou lorsque vous êtes seuls dans vn canot sur la rivière. Dans tous les oas il faut être maitre de soi. Hatti bron no de meki bun pi-kin.(La colère ne donne pas naissance a. de beaux eb fants) ou hati bron de kiri yu, ma a no de bere yu (La colère vous tue mais ne pourvoit pas a votre enterrement). Alors la mère ou une tante ainée emmène la fille dans le krutu, et elle est placée en f ace de 1'homme, elle aussi son dos tourné vers les assistants. Son oncle, qui a présidé toute la réunion, lui adresse la parole. Il lui i présente un resumé de ce qui a été discuté par les deux families! et il appuie surtout sur la dernière partie, les droits que 1'homme a sur elle. Puis, son 2?0 92 271 oncle prend sa mam et le jeune homme est invite a s'approcher; il ne re garde personne, mais fixe ses regards sur le sol a ses pieds, comme le fait aussi sa future femme. L'oncle dit: "elle est désormais ta femme, donnée a toi par sa familie, donnée a toi par le Granman (c'est-a-dire par le prêtre supérieur)" .On fait des saerifices aux Granyorka et des gourmandises sont distribuées aux assistants. Les jeunes mariés diftiaraissent subrepticement. Cette cérémonie de mariage na pas lieu poui une fille qui nest plus vierge, ni pour vn homme ou une femme divorcé, veuf ou veuve. Néanmoins, vn deuxième mariage ne peut avoir lieu sans les pourparlers familiers décrits plus haut. Ils sont nécessaires aussi si les divorcés veulent se remarier. L'homme et la femme qui sont mariés sont et restent majeurs, excepté dans les questions de religion; des défauts ou des infractions contre la religion peuvent attirer le malheur sur une familie et même sur le lo entier et par conséquent ces questions regardent ceux-ci. (Ko '♦CO relate comment parfois la familie d'une fille et celle dun gargon conviennent bien avant I'fige nubile des enfants qu'ils seront époux; les jeunes gens cependant n'obéissent pas toujours; voir aussi C 14). § 79 Nourriture, industrie, commerce On bfitit soi-même des maisons; on se sert des planohes tirées d'arbres de la forêt et pour le toit des feuilles du palmier tas. Seuls les modemes emploient du bois scié et .de la têle ondulée pour le toit ■ Chaque Djuka sait bfitir une petite cabane, une masanga. Pour une maison plus grande et plus solide, vn hoso, il reclame généralement le secours de quelqu'un d'autre qui est specialiste, vn timbreman (charpentier). Certains Noirs Réfugiés preferent vn verrou de bois Nègre (figure Lind blom 21, Joest 59) pour fermer la maison. Les Djuka conservateurs persistent aussi a fabriquer eux-mêmes les hamacs, les outils de ciisine et de table (jattes de bois, cuillers, calebasses, pots de falence) et leurs bijoux, bien qu'on puisse faeilement les acheter dans vn magasin. Les Pjuka sont d'avis qu'un homme a besoin de beaucoup de nourriture pour rester sain; on mange trof et lee enfants sont nourris outre mesure depuis leur prezere jeunesse» Dans les champs cependant on ne plante pas plus que Ie nécessaire et a la moindre insuffisanoe de la récolte il y a immédiatement pénurie alimentaire. Les riches aohètent alors du riz, de la farine ou des biscuits dans les raagasins sur Ie Maroni ou Ie Lawa ou a Albina sur Ie Maroni inférieur, oü les transporteurs viennent régulièrement. C'est la aussi qu'ils aohètent du 6el, du sucre, de 1'alcool, du pétrole, et par fois aussi des boites de conserves par cournandise; üs s'y munissent de fusils et de munitions, de hachea, de sabrea et tous autres outils, et de pierres a aiguiser, bien que beaucoup emploient encore des pierree de la rivière è eet ef f et. Enfin, ils y trouvent 1'étoffe pour leur kaaisa et pan c^i , parfois déja cousus, et des articles d'échange pour Ie conmerce avec les Indiens de 1'intérieur. Le boutiquier a Albina loge parfois gratuitement ceux qui viennent pour y faire des achats. Les Djuka obtiennent de I'argent en paiement de leurs transports sur la rivière, de leur abattage de bois, parfois des objets qu'ils ont obtenus des Indien 6 de I'intérieur. Avec ces Indiens ils échangent des hamacs, du fil de" coton, des arcs et des flèches,etc 93 On peut construire soi-même son are et ses flèches, mais on préféré ceux qui proviennent des Indiens. Les canots sont invariablement construits par eux-mêmes. En oe qui concerne I'argent, ils acceptent uniquement les pièces dargent et on les conserve sous les planehes du sol de la maison dans des paquets ou dans des boites; si quelqu'un a beaucoup dargent il I'enterre dans sa maison . En plus de la nourriture végétale, les Djuka mangent aussi de la viande et du poisson. Le gibier est généralement tué avec vn fusil et on emploie des chiens de chasse, que Ion peut dresser soi-même, bien qu'on préféré encore les chiens dressés qu'on obtient par échange des Indiens de I'intérieur. Le poisson est tué a I'arc, ou bien on I'étourdit (a 80); cependant on pêche aussi avec I'hamegon, et on pose des pièges (baskita) tressés avec vn couver cle qui se ferme brusquement. On na pas beaucoup d*animaux domestiques. Il y a quelques poules qui sont tuées pour une fête; parfoi6 on en mange les oeufs. On a spécialement besoin de la poule aux occasions oü le sang d'une poule doit être sacrifie (mortalité infantile par exemple); a I'occasion de "gi akra njeyam" (donner a manger a I'akra) on a besoin d'oeufs; les coqs sont employés pour lire vn certain signe (£ 50) . Quelques Djuka ont vn perroquet ou vn chat. S» 80 Ponsu. Ponsu est 1'action de s'emparer de poissons en les étourdissant aveo Ie guc de la liane neku. Z72 Une plante neku dans la forêt est la propriété de celui qui Ia décou verte; on y met vn signe visible, par exemple, on coupe dans vn arbre voisin vn triangle, la pointe en bas, comme le signe de votre familie; ou quelques griffures, dans lesquelles celui quis ait les lire peut voir:"cet arbre est abattu", c'est-a-dire le neku est comme abattu, personne ne doit y toucher. On ne peut réserver une plante neku pour soi-même que si elle cro£t dans le domaine de sa propre familie (voir §1). A I'occasion d'une fête oü Ion aura besoin de poissons, le propriétaire d'une plante neku offre de fournir le neku pour la pêche, ou bien on le lui demande. Des hommes sont alors invites a porter le neku jusqu'a la place oü Ion tiendra le ponsu, généralement entre les chuté's des rivières et dans les grandes criques. L'après-midi préoédent on a fon neku, frapper de courts mor ceaux de bois de liane jusqu'a la fibre (photo 2K 215). On met la pulpe dans des vieux korjaal (paniers) et on les couvre contre la pluie. Le matin de tres bonne heure on lave la pulpe dans I'eau de la rivière, vn peu en amont des chutes, de sorte que lorsque le jour commence* les pois sons sont déja engourdis et on peut commencer a les empaler sur des bfitons auxquels on a mis une pièce de fil de fer ou vn clou, ou parfois une pièce de bois dur; on les tue aussi, avec vn are et des flèches ou bien on les attrape a la mam. Tous, même ceux qui ne sont pas Noirs Réfugiés, comme les chercheurs de balata ou les orpailleurs qui pourraient se trouver la, peuvent participer a la pêche, mais le propriétaire du ponsu, c'est-a-dire l'homme ou la familie qui a fait le ponsu, généralement le propriétaire du neku, peut exiger de cha que canot participant vn nombre maximum de trois poissons. Dans ce but, le 94 273 274 propriétaire a un grand nombre de surveillants (basia)dans des canots, qui inspectent les prises et en réclajnent une partie. Le basia qui a reclame un poisson donne une quittance sous la forme d'un morceau de feuille d'ar bre. Si un non-autorisé essayait de s'emparer de poissons contre quittanoe de cette facon, les basia le reconnaitraient inuuédiatement car ils n'utili sent que des feuilles d'une certaine espèce. Ces feuilles ont été données aux basia immédiatement avant le ponsu, de sorte qu'il est impossible que 1'on sache avant l 1 espèce de feuilles qui sera employee. Les poissons dans la rivière sont considérés comme propriété commune au contraire de ce que Ion trouve dans la forêt, oü chaque familie a son propre domaine. Celui qui tiendra vn ponsu doit le faire connaitre a temps; kibri ponsu, tenir secret le ponsu est considéré comme une turpitude qui exposé la personne ene ause au mépris des autres. On peut même en faire vn proces, ce qui est arrive. Les bateaux qui transportent le neku en passant prés des lieux habités doivent être munis de feuilles de palmier comme signe, ces feuilles étant placées d'une certaine fagon, perpendiculaire, dans le canot (photo 1F 148) oü se trouve vn tambour apinti avec lequel on annonce I'arrivée, ou bien on avertit avec vn eer. Une femme enceinte ne doit pas venir en contact avec le neku et elle ne doit même pas regarderun canot-neku; elle doit se cacher si le bateau arrive, car l'enfant qu'elle porte pourrait être empoisonné par le neku et en outre le neku avec lequel l'enfant a été empoisonné au rait perdu sa foroe. Il peut arriver que le gadu dun enfant soit suffisam ment fort pour protéger celui-ci, et qu'alors il n'y ait pas de fausse-couche; néanmoins dans ce cas le neku a toujours perdu sa foroe. Une femme qui a ses régies ne doit absolument pas toucher vn neku, cela le gfiterait. Journal de G. le 27 novembre 19C4. Soniè (vn Djuka que nous rencontrons) donne a Lebitetéi (Djuka, pilote de mon bateau) vn moroeau de neku; Lebi tetéi ne veut pas le laisser sur son pagara (bofte tressée indienne) car il pourrait gfiter l'obia qui s'y trouve. § 81 Maladie. Les Noirs Réfugiés oroient qu'aucune maladie na une cause naturelle. Par exemple vn homme tombe et sa contusion se ohange ensuite en abces. Si on explique a vn Noir Réfugié que ce mal a une oause naturelle, il répond: "oui, la contufcion et I'abces sont naturels mais la chute doit avoir une oause métaphysique." Une cause métaphysique t c'eft-a-dire le tort que 1'homme a fait a un gado, un péché contre la doctrine de Grantata,ou un fiofio t etc. Il est encore plus frequent qu'un wisinan ait envoyé le mal. Celui qui a attrapé une maladie en cherche d'abord la cause métaphysique. On commence par faire un sacrifice aux Granyorka ou au gado de la région oü demeure le malade a ce moment. Par exemple un homme a un terrible mal de dents. Il demande a un des alnés du village de verser un sacrifice pour lui. Ses parents, surtout les femmes, accompagnent celui qui va sacrifier au fragatlkl et assistent la prière que fait 1'ainé par des applaudissements et 1'appel "grantanyi ba gado (resp.Granyorka), yu mu teki na begi" (s'il vous plait, dieu (ou Granyorkal écoutez cette prière) . Si la maladie s'aggrave, on a beeoin d'un pretre-obiaman, voir §36. 95 Si tout cela ne sert a rien, on recherche comme dernière ressource I'aide de Grantata. L'affaire vient entre les mams des prêtres supérieurs a Drie tabbetje; on porte le paquet saint et Ion essaie d'obtenir qu'il se prononce. (§ 30). Grantata n'indique jamais des moyens matériels, comme des bains de simples, mais il presorit des sacrifices, ou ordonne qu'on ne franchisse pas une certaine région pendant vn certain temps. Il existe aussi des médecines que Ion conneft par tradition, et que Ion applique sans qu'il soit nécessaire de chercher la cause dans des actions ma giques. On connait par exemple contre la fièvre une infusion de certaines feuilles, bains de sueur, privation de poivre et de sel; contre les vers une infusion de feuilles dun arbre; des médieaments hémostatiques, des médiea ments contre I'impuissance et les maladies vénériennes (usage interne ou ex terne). Contre I'impuissance on emploie entre autres le phallus d'une tortue de sexe masculin. Les recettes se transmettent de parents a enfants; de même pour les vaccinations : sneki-koti, sipari-koti (§ 59), koti contre les mala dies vénériennes, spécialement la gonorrhée et les bubons. Dans la suite des temps les Djuka ont fait la connaissance des médieaments européens; aujourd'hui ils en raffolent et ils se font traiter et opérer a I'hopital de Paramaribo. La Syphilis a toujours existe parmi les Djuka, mais on se rappelle encore tres bien que cette maladie s'est répandue après que Ion ait découvert de I'or sur le Lawa, et que des aventuriers, parmi lesquels vn grand nombre de femmes, provenant de toutes les Indes Oocidentales, y arrivèrent. Les hommes Bonni I'attrapèrent des prostituees qui étaient parmi oes femmes; ils infectèrent a leur tour les femmes Bonni; les Djuka qui étaient sur le Lawa comme trans porteurs I'attrapèrent de ces femmes Bonni (qui, bien qu*elles ne soient pas des prostituees, s'amusent a tromper leurs maris) ou des prostituees. Ainsi la syphilis vint sur le Tapanahoni. L'aliénation mentale est assez frequente parmi les Noirs Réfugiés« Dans la plupart des cas, la cause en est, croit-on, que 1'akra de la personne en question s'ent fSché, soug 1'impulsion d'un wisiman« Le wisiman, par des sor celleries, a pu amener sa victime a déranger son akra d'une fagon ou d'une autre; ou bien le wisiman lui a enlevé son akra et 1'a mis a un endroit oü la victime ne pourra jamais plus le reprendre. L 1 akra est alors enveloppe dans une pièoe d'étoffe et le wisiman cloue ce petit paquet contre un arbre par exemple; ou bien il jette Is paquet, alourdi d'un objet pesant, dans 1'eau. (VILLE Chose semblable 1P l6l) . Un wisiman peut aussi envoyer un lau bakru, un esprit fou et causer ainsi la folie (§ 48). Il arrive qu'un kunu fasse per dre la raison. 275 Les Djuka en général n'essaient pas de guérir vn fou. Si le dement est tout le temps troublé ou gênant, on le met dans une ile oü Ion bfitit une maison pour lui et on le laisse la sans canot. On lui apporte régulièrement sa nourriture. S'il échappe tout le temps, et s'il devient maniaque, il est enchainé par des entraves dans le village. S'il meurt on dit "na Bakru broko hen nekl," le bakru lui a cassé le cou. Le corps est traite comme celui dun non-dément, mais Ion recherche minutieusement la cause de la démence. Il vient parfois au jour que I'aliéné lui-même était vn wisiman et que l'aliéna tion en était la punition. 96 276 277 VILLE IL 52 "Mettre des objets dans le corps de quelqu'un d'autre s'appelle isri wisi. J'ai rencontre des ouvriers dans la forêt qui jurèrent qu'ils avaient vu des aiguilles,des pièces dargent, etc ~ qui étaient sorties de leurs corps ou de ceux d'autres personnes." Voir aussi 1P 164, 180 et la suite, 2H 107-108. En 1937 sur le Litani il y avait vn Noir Surinamien t chercheur dor, qui souffrait de maux d'estomac; il dit qu'une femme Oayana lui avait fait manger quelque chose de mauvais. Il se fit traiter par des hommes-médecine Oayana dont I'un mit au jour des aiguilles de palmier kombu. Les Noirs de Surinam I'appellent parfois yorka peiri (flèche de yorka), les Noirs Anglais I'appellent djombi peiri (flèche d'esprit) et ilest possible que les Noirs aient adopté cette croyance des Indiens, qui I'appellent "flèche de mauvais esprit", et qu'ils I'aient adaptée a leur croyance qu'on peut envoyer a quelqu'un vn yorka mauvais. On ne doit pas s'étirer paresseusement, (hari lesi), a proxiaité de quelqu'un qui croit a ces choses-la: par cette simple action on lui donne ce que vous repoussez en bas, votre hebi (lourdeur, poids, comp. 1P I65). S 82 Mort et enterrement. Normalement vn Djuka dort parfois dans le lit qui se trouve dans sa cabane, mais lorsqu'il tombe malade il se couche immédiatement dans ce lit, car mourir dans vn hamac, suspendu dans I'air, ou dans la forêt, nest pas bon; il doit mourir sur oe lit. S'il meurt a vn autre endroit, c'est dü a une certaine cause, que Ion cherche a trouver en interrogeant le paquet saint ou vn obiaman, tandis que la familie verse des sacrifices pour récon cilier les dieux. Si quelqu'un approche de sa fin, sa femme (et en cas de décès de la femme, réciproquement) et des parents proches surveillent le malade qui est mis dans une position assise, et le soutiennent par derrière. Un homme ne doit pas mourir dans une position couchóe. Lorsque le dernier moment est proche, la cabane est habituellement toute plcine de parents, concitoyens et amis, qui confient au mourant toutes sortes de souhaits et messages pour I'autre monde. Dès que la personne est morte on répand la nouvelle aveo le tambour apinti, "M.tel et tel est mort." Si le décédé était vn grand Capi taine ou vn autre dignitaire, on envoie message de la mort au Granman avant de commencer toute cérémonie. Le Granman délègue en hfite trois hauts fonc tionnaires pour constater officiellement le décès. En arrivant au village, ils se rendent immédiatemebt a la cabane oü se trouve le corps, couvert dun drap. Le drap est enlevé, I'ainé des délégués se place devant le corps et appelle a haute voix le décédé (supposons que son nom était Djinta): Da Djintal (Père Djinta). On attend; plus haut: Da Djinta!!; on attend encore, et puis le plus haut possible: Da Djintall l . On attend encore, et s'il ne vient pas de réponse, le délégué se tourné vers les assistants et dit: Gransuma, da Djinta dede tru (Anciens, père Djinda est vrairnent mort). Alors seulement les services funéraires peuvent commencer; trois salves de dizai nes de fusils annoncent le décès et I'apinti répand le message dans tout le pays. Tous sont contraints de prêter alors assistanoe. Jusqu'a 1'heure de 1' enterrecient les kisiman (fabricants de cercueils) font leur travail, puis les oroman(transporteurs de corps). Les enfants doivent choisir pendant' qu'ils sont jeunes s'ils veulent appartenir aux kisiraan ou aux oroman» 97 278 On construit alors vn papay: cestune sorte de bassin ou bière faite de troncs fendus de papaya sauvages (Cecropia), attachés par des lianes. Le cadavre est enveloppé dans vn drap ou entouré de pièces d'étoffe,et mis dans ce bassin. Deux hommes mettent la bière sur leurs épaules et se placent en dehors de la cabane. Puis vient vn prêtre de Grantata qui s'adresse au cadavre, ou a propre ment parier au yorka du décédé (§8) disant:"Maintenant il vous faut aller au Kréihoso (§ 55) ,c'est la que doit être le corps dun homme bon qui est mort." Les porteurs commenceat a maroher et s'ils se dirigent, en ligne droite vers le fragatiki et en font plusieurs fois le tour, c 'ert vn signe tres favorable, et on considère alors presque prouvé que le décédé n'était pas vn wisiman (ü 48). Les Djuka sont absolument oonvaincus que les porteurs n'ont pas de volonté et qu'ils sont conduits par l'esprit (yorka) du mort.' Ensuite le prêtre pose a l'esprit des questions, dont les réponses sont lues dans les mouvements de tête du premier porteur; ou dans les mouvements en avant ou en arrière, par oui ou par non. Puis on ordonne a l'esprit de fu puru suma na doro (de sortir des hommes). Pendant qu'on était en train de mettre le corps dans le pagay, des anciens avaient oaehé trois personnes quel conques dans leurs cabanes respectives, de préférence a une grande distance les unes des autres, sans que les porteurs aient pu les voir. L'esprit doit mamtenant, après avoir visite le fragatiki ; aller sans détours aux oabanes "pc Van suma kibri" (oü vn homme se cache) et frapper sur la porte; si ccci se passé dans difficultés, on dit a l'esprit:"Choisissez votre plaoe dans le Kréihoso". La familie et les amis poussent des cris de joie et des salves de fusil sont tirées pour annoncer que le décédé est mort pur. Si par contre Ie décédé était un wisiman dangereux, Ie cadavre ne pourra pas atteindre Ie fragatiki. Les porteurs s'arrêtent soudain et courent dans la forêt. Et même si Ie cadavre (l'esprit) réussit a atteindre Ie fragatiki, il échouera au deuxièrae essai; il se dirige vers de fausees cabanes, revient tout Ie temps, etc. Cela peut durer des heures et même, dans des cas spéciaux, des jours, avant que les alnés qui président en aient assez et commencent a interroger Ie yorka» Mis au pied du mur, Ie yorka devra avouer. Le cadavre est maudit, inais comme il est toujouro possible que 1'on découvre plus tard que le décédé n'a pas été un wieiman (§ 48), ceux qui maudissent le corps pronon cent le "mi gi heru" (je donne heru, c'est-a-dire: je ne prends pas la re3 ponsabilité de ceci). Ensuite le cadavre est mis dans une cabane délabrée f ermee, parfois aussi en plein air, exposé aux éléinents, livré au mépris et aux insultes de tous» Après quelque temps le corps est jeté et la cabane du décédé est démolie. Les objets de nécessité quotidienne sont jetés, les objets de valeur sont expédiés a Drietabbetje pour Grantata. (2K 210-212 parle dun homme qui avait été atteint par la chute dun arbre et qui en était mort peu après. On demanda au yorka : "as-tu wisi?" ; "Nonl"; "as-tu fait quelque chose pour être abattu par Asigu?" (§ 54) : "Oui". Puis on consulta le paquet saint de ce dieu qui interdit tout deuil et musique, mais permit I*enterrement. Le corps fut porté dans la forêt et jeté dans une fosse oü se trouvaient plusieurs squelettes. Voici évidemment vn cas semblable a oelui que le § 19 décrit et a ceux que ei tent Ko 399, 3J 155-156 et 4j 54). Lorsque I'enquête est terminée et que le décédé a été trouve pur, on joue de la musique funèbre sur le tambour apinti. Entre temps le corps est mis dans le kréihoso et posé sur deux tréteaux dont I'un, celui du cSté de la tête, est plus haut que I'autre. 98 279 La veuve (ou le veuf) est amenée au kréihoso par les parents proches du décédé; elle s'asseoit prés de la tête de la bière; elle doit y rester après I'enterrement pendant quelques jours, c'est pourquoi on apporte son hamao et autres objets nécessaires au kréihoso. Des parents et de vieux amis se joignent a elle; d'après la richesse de la familie on distribue peu ou beaucoup d'alcool. Chaque matin entre 4 et 5 heures et chaque soir entre 7 et 8 heures, les habitants temporaires du kréihoso doivent se lamenter en ohantant et a haute voix. Plus les lamentations sont hautes, plus la douleur exprimée est vive. On ne doit pas se lamenter la nuit, car les takru yorka errants, les esprits mauvais d'hommes morts, croiraient que les lamentations leur sont destinées. Le moment oü Ion peut commencer a se lamenter dans vn village est indiqué par vn coup de fusil. Les kisiman ont commencé iinmédiatement a fabriquer Ie cercueil» On fa brique des planches dans la forêt et on les entaille de petits coupe de ha che. Généralement la familie possède déja des planches, ou peut s'en procu rer chez des amis; car chaque chef de familie qui se respecte prend soin a ce qu'il y ait toujours des planches en réserve. Lorsque Ie cercueil est pret, il suit Ie "poti na kisi" après que Ie corps ait éyé lavé (toilette mortuaire). Généralement Ie ceroueil est beaucoup plus grand que Ie corps, pour laisser de 1'espaoe pour les nombreux cadeaux que donnent la familie et les amis, et les articles d'usage auxquels Ie décédé portait un intérêt spécial. Le cercueil est laissé ouvert, pour que chacun puisse encore voir Ie corps et lui parier (ou plutöt au yorka) . Selon 1'estime sociale portee au décédé, les cadeaux qui sont apportés au corps sont plus ou moins nom breux. Ce sont pour la plupart des pièces de vêtement (pour un homme des kamiaa, pour une femme des pangi t pour une vierge des kweyu) des mouchoirs de tete, des draps de lit, des hamaoa, des moustiquaires, mais parfois aussi du tabac, de 1'alcool ou mêae de 1'argent. Toutes ces ohoses ne restent pas dans le ceroueil; elles peuvent passer en héritage a la familie du cöté de la mère qui y a droit • Une partie est cédée aux kisinan et oroman en récom« pense. Après preuve que le mort na pas été vn wisiman, on commence la danse funèbre, nommée tuka, qui continue par intervalles tout le temps que le corps est hors de terre, même si cela dure pendant des semaines. Les dan seurs tournent autour de la maison en vn grand cercle (1F 145, Ve 323, chez les Bonni autour du cercueil dans la maison), I'un derrière I'autre, remuant au rythme du tambour leurs mams et leurs pieds, tout le corps même, en chantant des chants funèbres. Les enfants surtout aiment a faire oela; pour eux c'est presque vn jeu. On interroge aussi le corps, porté par deux porteurs, au sujet de sa vie et surtout au sujet de la cause de sa mort (voir encore § 48). En 1882 on interrogea le corps du Granman Blijmoffo et en 1915 celui du Granman Oseisi au sujet de leurs successeurs. Ces Granman avaient bien indiqué leur successeur pendant leur vie, mais il y avait des Capitaines a qui oe choix ne plut pas et qui doutaient de la pleine conscience du Granman lors de cette déoision. On raisonne ainsi: "vn homme est faillible et exposé a I'influence d'autres. Il a des passions qui peuvent lui faire commettre des aotions faus ses. Un esprit par contre est saint et il est élevé au-dessus de toute in fluenoe, c'est pourquoi il peut réviser ce qu'il avait fait de mal pendant sa vie" (IL 40 et la suite, 57 et la suite, et voir encore Ho I 270 et éleo tion des chefs 591). 99 Le corps commence après peu de teinps a répandre uae mauvaise odeur, 280 et il en sort un liquide que 1'on recueilie. Autrefois les femmes enceintes se baignaient dans ce liquide, ce qui donnerait a 1'enfant les vertus du dé cédé»(W.L.Loth Sk: Les Auca s'imaginent qu'avec les gaz s'échappant du corps, ils inhalent en mênie temps les bonnes qualités du mort; Saramacca 55: Un soroier verse du liquide de cadavre dans la rivière avec 1'ordre au yorka de tuer un ennemi). Le corps est parfois conservé hors de terre tres long ten:ps; oelui du Granman Oseisi presque trois mois. Pour le conserver on fait sécher le corps sur un boucan, comme on le fait aussi avec du gibier ou des poissons • Si Ion est pret, o'est-a-dire si Ion a appris du corps (ycrka) tout ce qu'on voulait savoir (comp.Stn 11/2/55)» on fixe le jour de I'enterrement et les oroman entrent en fonction; leur nombre dépend de I'estime portee au décédé pendant sa vie. Comme la fabrication du cercueil, creuser la fosse a le caractère d'une fête. Sur de nombreux bateaux les oroman, armés de bêches et de pioches, vont au cimetière. Souvent ils font d'abord, en tirant des salves de fusil, une course de bateaux juste devant le village, on joue de I'aplnti et on chante des cnansons appropriées a la circonstance» La familie du mort s'occupe de la nourriture des kisiman et oroman pendant tout le temps de leur séjour au village. Creuser vn tombeau simple est vn travail qui exige parfois plusieurs jours; d'après une vieille tradition, les oroman, s'ils sont en chemin pour le cimetière, sont les maitres de la rivière, o'est-a-dire qu'ils peuvent arrêter tous les bateaux qui passent sauf ceux oü il y a des Européens ou des oréoles, confisquer la nourriture qui pourrait être a bord, et contraindre les gens du bateau a les accompagner, au moins jusqu'a I'endroit de débarque ment du cimetière. Le principe est que tout cadavre doit absolument être en terré, et ce devoir repose sur toute la société. Le jour de I'enterrement on interroge encore le cadavre, en général pour lui demander si les services funèbres et les oadeaux I'ont contenté. Les kislman portent le cercueil au bateau en une longue parade a laquelle parti oipent tous ceux qui sont au village, en pronongant des prières et en chantant des lamentations, tandis qu'on transmet encore des messagee pour des parents ou des amis morts. On place le cercueil dans un grand bateau et a la tête se placent les pleureu6es: ell«s sont du village, mals elles ne sont pas des membres de la familie. On tire une salve de fusils et on part. C'est d'abord une sorte de fête d'eau, oü les bateaux tournent sur la rivière et font la course. Puis on va.au cimetière, tandis qu'une dernière salve est tirée de la rive. Les pleu reuees commencent a se lamenter, accompagnée par 1'apinti, et aux endroits habités, lorsque passé la flottille, les femmes doivent vcnir a la rive pour pleurer le mort« 281 En casd'un indigent, ou de quelqu'un sans familie, il y a moins de spien deur, mais les cérémonies sont maintenues, car sinon le yorka resterait vn esprit errant et pourrait causer beaucoup d'ennuis. Si aucune pleureuse ne se présente, le Basia du village (Si) en désigne deux. Les frais de I'enterre ment sont alors a la charge du village et en ce cas on parle, comme a Parama ribo, dun "lantiberi" (enterrement de I'Etat). Chaque lo_ a son propre cimetière, excepté le lo_ de la Loutre et le Misid jan, qui I'ont commun. Les cimetières sont toujours a une grande distance des villages et sur la terre ferme. On jette les corps des wisimen a deux endroits  2Pa id. The heathen religion of the Bush Negroes in Dutoh Guiana (La reli gion pafenne des Noirs Réfugiés en Guyane Hollandaise). 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Origine du nom Djuka, langue, éoriture §3- Traits caractéristiques §4. La vie religieuse et les symboles CHAP.II. L'HOMME § 5. I'akra §6. Le doublé § 7 . Le kraka §8. Le yorka §9» Ninseki et réinoarnation § 10. Le gado (djodjo) § 11. Gado des jumeaux § 12. Gado (winti) § 13. Kma (tabou, "treef") § 14. Mekunu (kunu) § 15. Fiofio § 16. Muyembu CHAP.III. LES DIEUX ET LES ESPRITS §17. Nana ou Masra Gado (Seigneur Dieu) § 18. Kediampon S 19. Gwangwella ou Grantata § 20. Gedeosu §21. Odun des Bonni §22. Bus imam e., Gronmama, Watramama § 23. Les Gado (winti) §24. Détails sur quelques Gado (winti) et sur d'autres êtres métaphysiques.   — W.Joest, Ethnographischea und Verwandtes aus Guyana (Choses ethnogra phiques et apparentées a I'ethnographie provenant de la Guyane). Int .Archiv.f.Ethn. V, Suppl. 1893. IJ L.Junker, Eenige mededeelingen over de Saramaooaner Bosohnegers(Quel ques données sur les Noirs Réfugiés Saramacoa) De W.l.Gids IV, 1922. 2J id. Over de afstamming der Boschnegers (Sur I'origine des Noirs Réfugiés), de W.l.Gids IV, 1922. 3J id. De Godsdiensten der Boschnegers (Les Religions des Noirs Réfugiés) id.VII, 1925. 4J id. Het einde van een dynastie (La fin d'une dynastie), id.XIV, 1932 5J id. Een Staat in den Staat (Un état a I'intérieur de I'Etat) id.,id. IK Morton C.Kahn, Djuka, New-York 1931 (voir pour ccci 4J 267-268). 2K id. Afrioa's lost tribes in South Amerioa (Les tribus perdues de I'A frique en Amérique du Sud), National History, New Vork, April 1939. laKp A.Kappler, Sechs Jahre in Surinam (Six ans au Surinam) Stuttgart 1854. lbKp id. Zes Jaren in Suriname (Six ans au Surinam) Utrecht 1854. 2Kp id. Hollandisohes Guiana (La Guyane Hollandaise) Stuttgart 1881. 3Kp id. Surinam, Stuttgart 1887. H.ten Kate, Beitrag zur Ethnographie von Surinam (Contributions a I'eth nographie du Surinam) Int.Archiv f.Ethn.l, 1888. Ko J.Kohier, Zum Negerrecht in Surinam (Sur le droit des Noirs au Surinam) Z.f .vergl.Reohtswies.27, Stuttgart 1912 (données dun Surinamien, procurées par F.Staehelin). — P.H.J.Lampe, Het Surinaams treefgeloof (La oroyanpe au tabou au Surinam), De W.l.Gids X 1928. H.de Leeuw, Crossroads of the Caribbean (Carrefours CaraTbes) New Vork 1935. IL W.F. van Lier, lets over de Boschnegers in de Boven Marowijne (Quelques données sur les Noirs Réfugiés du Maroni supérieur) Paramaribo 1919 2L id.'t Een en ander over Afkodrai, Wisi, Bakroe, Jorka, enz.(Quelques données sur Afkodrai(=afgoderij, idolatrie) Wisi, Bakru, Yorka,etc.) 3urinam 1920. 3L id. Bij de Auoaners I (Chez les Auca I) de W.l.Gids 111 1922; II et 111 id., id.,IV 1923. REIMPRESSION DE "CONTRIBUTIONS A LA CONNAISSANCE DES LANGUES, PAYS ET PEUPLES DES INDES NEERLANDAISES" Tomé 99 Livraison 2 NOTES SUR LA VIE SPIRITUELLE ET SOCIALE DES DJUKA (Noirs Réfugiés Auca) AU SURINAM par W.F. VAN LIER Arec introduction et données de CH.de Goeje. Traduit du Néerlandais par H.R.Kousbroek § 57. Bain de simples § 58. Sangrafu §59» Amulettes et immunisations § 60. Verser d<» I'eau, saorifier des aliments et des boissons t jindringi § 61. Tjifunga (kifunga) § 62. Petit bano §63. Tambour, maraka, cor ou flute, sonnette; langue de tambour et cor. CHAP. VI. FAMILLE ET DROIT §64. Matriarohat, polygamie, inceste, adultère § 65. La familie § 66. Familie et lo §67. Propriété des époux, distribution du travail § 68. Droit d'héritage § 69. Justioe § 70. Punitions CHAP. VII. LA VIE § 71. Avant la naissanoe § 72. Naissanoe § 73. Nom § 74. Inoorporation dans la société § 75» Jeunesse et passage a I'état adulte; vêtements- §76. Education § 77. Tatouages en relief §78. Engagement et mariage § 79» Nourriture, industrie, commeroe § 80. Ponsu (pêcher en intoxiquant les poissons) § 81. Maladie §82. Mort et enterrement §83. Potti na blakka et puru blakka § 84. Broko dei § 85. Enfant mort jeune § 86. Albinos § 87. Noyé Mitteilungen iïber die Freineger und ihre Sitten und Gewohnheiten (Les données de Riemers sur les Noirs libres et sur leurs meurs et coutumes). J.G. Stedman Reize naar Surinamen (Voyage au Surinam Amsterdam 1799. M.D.Teenstra De landbouw in de kolonie Suriname (L'agriculture dans la colonie de Surinam) Groningen 1835» J.W.VanderCvOk. Tam-tam.Traduction (hollandaise) de Albert Helman. Amsterdam 1935 (voir aussi 4J 268). Ve G.Versteeg. Op expeditie in Suriname (En mission au Surinam) Elsev. Gei11.M.1905. Vidal. Voyage d'exploration dans le Haut Maroni. Revue mar. et col. 9 Paris 1861 extrait 2è éd.1882. J.Wolbers, Geschiedenis van Suriname (Histoire du Surinam) Amsterdam 1861. E.Wong, Hoofdenverkiezing, stamverdeling en stamverspreiding der Bosoh negers in Suriname in de lBè en 19e eeuw (Election de chefs, dis tribution et répartition des tribus, des Noirs Réfugiés au Surinam dans le 17è et 19è siècle).B.T.L.V.Ned.lndie 97? 1938. Wu H.H.Wullachlagel, Deutsch-Negerenglisches Wörterbuoh (Dictionnaire Allemand-Nègre Anglais ) Lobau 1856 (Correotions dans T.W.I. I, p.305).  § 25. Kinadei §26. Animal-totem § 27. Chien § 28. Ciel et phénomènes du ciel § 29» Anansi CHAP. IV. RAPPORTS AVEC LE TRANSCENDENT S 30. Emblèmes §31» Révélation dans le rêve 'è 32. Apparitions §33. Facultés particulières innées §34. Prêtres et prêtresses des Dieux supérieurs § 35» Prêtresses jumelles § 36. Prêtres des dieux inférieurs. Possession § 37. Idem (suite) § 38. Kandu § 39. Mula § 40. Serment § 41. Maudire § 42. Lobi dotti § 43. Ogri ai (mauvais oeil) § 44 . Suma moffo §45. Influence magique de la femme §46. Influence magique des blancs 347 . Azeman (vampire) § 48. Wisi (magie noire) et wisiman § 49. Bakru § 50. Puru wisi § 51. Ago § 52» Cérémonies générales, etc. §53. Danses CHAP. V. OBJETS SAINTS, etc. §54. Paquets saints, statues, booaux, maisons des dieux § 55' Lieux sacrificiatoires et lieux de prière Fragatlki, Kreihoso, Krutuhoso § 56. Pimba et terre